Les lycées berlinois enseignent Goethe dans un langage simple, qui dit tout de nos normes

Dans les lycées berlinois, les enseignants se tournent de plus en plus vers des classiques littéraires rédigés dans un langage simplifié. Faust, Nathan le Sage et Roméo et Juliette sont dépouillés de leur langue pour en faciliter l’accès aux élèves. L’idée sous-jacente semble plausible à première vue : ceux qui comprennent quelque chose sont plus susceptibles de rester motivés.

Mais derrière cette mesure bien intentionnée se cache une évolution qui va bien au-delà des leçons d’allemand.

Il s’agit de notre rapport à l’effort, de la valeur de la profondeur culturelle – et de la question de savoir ce que nous faisons réellement confiance aux jeunes.

Quiconque évite systématiquement les langages complexes…

La simplification modifie non seulement les textes, mais aussi les processus de pensée. Quiconque évite systématiquement un langage complexe ne s’entraîne pas à pénétrer un contenu difficile, mais plutôt à l’éviter.

La littérature classique, en particulier, se nourrit du fait qu’elle offre de la résistance, qu’elle est lourde et qu’elle exige de l’attention. Cette résistance n’est pas un échec pédagogique, mais plutôt un échec de l’espace d’apprentissage lui-même.

Ici, le langage agit comme un cours de formation qui défie mais en même temps responsabilise. S’il est nivelé, le mouvement demeure, mais le développement ne se produit pas.

Les biens culturels perdent-ils leur impact à cause de la simplification linguistique ?

Les classiques littéraires transmettent leur sens non seulement à travers l’intrigue, mais aussi à travers le son, le rythme et l’ambiguïté.

Johann Wolfgang von Goethe développe son impact précisément à travers la condensation linguistique et l’ambivalence.

C’est ainsi que la littérature perd son pouvoir

Si celui-ci est réduit, il reste une esquisse du contenu, mais plus l’expérience esthétique.

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  • Source des images : Christophe Maria Michalski

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C’est comparable à un morceau de musique dont on enlève la dynamique et la tension. On voit la structure, mais la profondeur émotionnelle manque. La littérature perd son pouvoir, non pas parce qu’elle est vieille, mais parce que ce qui la rend vivante lui a été enlevé.

La simplification deviendra-t-elle la nouvelle norme ?

Les abréviations didactiques ont tendance à se perpétuer. Ce qui commence comme une exception devient vite une habitude. À mesure que les textes deviennent de plus en plus simplifiés, les attentes évoluent progressivement : les choses difficiles ne sont plus considérées comme un défi, mais plutôt comme une imposition.

Cette évolution passe souvent inaperçue car elle est fondée. Mais à long terme, une culture d’apprentissage émerge dans laquelle l’adaptation devient plus importante que la croissance et le confort l’emporte sur le développement.

L’appauvrissement social commence rarement brusquement. Elle commence tranquillement

L’art ne remplit pas sa fonction sociale en étant confortable. Cela peut irriter, submerger et parfois même déclencher une résistance.

Si on l’envisage uniquement sous l’angle de l’accessibilité, il perd de son entêtement. La littérature devient alors fonctionnelle, pédagogiquement utilisable et donc inoffensive.

Les jeunes, en particulier, ressentent très vivement cette perte. Ils remarquent quand quelque chose a été désamorcé – et prennent cela moins au sérieux.

La perte n’apparaît pas immédiatement, mais elle a un effet durable

L’appauvrissement social commence rarement brusquement. Cela commence tranquillement, soutenu par des décisions pragmatiques et de bonnes intentions. Lorsque le langage perd en profondeur, la capacité d’exprimer des liens complexes, de supporter des contradictions et de négocier les conflits de manière différenciée disparaît également.

Ceux qui n’ont jamais appris à travailler sur des textes difficiles manquent souvent d’outils linguistiques précis pour ces tâches par la suite. La perte n’apparaît pas immédiatement, mais elle a un effet durable.

Les classiques simplifiés changent la façon dont nous évaluons la culture, la langue et l’effort intellectuel

L’alternative ne consiste pas à réduire les exigences, mais à soutenir sérieusement les processus d’apprentissage. Plus de temps, plus d’explications, plus de confiance dans la capacité d’apprentissage des jeunes.

Les textes classiques peuvent rester un défi s’ils sont explorés ensemble et si on leur donne de l’espace. L’éducation ne signifie pas rendre tout facile, mais plutôt renforcer la capacité des gens à affronter les difficultés avec confiance.

Les classiques simplifiés ne sont pas un gadget didactique inoffensif. Ils changent discrètement et de façon permanente la façon dont nous évaluons la culture, la langue et l’effort intellectuel. La chute de l’Occident tant évoquée ne s’accompagne pas de pathos ni de drame.

Cela s’insinue – dans des simplifications bien intentionnées qui nous font lentement oublier toute la profondeur que nous pouvons réellement supporter.

Christoph Maria Michalski, connu sous le nom de « The Conflict Navigator », est un expert respecté en matière de conflits et de leadership. Ayant une vision claire des solutions, il classe les conflits sociaux, politiques et personnels de manière compréhensible. Il fait partie de notre Cercle EXPERTS. Le contenu représente son opinion personnelle basée sur son expertise individuelle.




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