Imaginez : quelqu’un debout sur les toilettes avant une conversation difficile, mettant ses mains sur ses hanches, se pliant comme un super-héros sur le point de sauver le monde et espérant que deux minutes de théâtre physique lui donneront soudainement du courage, de la force et de la confiance en soi.
Cela semble absurde ? Mais c’était un conseil sérieux pendant des années.
« Faites une pose de puissance et vous vous sentirez plus fort. » Cette idée a été particulièrement popularisée par la psychologue sociale américaine Amy Cuddy. La base était une étude de 2010.
Les auteurs ont rapporté que des postures expansives pouvaient influencer, entre autres, les sentiments de pouvoir, la volonté de prendre des risques et même les niveaux d’hormones.
Le problème avec le mythe de la pose de pouvoir
Le problème : ce sont précisément ces effets importants qui ont ensuite été massivement remis en question. Une étude de réplication plus vaste n’a révélé aucun effet correspondant sur les hormones ou les comportements à risque.
Cela est devenu encore plus clair lorsque Dana Carney, co-auteur de l’étude originale, a déclaré plus tard publiquement que les preuves l’avaient convaincue que les poses de pouvoir sous cette forme n’étaient pas réelles.
Et pourtant, ce mythe persiste encore aujourd’hui. En coaching, séminaires, réseaux sociaux et vidéos de motivation. Probablement parce que cela semble si simple : tenez-vous suffisamment large et votre vie deviendra plus courageuse.
Ce serait bien.
Le problème n’est pas la posture.
Bien entendu, la posture joue un rôle. Quiconque vit sa vie constamment affalé, pressé et la tête baissée se vit différemment de quelqu’un qui est calme, droit et présent. Le corps n’est pas un portant vide de sens pour la tête.
Mais le transformer en : « Deux minutes de pose de super-héros et vous serez mentalement plus fort » est un cirque de motivation survendu.
La véritable force intérieure ne vient pas du fait de se gonfler devant le miroir. Cela vient de la clarté, de la pratique, de l’efficacité personnelle, d’objectifs réalistes, d’une bonne préparation et du courage d’agir même lorsque vous ne vous sentez pas parfait.
Ou pour le dire plus crûment : une pose de pouvoir ne remplace pas le travail intérieur.
Joern Kettler est psychologue d’entreprise, analyste des expressions faciales et auteur à succès. Il fait partie de notre réseau d’experts EXPERTS Circle.
1. Notez les objectifs réalisables
Beaucoup de gens ne se fixent pas d’objectifs. Ils formulent des vœux.
« Je veux devenir plus confiant. »
« Je veux rester plus détendu. »
« Je veux enfin changer de vie. »
« Je ne veux plus trop réfléchir. »
Ça a l’air bien. Mais c’est souvent trop vague.
C’est mieux :
« Aujourd’hui, je vais aborder calmement un sujet désagréable. »
« Je fais une marche de 30 minutes trois fois par semaine. »
«J’ai rangé mon téléphone portable après 21 heures.»
« Je ne dirai pas immédiatement oui à la prochaine demande. »
« Chaque soir, j’écris une chose que j’ai réussi. »
La recherche sur l’établissement d’objectifs montre depuis des décennies que des objectifs spécifiques et ambitieux conduisent de manière plus fiable à de meilleures performances que de vagues résolutions « faites de votre mieux ». Dans leur article de synthèse, ils écrivent que les objectifs spécifiques et difficiles conduisent systématiquement à des performances plus élevées que les objectifs de meilleure performance non spécifiques.
Dans la vie de tous les jours, cela signifie : non pas « je veux devenir plus fort ». Mais : « Je prends cette mesure concrète aujourd’hui. »
2. Utilisez des plans si-alors au lieu de dictons de motivation
Les paroles de motivation sont rapides à dire. Les choses ne deviennent difficiles que lorsque la vie s’en mêle.
Si votre partenaire réagit de manière irritable.
