À la naissance de Bruno Kant, l’Allemagne était dirigée par l’empereur Guillaume II et se trouvait en pleine Première Guerre mondiale. Il a connu la République de Weimar, le national-socialisme, la Seconde Guerre mondiale, la division et la réunification de l’Allemagne. Des inventions telles que la télévision, les ordinateurs et Internet ont changé le monde qui l’entourait.
Le 26 février, il a eu 110 ans, ce qui fait de lui l’un des Allemands vivants les plus âgés.
« Je ne comprends pas Dieu, ce qu’il veut faire de moi »
Le fait qu’il ait atteint cet âge est un mystère pour Bruno Kant. « Je ne comprends pas le bon Dieu que je sois devenu si vieux et ce qu’il me réserve », a déclaré Kant lors d’une petite fête précédant son anniversaire, à l’occasion de laquelle quelques parents et compagnons s’étaient réunis dans la petite maison d’Eichenzell, dans l’est de la Hesse, où vit Kant.
Le prêtre catholique à la retraite est toujours en bonne forme mentale et entraîne son cerveau avec des énigmes numériques. Aucun Sudoku n’est trop difficile pour lui, rapporte sa nièce Beate Kant. L’homme de 110 ans a besoin d’un déambulateur et porte un stimulateur cardiaque, et sa mauvaise audition le dérange également.
Beate Kant se penche donc à plusieurs reprises vers sa « bonne » oreille droite et explique d’une voix claire à son oncle ce qui se dit autour d’un café et d’un gâteau. Bruno Kant traite sa mauvaise audition avec humour.
«Je suis malentendant», dit-il. « Le bon Dieu là-haut n’entend plus rien », dit le très vieil homme à propos de son souhait de pouvoir lui dire au revoir après tant d’années sur terre. Il y a un sourire sur ses lèvres.
À 102 ans, Kant faisait encore des visites à domicile
Kant aime regarder les émissions sportives à la télévision. Il préfère regarder le tennis, auquel il jouait lui-même, ainsi que les échecs et le billard, comme l’explique le pasteur d’Eichenzell, Guido Pasenow. Et bien sûr aussi les services religieux télévisés. Pour Kant, regarder la télévision fait tout autant partie de sa routine quotidienne que prier la Liturgie des Heures et le Bréviaire.
« À l’âge de 100 ans, Bruno Kant se tenait encore devant l’autel ici à Eichenzell-Löschenrod et célébrait la messe », raconte le pasteur Pasenow. À 102 ans, Kant, qui n’a déménagé à Eichenzell que lorsqu’il était très vieux, faisait encore des visites à domicile et, par exemple, apportait la sainte communion aux paroissiens malades.
Il est important pour cet homme de 110 ans de pouvoir rester jusqu’à aujourd’hui dans son environnement familier à Eichenzell, où il est soigné avec amour par son soignant polonais et a une routine quotidienne régulière, explique sa nièce Beate. « Sinon, il n’aurait pas atteint cet âge avancé. » La femme de 71 ans s’occupe de tout pour son oncle, par exemple auprès des autorités et de la caisse d’assurance maladie.
Quel est le secret de ce jeune homme de 110 ans ?
Une croyance profonde en Dieu, un quotidien toujours régulier et des fruits et légumes du jardin paroissial : est-ce là la recette d’une longue vie de Bruno Kant ? Le très vieil homme lui-même ne le sait pas.
C’est peut-être les gènes. La nièce Beate Kant sait que la grand-mère de Bruno Kant a vécu jusqu’à près de 100 ans et que deux de ses sept frères et sœurs ont vécu respectivement 106 et 108 ans.
Kant a été fait prisonnier par les Soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale
Bruno Kant est né à Werblinia (Werblin en allemand) près de Dantzig et parle également polonais, ce qui lui permet de communiquer plus facilement avec son supérieur polonais. En tant que soldat, il fut fait prisonnier par les Soviétiques. « C’est encore incompréhensible pour moi aujourd’hui d’avoir survécu. À l’époque, je m’attendais à la mort », se souvient-il. Il ne supporte pas les informations télévisées actuelles sur la guerre russe en Ukraine ; ça le dérange trop.
Après sa libération de captivité, Kant poursuit ses études de théologie et est ordonné prêtre à Fulda en 1950. Il travaille comme curé à Petersberg-Marbach dans l’est de la Hesse pendant environ 30 ans avant de finalement s’installer à Löschenrod, où une maison de retraite pour pasteurs est désormais disponible.
Une place a été nommée en son honneur
Le pasteur à la retraite jouit d’une grande réputation dans la communauté. « Malgré son grand âge, il est très présent dans le cœur des gens », déclare le maire Johannes Rothmund (CDU). Les Löschenroder rebaptisent la place devant l’église catholique « Pfarrer-Bruno-Kant-Platz » en l’honneur du très vieil homme.
Bruno Kant attendait son anniversaire avec des sentiments mitigés. L’homme modeste n’aime pas qu’on fasse beaucoup de bruit à son sujet, comme l’explique le pasteur Pasenow.
Alors que quelques caméras se tenaient devant la petite maison à l’occasion du 110e anniversaire de Bruno Kant, que des mains étaient serrées et que des félicitations étaient envoyées, le très vieil homme a accueilli les sympathisants avec humour et convivialité, malgré l’agitation avec laquelle il était et n’est jamais vraiment à l’aise. Le pasteur Pasenow dit : Kant éprouve toujours une grande joie à rendre visite aux enfants de chœur lors de ses anniversaires.