La consommation d’opioïdes chez les jeunes augmente au Canada, tout comme les visites aux services d’urgence et les décès qui y sont associés. Pourtant, les gouvernements ne fournissent pas de soutien adéquat pour faire face à cette crise de santé publique, affirment les auteurs d’une étude. JAMC (Journal de l’Association médicale canadienne) éditorial.
« Si cette crise n’est pas correctement résolue dès maintenant, les systèmes de santé du Canada contribueront à perpétuer la crise des opioïdes pendant des décennies », écrit la Dre Shannon Charlebois, rédactrice médicale, JAMC, et le Dr Shawn Kelly, pédiatre et spécialiste en médecine des toxicomanies, CHEO et Université d’Ottawa, Ottawa (Ontario).
En Ontario, l’utilisation par les étudiants d’analgésiques opioïdes sur ordonnance pour des raisons non médicales a augmenté considérablement, passant de 12,7 % en 2021 à 21,8 % en 2023.
Les élèves des classes plus jeunes (de la 7e à la 9e année) étaient plus susceptibles de déclarer en avoir consommé que les élèves plus âgés du secondaire (de la 10e à la 12e année). Les jeunes âgés de 15 à 24 ans représentaient 9 % des visites aux services d’urgence en Ontario pour consommation d’opioïdes, et les décès liés aux opioïdes ont augmenté de 369,2 %, passant de 2,6 à 12,2 pour 100 000 habitants de 2013 à 2021.
Paradoxalement, les jeunes ont du mal à accéder à un traitement par agonistes opioïdes, les preuves démontrant que moins d’ordonnances sont rédigées alors même que les besoins augmentent. D’autres traitements efficaces, tels que les programmes de thérapie psychologique et de traitement des troubles liés à l’usage de substances, sont rares, ont de longues listes d’attente et sont souvent financés par des fonds privés, ce qui les rend inaccessibles aux personnes les plus à risque.
« L’inaction des systèmes de santé et le manque d’investissement pour fournir des services de toxicomanie fondés sur des données probantes aux jeunes sont inexcusables, car la crise des opioïdes implique cette population. Les médecins qui traitent les jeunes ont besoin de soutien pour pouvoir soigner leurs patients atteints de TUO (trouble lié à l’usage d’opioïdes). Rien de moins représente une complicité dans la prochaine décennie de décès évitables », concluent-ils.