Si votre collègue vous lance encore quelque chose.
Quand tu es fatigué le soir.
Quand la peur de la conversation augmente.
Si vous retombez dans d’anciens schémas.
C’est exactement là que se trouve ce qu’on appelle Intentions de mise en œuvrec’est-à-dire les plans si-alors. Une méta-analyse de plus de 94 études a montré que de tels plans peuvent contribuer de manière significative à la réalisation des objectifs.
Exemples :
Si Je remarque que je me justifie, alors J’expire une fois et dis : « Je vais y réfléchir un instant. »
Si Je veux dire oui par peur alors Je dis: « Je vais y jeter un œil et je vous le dirai plus tard. »
Si Je réfléchis encore le soir, alors J’écrirai ma pensée et je déciderai demain.
Si Je me fais petit, alors Je me demande : « Que dirais-je à un ami dans cette situation ? »
Ce n’est pas spectaculaire. Mais elle est efficace car elle prépare les comportements avant que la situation difficile ne survienne.
3. Renforcez l’auto-efficacité au lieu d’une domination artificielle
Les poses de pouvoir vendent souvent le mauvais objectif : la domination.
Mais la plupart des gens n’ont pas besoin de plus de domination dans la vie de tous les jours. Il te faut plus Auto-efficacité.
L’auto-efficacité signifie : je crois que mon comportement peut faire une différence. Non pas que je contrôle tout. Non pas que je gagne toujours. Non pas que je n’ai plus peur. Mais : je peux agir malgré l’incertitude.
Cette idée va au psychologue Albert Bandura dos. Ses recherches sur l’auto-efficacité montrent que l’attente de sa propre efficacité influence la capacité des gens à relever les défis, les efforts qu’ils déploient et la durée pendant laquelle ils persistent malgré les revers. C’est crucial pour la vie de tous les jours.
Une personne ayant une faible efficacité personnelle pense :
« Cela ne sert à rien de toute façon. »
Une personne dont l’efficacité personnelle augmente pense :
« Je peux au moins influencer la prochaine étape. »
C’est exactement là que le changement commence. Pas dans la grande pose. Mais en petite preuve : j’ai agi.
4. Des affirmations oui, mais s’il vous plaît, pas bon marché
Les affirmations sont également souvent complètement fausses.
« Je suis invincible. »
«J’attire comme par magie le succès.»
« Tout me vient sans effort. »
« Je suis la personne la plus forte de la pièce. »
Cela ne ressemble pas à de la force mentale. Cela ressemble à une page de calendrier laissée trop longtemps au soleil.
C’est scientifiquement plus intéressant Théorie de l’auto-affirmation. Il ne s’agit pas de se dire des phrases irréalistes. Il s’agit de se souvenir de ses propres valeurs, forces et intégrité. Une vaste étude décrit l’affirmation de soi comme un processus qui peut aider les gens à mieux gérer les menaces qui pèsent sur leur image de soi et à réagir de manière moins défensive.
Les bonnes affirmations ne sont donc pas mégalomanes. Ils sont réalistes.
Pas:
« Je n’ai jamais peur. »
Plutôt:
« Je peux avoir peur et quand même agir. »
« Je n’ai pas besoin d’être parfait pour être clair. »
« Je peux dire non sans être une mauvaise personne. »
« Je peux me prendre au sérieux. »
« Je peux faire un petit pas, même si tout n’est pas encore résolu. »
Il ne s’agit pas d’un vœu pieux ésotérique. C’est l’autorégulation.
5. Utilisez WOOP au lieu de vœux pieux
Une autre alternative intéressante est WOOP: Souhait, Résultat, Obstacle, Plan. En allemand : souhait, résultat, obstacle, plan.
Il ne suffit pas d’imaginer magnifiquement l’objectif. Il faut aussi regarder l’obstacle honnêtement. C’est précisément ce lien qui réside dans l’approche du contraste mental avec les plans si-alors. Une méta-analyse sur Contraste mental avec les intentions de mise en œuvre trouvé des effets positifs sur la réalisation des objectifs.
