Comment les cigarettes électroniques compromettent les droits humains des enfants

Exposer les enfants aux cigarettes électroniques compromet leurs droits humains. Ces produits devraient être réglementés de manière à donner la priorité à l’intérêt supérieur des enfants et à les protéger des méfaits associés à la consommation de nicotine sous toutes ses formes, affirment les experts en Le BMJ.

Les enfants utilisent désormais les cigarettes électroniques à des taux plus élevés que les adultes, écrivent Tom Gatehouse et ses collègues. À l’échelle mondiale, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 7,2 % des enfants âgés de 13 à 15 ans utilisent actuellement des cigarettes électroniques. Les données indiquent que la consommation dans ce groupe est neuf fois supérieure à celle des adultes, dans les pays qui surveillent les deux groupes.

Comme leur cerveau est encore en développement, les adolescents sont particulièrement sensibles à l’exposition à la nicotine, qui peut avoir des effets à long terme sur l’attention, la cognition, la mémoire et l’humeur, expliquent-ils. Ils sont également plus sensibles à la dépendance à la nicotine, ce qui peut entraîner des problèmes de dépendance et de toxicomanie plus tard dans la vie, et il est également de plus en plus évident que les cigarettes électroniques peuvent servir de passerelle vers le tabagisme.

Réglementations mondiales et droits des enfants

Pourtant, même si la protection de la santé des enfants est légalement requise par la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant (CDE), ils soulignent que 62 pays n’ont toujours pas de réglementation sur la cigarette électronique.

Un lien explicite entre la lutte antitabac et les droits de l’enfant a été établi en 2003 avec l’adoption de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, qui, selon les auteurs, est pertinente pour l’usage des cigarettes électroniques par les jeunes ainsi que pour les produits du tabac conventionnels, puisque le cadre oblige les pays à prévenir et à réduire à la fois la consommation de tabac et la dépendance à la nicotine.

Ce lien a été renforcé en 2013 avec des recommandations selon lesquelles les partis protègent les enfants des aliments et boissons malsains, de l’alcool, des solvants, des drogues illicites et des « autres substances toxiques », qui devraient évidemment inclure les cigarettes électroniques, ajoutent-ils.

Arguments de l’industrie et recommandations réglementaires

Les industries du tabac et de la nicotine soutiennent que réglementer les cigarettes électroniques de la même manière que les produits du tabac conventionnels empêchera les fumeurs de se tourner vers des alternatives plus sûres. Pour les auteurs, en soulignant les bénéfices potentiels pour ce groupe, ces industries ont persuadé les gouvernements « de minimiser les dommages potentiels pour un groupe beaucoup plus large, qui comprend les enfants ».

Ils notent que l’OMS recommande une réglementation stricte des cigarettes électroniques pour protéger la santé publique, avec une mise en œuvre appropriée. Les options incluent l’interdiction de la vente de cigarettes électroniques et, lorsqu’elles ne sont pas interdites, des mesures similaires à celles qui ont contribué à réduire les taux de tabagisme chez les jeunes dans le monde, y compris des restrictions d’âge strictement appliquées ; les restrictions sur la publicité, la promotion et le parrainage des cigarettes électroniques ; interdictions d’affichage au détail; emballage neutre; et interdictions ou restrictions sur les arômes.

L’objectif primordial devrait être de réduire l’attrait, la disponibilité et le prix abordable des cigarettes électroniques pour les enfants, comme de nombreux pays l’ont déjà fait pour le tabac, affirment-ils.

Défis en matière d’application et obligations juridiques

Les gouvernements devront être attentifs aux obstacles pratiques à l’application de la loi, tels que le marketing sur les réseaux sociaux et le commerce électronique transfrontalier, ajoutent-ils, mais affirment qu’anticiper ces défis « garantira à ce qu’une approche de la réglementation de la cigarette électronique centrée sur l’enfant ait les plus grandes chances de succès ».

« Les cigarettes électroniques sont connues pour être nocives pour ceux qui ne fument pas, en particulier pour les enfants, quel que soit leur rôle potentiel dans le sevrage tabagique ou, à l’inverse, leurs effets passerelles potentiels », écrivent-ils. « Les gouvernements sont donc légalement tenus d’empêcher leur utilisation parmi ce groupe démographique en vertu de la CRC et de la convention-cadre de l’OMS. »

Compte tenu de l’incertitude entourant les effets à long terme de l’usage de la cigarette électronique, ils concluent : « L’incapacité à protéger le droit à la santé des enfants aujourd’hui pourrait entraîner des préjudices qui s’étendent sur plusieurs générations. »