Levitt : Pourquoi dealer pour 3,5$ de l’heure ?

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par RVH Synergie, ajouté il y a 8 ans
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trafic

L’économiste Steven Levitt (co-auteur avec Stephen J. Dubner de Freakonomics), présente, dans cette conférence, avec un l’humour corrosif, une analyse de l'économie des trafics de stupéfiants. La vente de crack dans la rue aux USA, emploie comme Mc Donald's, une grande quantité de petites mains qui sont payée en dessous du revenu minimum (3,5$ de l’heure en moyenne). Ces employés peuvent se faire tuer par des gangs adverses et même par leur patron. Comment expliquer qu’ils le fassent tout de même ? Outre qu’il s’agit d’une réponse à la misère, Steven Levitt met en évidence des stratégies mises en œuvre par les têtes de réseau pour illusionner les jeunes sur leur possibilité de réussite et des stratégies qui vise à ce que les jeunes s’endettent auprès d’eux. Les stratégies cyniques mises en œuvre par les têtes de réseaux ne sont d’ailleurs pas très éloignées de processus que l’on constate dans l’économie légale.

 
Texte de la conférence (traduction par TED - Technology, Entertainment, Design)

Vous serez contents de savoir que je ne vais pas vous parler de mes malheurs, mais de ceux d’autrui. Il est bien plus facile de parler légèrement des malheurs d’autrui que des siens et je veux rester dans l’esprit de la conférence.
À en croire les médias, être un dealer pendant le pic de l’épidémie de crack c’était la belle vie, selon Virginia Postrel. Argent, drogues, armes à feu, femmes, bijoux, bling-bling... rien ne manquait.
Ce que je vais vous dire aujourd’hui, c’est qu’en fait, grâce à 10 années de recherches, l’occasion unique d’aller à l’intérieur d’un gang pour consulter la comptabilité réelle, les rapports financiers du gang, c’est que la réponse s’avère très différente : appartenir à un gang, ce n’est pas la belle vie. Au contraire, je pense qu’en réalité, appartenir à un gang -- vendre des drogues pour un gang -- est sans doute le pire boulot qui soit en Amérique. Et c’est de cela que j’aimerais vous convaincre aujourd’hui.
Donc, il y a trois choses que je veux faire. D’abord, je veux expliquer comment et pourquoi le crack a eu une tel retentissement sur les gangs de quartiers défavorisés. Ensuite, je veux vous raconter comment quelqu’un comme moi a pu en arriver à voir le fonctionnement interne d’un gang. C’est une histoire intéressante, je pense. Et enfin, je veux vous donner, rapidement, quelques-unes des conclusions auxquelles nous sommes arrivés en consultant les rapports financiers -- la comptabilité -- du gang.
Et avant cela, juste un avertissement : cette communication a été classée « interdit aux moins de 18 ans ». Elle aborde des thèmes d’adultes avec des mots d’adultes. Sachant qui est sur scène, vous serez ravis d’apprendre qu’en fait il n’y aura pas de nudité, sauf en cas... (Rires) ... d’accident vestimentaire fortuit. (Rires)
Bien, commençons par le crack et comment il a transformé les gangs. Pour cela, il faut remonter à une époque qui a précédé le crack, au début des années 80, et adopter le point de vue d’un chef de gang. Être chef de gang dans une cité n’était pas une mauvaise affaire au milieu des années 80. Au début des années 80, pourrait-on dire.
On avait alors beaucoup de pouvoir, on pouvait tabasser du monde, on avait beaucoup de prestige, beaucoup de respect. Mais il n’y avait pas d’argent, n’est-ce pas ? Les gangs n’avaient pas de moyen de se faire de l’argent. Et on ne pouvait pas demander une cotisation aux membres du gang parce que ces membres n’avaient pas d’argent. On ne pouvait pas vraiment se faire de l’argent en vendant de la marijuana. Il s’avère que la marijuana ne rapporte pas grand chose. On ne s’enrichit pas à vendre de la marijuana. On ne pouvait pas vendre de la cocaïne. Vous savez, la cocaïne est un bon produit -- la cocaïne en poudre -- mais il faut connaître de riches blancs. Et la plupart des gangs des cités ne connaissaient pas de riches blancs ; ils ne pouvaient pas vendre à ce marché. On ne pouvait pas se contenter non plus de la délinquance. Il s’avère que la délinquance est une très mauvaise source de revenus.
Et donc, en tant que chef de gang, on avait, vous voyez, du pouvoir. C’est une vie assez agréable. Mais le problème c’est qu’on se retrouvait à vivre chez sa mère. Ce qui ne faisait pas vraiment une carrière. C’est quelque chose qui... c’est juste qu’il y a des limites au pouvoir et à l’importance dont on dispose quand on doit vivre chez sa mère.
Puis vint le crack. Pour paraphraser Malcom Gladwell, le crack a été, pour les cités, une sorte de sauce tomate « avec de vrais morceaux à l'intérieur ». (Rires) Parce que le crack a été une incroyable innovation. Je n’ai pas le temps d’en parler aujourd’hui. Mais si on y réfléchit, je dirais que dans les 25 dernières années, de toutes les inventions ou innovations qu’a connues ce pays, la plus importante, quant à l’impact sur le bien-être des gens qui vivent dans les cités, ça a été le crack. Et ce pour le pire ; pas pour le meilleur mais pour le pire. ça a eu un