La solitude est une réalité pour environ 12 millions de personnes en Allemagne, dont de nombreuses personnes âgées. Dans une interview au journal en ligne « Le Populaire du Centre », le sociologue Arnaud Campéon précise que la solitude dans la vieillesse n’est pas due au fait de vivre en ville ou à la campagne. De son point de vue, ce sont avant tout les ruptures biographiques, la diminution de la mobilité et la perte des relations sociales solidaires qui provoquent l’isolement.
Campéon déplace ainsi la perspective : l’accent n’est pas mis sur la question de savoir où l’on vieillit, mais dans quelles conditions.
Le rayon de vie devient plus petit
Campéon décrit l’isolement comme un processus qui se produit souvent progressivement. La mort d’un conjoint, des enfants vivant loin, des amitiés qui se raréfient ou la disparition progressive de personnes familières changent souvent profondément le quotidien. À cela s’ajoute souvent une perte de mobilité, ce qui rend les rencontres plus difficiles et réduit le rayon de vie de chacun.
« L’isolement est avant tout relationnel et biographique, plus que purement géographique », précise Campéon. Ce faisant, il se concentre sur les coupes qui s’accumulent au fil des années et qui affaiblissent petit à petit le réseau social. Dans cette compréhension, la solitude ne commence pas seulement lorsqu’une personne vit seule, mais plutôt là où les relations se fragilisent et où la participation devient plus difficile.
Plus que d’être seul
Si les interactions quotidiennes font défaut, ce n’est pas seulement l’intégration sociale qui en souffre. L’activité physique et cognitive peut également diminuer. Selon le sociologue, l’isolement peut « fragiliser l’état de santé, mais aussi le moral ».
Cela inclut également le sentiment de reconnaissance sociale. Même à un âge avancé, les gens restent liés aux rôles qui ont façonné leur vie – en tant que parents, voisins, professionnels ou membres engagés d’une communauté. Si ces rôles ne sont plus confirmés dans la vie de tous les jours, cela peut influencer votre propre image de vous-même. Campéon l’exprime ainsi : « Lorsque ces formes de reconnaissance disparaissent, non seulement la vie quotidienne s’appauvrit, mais aussi le sentiment d’identité, qui peut s’en trouver affaibli. »
Le pays comme risque – mais pas comme destin
Un aspect de l’entretien concerne le vieillissement dans les régions rurales. Là aussi, Campéon contredit une vision simpliste. « Non, je ne dirais pas que vieillir en milieu rural conduit forcément à l’isolement », souligne-t-il. Au contraire : là où les quartiers sont intacts et où les gens s’entraident, le milieu rural peut même permettre des relations sociales particulièrement durables.
Parallèlement, il souligne que le risque d’isolement en campagne peut être plus important sous certaines conditions. Les raisons en sont la dispersion spatiale des logements, la forte dépendance à la mobilité et les profonds changements dans de nombreuses régions. Là où les distances sont longues et où la voiture devient indispensable, les restrictions sanitaires peuvent conduire particulièrement rapidement à un retrait social.
La qualité des relations est cruciale
Du point de vue de Campéon, il n’y a pas de réponse simple à la question de savoir où et comment vivre au mieux ses vieux jours. De nombreuses personnes âgées souhaitent séjourner dans une maison familière, un lieu auquel elles associent souvenirs, routines et orientation. Mais pour lui, cela dépend moins du lieu lui-même que de la qualité des relations qui y sont possibles.
Inclure les conditions de vie comme issue possible
Campéon cite les formes de vie inclusives qui combinent indépendance et communauté comme une option prometteuse. De tels modèles pourraient contribuer à briser l’isolement, notamment dans les régions rurales, sans pour autant éloigner les personnes âgées de leur cadre de vie habituel.
De son point de vue, l’avantage réside dans la combinaison de l’intimité et de la vie quotidienne en communauté : il y a de la place pour le retrait, mais en même temps il y a des opportunités de rencontres, de soutien mutuel et plus de sécurité. Pour Campéon, cela pourrait être une réponse à un problème central du vieillissement : les personnes doivent non seulement être soignées, mais aussi rester socialement intégrées.