Exemple:
Souhait: J’aimerais gérer les conflits plus sereinement.
Résultat: Je me sens plus clair et moins exposé.
Obstacle: Je me mets vite sur la défensive lorsque je me sens critiqué.
Plan: Quand je me sens attaqué, la première chose que je dis est : « Je veux comprendre exactement ce que tu veux dire. »
Ou:
Souhait: Je veux vivre en meilleure santé.
Résultat: J’ai plus d’énergie.
Obstacle: Le soir, je cherche automatiquement des bonbons.
Plan: Si je veux grignoter le soir, je bois d’abord un verre d’eau et j’attends dix minutes.
Ce n’est pas spectaculaire. Mais c’est exactement pourquoi il convient à un usage quotidien.
6. Pratiquez les situations difficiles au préalable
Beaucoup de gens espèrent pouvoir réagir spontanément et avec confiance au moment crucial.
C’est courageux. Mais souvent naïf.
Ceux qui n’ont jamais pratiqué non disent oui plus vite sous la pression.
Ceux qui n’ont jamais critiqué se justifient plus rapidement.
Si vous n’avez jamais pratiqué les limites, il est plus facile pour les autres de les franchir.
Ceux qui ne se préparent jamais à des conversations difficiles improvisent généralement sous le stress.
La force intérieure ne vient pas du fait de se tenir debout avec les jambes écartées. Cela vient de l’anticipation des situations difficiles.
Par exemple:
« Que dois-je dire si quelqu’un m’interrompt ? »
« Que dois-je dire lorsque je me sens dépassé ? »
« Qu’est-ce que je dis quand j’ai besoin de temps? »
« Qu’est-ce que je dis quand je veux dire non mais que je veux dire oui? »
« Qu’est-ce que je dis quand on me critique ? »
Une simple phrase peut suffire :
« Je veux y réfléchir un instant. »
« Je ne veux pas qu’on s’adresse à moi comme ça. »
« Je comprends votre point de vue, mais je le vois différemment. »
« Je ne peux encore rien promettre à ce sujet. »
« J’ai besoin d’un moment. »
C’est ça la vraie force : ne pas élever la voix, ne pas se figer, ne pas fuir, mais rester capable d’agir.
7. Arrêtez de jouer avec confiance
Beaucoup de gens pensent qu’ils doivent faire preuve de confiance avant de pouvoir agir avec confiance. C’est exactement l’erreur de réflexion.
Il n’est pas nécessaire de se sentir fort pour faire un petit pas courageux. La force passe souvent en premier après l’action.
Après le premier non.
Après la première conversation ouverte.
Après la première limite fixée.
Après la première tentative malgré la peur.
La confiance ne grandit pas à travers les poses. Il grandit à travers des expériences qui montrent au cerveau : je peux surmonter des situations difficiles.
La meilleure question n’est donc pas : « Comment puis-je paraître puissant ? »
Mais plutôt : « Quelle est la prochaine étape concrète qui me rendra plus efficace ? »
Conclusion : débarrassez-vous du théâtre de poses
Les power poses étaient une belle promesse : deux minutes de posture et tout à coup vous devenez plus courageux, plus fort et plus confiant.
Malheureusement, la vie n’est pas un séminaire de motivation avec une machine à fumée.
Si vous voulez vraiment devenir plus fort, vous n’avez pas besoin de vous faire passer pour un super-héros aux toilettes. Il a besoin d’objectifs concrets, de plans «si-alors», d’affirmations de soi réalistes, d’efficacité personnelle et de petites actions courageuses dans la vie de tous les jours.
Le corps peut y contribuer. Tenez-vous debout, respirez calmement, agissez consciemment, tout va bien.
Mais la pose à elle seule ne rend pas une personne forte.
Ceux qui non seulement paraissent plus grands, mais agissent aussi plus clairement, deviennent forts.