La hausse des températures, l’évolution des régimes de précipitations et les événements météorologiques extrêmes créent des conditions idéales pour que les agents pathogènes et leurs vecteurs, tels que les moustiques, les moucherons et les tiques, se développent.
Ceci est confirmé par un récent rapport de la conférence mondiale sur le changement climatique, la COP30. Le rapport a été produit par une équipe de scientifiques du Sud du consortium Climate Amplified Diseases and Epidemics, qui étudie et trouve des moyens de répondre aux maladies infectieuses aggravées par le changement climatique. Il montre comment des maladies mortelles comme le virus du Nil occidental, la dengue et le chikungunya se propagent désormais à de nouvelles régions d’Afrique et d’Europe en raison du changement climatique.
Certains des auteurs du rapport, Tulio de Oliveira, Cheryl Baxter et Ph.D. candidat Maambele Khosa, expliquez ce qui doit être fait pour assurer la sécurité des personnes à risque d’infection et empêcher la multiplication des maladies infectieuses.
Qu’est-ce qui aggrave les risques de maladie dans le contexte du changement climatique ?
Il existe plusieurs facteurs aggravants. Premièrement, les agents pathogènes (tels qu’un virus ou une bactérie pouvant provoquer une maladie) peuvent s’adapter à de nouveaux vecteurs et à de nouveaux climats. Cela a été récemment observé avec les mutations du virus chikungunya qui ont permis à Aedes albopictus – une espèce de moustique désormais répandue en Asie, en Europe et en Amérique du Nord – de propager plus facilement le virus.
Deuxièmement, les événements météorologiques extrêmes comme les sécheresses et les inondations perturbent les écosystèmes et les établissements humains. Ces perturbations permettent à des agents pathogènes d’origine hydrique tels que Vibrio cholera, responsable du choléra, de se développer. Les inondations peuvent également accroître les sites de reproduction des vecteurs et retarder les interventions de santé publique.
Troisièmement, les migrations liées au climat poussent des millions de personnes vers des zones surpeuplées, sans eau ni toilettes suffisantes. Cela augmente leur exposition aux maladies endémiques (maladies qui sont systématiquement présentes dans une zone géographique ou un groupe de population spécifique à un rythme attendu et prévisible). Cela déclenche également la propagation de nouveaux agents pathogènes.
Ce problème est particulièrement grave en Afrique, où les systèmes de santé manquent souvent de ressources et où les populations sont très vulnérables.
Quelles nouvelles technologies peuvent être utilisées pour répondre aux épidémies liées au climat ?
La surveillance et le suivi génomique sont des outils essentiels pour la détection et la réponse précoces. La surveillance génomique permet aux scientifiques de prélever des échantillons des premiers cas d’épidémie afin d’identifier les virus émergents avant qu’ils ne provoquent des épidémies généralisées.
En d’autres termes, la surveillance génomique surveille l’évolution des virus en temps réel. Le système pandémique COVID-19, où la génomique a été largement utilisée pour identifier et caractériser les variantes du virus, peut désormais être utilisé pour surveiller d’autres agents pathogènes. Cette approche a été utilisée avec succès lors de la récente épidémie de Marburg au Rwanda.
Les données épidémiologiques et écologiques sont utilisées pour comprendre où se situent les vecteurs de maladies. L’intégration de ces données aux données climatiques et génomiques dans les systèmes d’alerte précoce peut aider à prédire où et quand des épidémies pourraient survenir. Par exemple, une analyse de modélisation récente a identifié l’emplacement des moucherons qui transmettent le virus Oropouche, puis a combiné cela avec des données environnementales (comme le climat, le sol et l’utilisation des terres), et a pu prédire la résurgence du virus Oropouche en Amazonie.
L’intégration d’échantillonnages provenant de l’environnement, des animaux et des humains est connue sous le nom d’approche One Health. Au cours de la dernière décennie, cette approche a été utilisée pour lutter contre le virus de la fièvre de la vallée du Rift au Kenya.
Si rien n’est fait, que pourrait-il se passer ?
En Afrique, les migrations liées au climat devraient entraîner le déplacement de jusqu’à 113 millions de personnes d’ici 2050. Sans une préparation solide, les systèmes de santé africains seront mis à rude épreuve. En effet, les migrants climatiques, qui ont souvent tout perdu, s’installent généralement dans des zones où les infrastructures de santé sont limitées, où les conditions sanitaires sont médiocres et où la prévalence des maladies infectieuses est élevée. Cela rend les épidémies plus probables.
Les mouvements de personnes peuvent également propager des agents pathogènes vers de nouvelles régions. Différents pays doivent coordonner leur réponse en tant que régions et investir dans la préparation de leurs systèmes de santé aux épidémies de maladies liées au climat. Dans le cas contraire, ces pressions pourraient conduire à de fréquentes épidémies. Les migrants climatiques qui ont moins accès aux soins seront les plus touchés.
Que doit-il se passer ensuite ?
Les gouvernements doivent donner la priorité à la construction de systèmes de santé capables de résister et de répondre aux chocs liés au climat tels que les inondations, les incendies de forêt et la chaleur extrême.
Les gouvernements doivent également veiller à ce que chacun ait un accès égal aux vaccins et aux diagnostics. Ils doivent investir dans la surveillance communautaire. C’est là que la population locale remarque et signale les épidémies afin qu’une action rapide puisse être prise.
Il est très important qu’un diagnostic de maladie à faible coût soit disponible dans tous les centres de santé ou cliniques locales, même dans les zones rurales, et pas seulement dans les grands hôpitaux. Par exemple, pendant la pandémie de COVID-19, les gens pouvaient se tester eux-mêmes pour le virus à un coût minime.
Un financement durable et continu est essentiel pour soutenir la recherche, le renforcement des capacités et les interventions de santé publique. La coopération régionale est également essentielle pour partager des données, coordonner les réponses et gérer les flux migratoires. Cela peut aider à contenir les épidémies et à soutenir l’adaptation.
Le 13 novembre 2025, la Journée de la Santé COP30 promouvra la coopération régionale en présentant le Plan d’action santé de Belém. Ce plan soutient la mise en œuvre des recommandations de notre rapport. Cela comprend l’augmentation de la surveillance et du suivi, des politiques et stratégies fondées sur des données probantes, le renforcement des capacités et l’innovation. Nous exhortons les gouvernements à profiter de la COP30 pour faire avancer l’agenda climatique et sanitaire.
La lutte contre les maladies amplifiées par le climat est importante non seulement pour la santé, mais aussi pour la justice climatique. Les pays du Sud, même s’ils contribuent le moins au changement climatique, en supportent le plus lourd fardeau. Les gouvernements et les industries privées qui contribuent le plus au changement climatique devraient être tenus responsables. Ils doivent apporter leur juste part à la réponse aux maladies climatiques.