Les graisses saturées sont soupçonnées d’endommager le cœur depuis des décennies. Presque aucun autre sujet nutritionnel n’a été aussi simpliste : on dit que quiconque mange du beurre met ses vaisseaux sanguins en danger. Si vous vous en passez, vous vivez automatiquement une vie plus saine. Cette logique est apparue depuis longtemps dans les recommandations, les rapports et dans la vie quotidienne. Mais cela ne suffit pas. De nouvelles évaluations montrent que le lien entre l’alimentation et la santé cardiaque est beaucoup plus complexe et dépend fortement du risque individuel.
Moins de graisses saturées réduit sensiblement le cholestérol. Cependant, cet effet persiste pendant des années chez les personnes en bonne santé, sans aucune conséquence notable en termes de crise cardiaque, d’accident vasculaire cérébral ou d’espérance de vie. C’est ce que souligne une vaste évaluation réalisée par des chercheurs de l’Université de Toronto, de l’Université McMaster, de l’Université Texas A&M et d’autres institutions qui ont évalué les données d’études portant sur un total de 66 337 participants.
Quand les graisses saturées augmentent le risque de crise cardiaque
La réévaluation repose sur une évaluation systématique d’études nutritionnelles randomisées sur au moins deux ans. Des interventions nutritionnelles dans lesquelles la proportion d’acides gras saturés était spécifiquement réduite ou remplacée par d’autres types de graisses ont été analysées.
En pratique, cela signifiait un apport moindre en graisses saturées et une proportion plus élevée d’acides gras insaturés, notamment d’origine végétale. Sur plusieurs années, les études ont enregistré des paramètres cliniques tels que des crises cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux et des décès. L’accent n’était pas mis sur des aliments individuels, mais sur les effets sur la santé de différents types de graisses.
Le résultat donne à réfléchir : pour les personnes sans maladie cardiovasculaire connue, la réduction des graisses saturées présente peu d’avantages. Sur une période d’environ cinq ans, ni le nombre de crises cardiaques, ni le nombre d’accidents vasculaires cérébraux ou de décès n’ont diminué de manière mesurable. Bien que le taux de cholestérol LDL diminue, cet effet n’a aucune conséquence clinique.
Le bénéfice n’est apparent que chez les personnes à haut risque
Le tableau est différent pour les personnes présentant un risque cardiovasculaire accru. Il s’agit notamment des personnes qui ont eu une crise cardiaque, qui souffrent de diabète, qui ont un taux de cholestérol très élevé ou qui présentent plusieurs facteurs de risque en même temps. Dans ce groupe, un changement ciblé de régime alimentaire a un effet beaucoup plus fort.
Si les graisses saturées sont réduites, le risque de crise cardiaque non mortelle diminue. Chez les personnes présentant un risque cardiovasculaire élevé, environ 20 crises cardiaques non mortelles pour 1 000 personnes touchées peuvent être évitées en cinq ans si les acides gras saturés sont spécifiquement remplacés par des acides gras polyinsaturés. Les événements cardiovasculaires graves surviennent également moins fréquemment. Pour les personnes en bonne santé sans risque accru, l’effet reste toutefois minime.
Pourquoi le remplacement est plus important que de simplement s’en passer
Un point crucial de l’analyse concerne le type de changement. Tous les régimes faibles en gras n’apportent pas d’avantages. Cela dépend de ce qui remplace les graisses saturées.
Le remplacer par des acides gras polyinsaturés est particulièrement bénéfique. On les trouve principalement dans les huiles végétales, les noix et les graines. Cependant, si les graisses saturées sont remplacées par des glucides hautement transformés, l’effet ne sera pas obtenu.
Le beurre contient beaucoup de graisses saturées
Le beurre fournit environ 80 pour cent de matières grasses. Environ 50 à 55 pour cent de cette quantité provient d’acides gras saturés. Même une portion de 10 grammes de beurre contient environ 4 grammes de graisses saturées. Ces acides gras augmentent le cholestérol LDL dans le sang, considéré comme un facteur de risque clé de maladies cardiovasculaires.
Lorsqu’il s’agit des bienfaits du beurre pour la santé, c’est la quantité que vous utilisez au quotidien qui compte. Chez les personnes en bonne santé, même de petites portions régulières n’ont généralement aucune conséquence mesurable à long terme.
Le beurre devient pertinent là où il existe déjà des maladies cardiovasculaires ou de multiples facteurs de risque – surtout s’il constitue en permanence une grande partie de l’apport en graisses et n’est pas complété par des sources de graisses moins chères.
En résumé :
- Moins de graisses saturées diminuent le cholestérol LDL, mais chez les personnes en bonne santé, cela ne réduit pas de manière mesurable les crises cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux ou la mortalité sur plusieurs années.
- Un avantage évident n’apparaît que chez les personnes présentant un risque cardiovasculaire élevé : si certaines graisses saturées sont spécifiquement remplacées par des graisses polyinsaturées, environ 20 crises cardiaques non mortelles pour 1 000 personnes concernées peuvent être évitées en cinq ans.
- L’important n’est pas simplement d’éviter les graisses, mais plutôt de les remplacer : les huiles végétales, les noix et les graines ont un effet bénéfique, tandis que leur remplacement par des glucides fortement transformés n’offre pratiquement aucune protection.
Par Anne Bajrica
L’original de cet article « Beurre et crise cardiaque : pour la plupart, les graisses saturées sont inoffensives – pour certains, ils représentent un risque réel » vient de Smart Up News.