Les enfants se rendent compte que quelque chose de fondamental s’est brisé



La prise en charge est l’une des mesures les plus drastiques connues de notre système de protection de l’enfance. Cela ne se fait pas à la légère ni sans raison. Si un bureau de protection de la jeunesse retire temporairement un enfant ou un jeune de la famille, cela se produit parce qu’un risque grave a été suspecté ou identifié et que la protection de l’enfant est prioritaire. Cela doit être le point de départ de toute réflexion.

Pour les parents, être pris en charge est un choc pour l’image qu’ils ont d’eux-mêmes

On aurait pourtant tort de sous-estimer les conséquences psychologiques d’une telle procédure pour les personnes concernées. Pour les parents, être pris en charge est souvent une crise existentielle. Beaucoup vivent cette procédure non seulement comme une perte de leur enfant au quotidien, mais aussi comme un choc pour leur image d’eux-mêmes.

Quiconque se considère comme un père ou une mère éprouve souvent dans une telle situation un maximum d’impuissance, de honte, des sentiments de culpabilité, de colère et un profond désespoir – souvent tout cela en même temps.

À cela s’ajoute une perte massive de contrôle : des étrangers décident de ce qui arrive à leur propre enfant, des contacts possibles et de la suite des événements. Cette expérience peut être très stressante sur le plan psychologique, même s’il y a déjà eu des conflits, des exigences excessives ou des dynamiques problématiques au sein de la famille.

Le professeur Michael Schulte-Markwort est psychiatre, psychothérapeute et professeur d’université qui se concentre sur les concepts de psychiatrie participative de l’enfant et de l’adolescent. Il fait partie de notre réseau d’experts EXPERTS Circle.

Paralysie intérieure ou actionnisme effréné

Il n’est pas rare que les parents se sentent personnellement et socialement dévalorisés dans de telles situations. Ils ont peur du jugement des voisins, de l’école, des proches ou de l’environnement en général. Certains se retrouvent dans un état de paralysie intérieure, d’autres réagissent par un activisme effréné, une attitude défensive ou une agressivité.

Du point de vue psychiatrique de l’enfant et de l’adolescent, de telles réactions ne sont pas inhabituelles : elles sont l’expression d’une surcharge mentale aiguë. Toutefois, cela ne doit pas conduire à ignorer ou à minimiser la raison pour laquelle la mesure est prise.

Les enfants sentent que quelque chose de fondamental s’est brisé

Pour les enfants concernés, la prise en charge constitue presque toujours une situation psychologique exceptionnelle, même si elle sert à les protéger. Les enfants éprouvent souvent de la peur, de l’incertitude et des conflits de loyauté. Vous sentez que quelque chose de fondamental s’est brisé.

Beaucoup se sentent partagés entre le soulagement et la tristesse : le soulagement parce qu’une situation menaçante touche à sa fin ; Le chagrin parce que la séparation des parents, des frères et sœurs, de la maison et des routines familières fait mal.

Les jeunes enfants, en particulier, ne parviennent souvent pas à mettre des mots sur cette contradiction. Ils manifestent alors leur stress à travers un repli sur soi, des troubles du sommeil, des tensions, des accès de colère ou des comportements régressifs.

Les services de protection de la jeunesse devraient minimiser les traumatismes supplémentaires

C’est pourquoi il est si important de prendre au sérieux le stress psychologique de toutes les personnes impliquées sans mettre en perspective la protection de l’enfance. Voir les deux à la fois n’est pas une contradiction, mais plutôt une expression de maturité professionnelle.

Un enfant peut avoir besoin de protection – et néanmoins souffrir de la forme de cette protection. Les parents peuvent avoir suscité des inquiétudes par leur propre comportement ou par des exigences excessives – et souffrent néanmoins grandement de la procédure. Jouer les uns contre les autres n’aide personne.

Les spécialistes et les services de protection de la jeunesse sont ici confrontés à une tâche difficile. Vous devez systématiquement assurer la protection de l’enfant tout en veillant à ce que les traumatismes supplémentaires soient réduits au minimum.

Cela comprend

  • communication claire,
  • des justifications compréhensibles,
  • un traitement respectueux,
  • explications adaptées à l’âge de l’enfant
  • et, lorsque des dispositions de contact raisonnables et fiables,

– toujours avec la plus grande protection possible pour toutes les personnes impliquées.

Conseils juridiques et aide psychosociale

Les procédures nécessitent de la transparence, de la prudence et des directives juridiques fermes. Les parents doivent savoir quelles sont les étapes à suivre, quels sont leurs droits et vers qui se tourner. Les enfants ont besoin d’adultes qui leur assurent la sécurité, qui tolèrent leurs questions et qui n’ignorent pas leurs ambivalences.

Dans une telle crise, il est crucial que les parents ne restent pas seuls face au choc aigu. Sont utiles

  • conseils juridiques,
  • un soutien psychosocial,
  • soutien psychothérapeutique
  • et, si possible, les personnes dans l’environnement qui peuvent se stabiliser au lieu de s’aggraver davantage.

La protection et la compassion ne doivent pas être opposées

Il est également important d’apprendre à faire la différence entre la douleur de la situation et la question de sa propre responsabilité. Seuls ceux qui peuvent supporter les deux ont une chance de redevenir capables d’agir.

Prendre en charge une personne n’est pas un acte administratif quotidien. C’est un tournant majeur dans la biographie d’un enfant et de sa famille. C’est précisément pourquoi, outre la détermination en matière de protection de l’enfance, celle-ci nécessite également des soins humains, une prudence professionnelle et une compréhension psychopsychiatrique. Protection et compassion ne devraient pas être opposées dans de telles situations.







Laisser un commentaire