Depuis des décennies, les chercheurs recherchent des moyens de détruire spécifiquement les cellules cancéreuses sans affaiblir davantage l’organisme. Mais pour de nombreux patients dont le système immunitaire est gravement affaibli par la chimiothérapie ou la radiothérapie, ces thérapies restent souvent inefficaces. Des scientifiques japonais proposent désormais une solution possible : une combinaison de deux bactéries qui se contrôlent mutuellement et attaquent le cancer même sans l’aide du système immunitaire.
La nouvelle thérapie pourrait particulièrement aider les personnes dont le système immunitaire est épuisé après un traitement contre le cancer – et pour lesquelles il n’existe actuellement pratiquement aucune option de traitement.
Deux microbes, une tâche
Une équipe de recherche dirigée par Eijiro Miyako de l’Institut avancé des sciences et technologies du Japon a combiné deux espèces bactériennes naturelles : Proteus mirabilis et Rhodopseudomonas palustris. Dans un rapport de trois à 97 pour cent, ils forment un consortium que les chercheurs appellent « AUN » – d’après un terme japonais désignant l’harmonie.
Ces deux microbes se comportent comme des partenaires : Proteus mirabilis pénètre profondément dans le tissu tumoral et y change de forme pour attaquer les cellules cancéreuses. Rhodopseudomonas palustris régule le processus et empêche les bactéries de devenir incontrôlables ou de provoquer une inflammation. Cela crée un équilibre finement équilibré qui détruit les tumeurs de l’intérieur mais épargne les tissus sains.
« Après 150 ans, un nouveau chapitre dans le traitement du cancer à base de bactéries s’ouvre enfin », déclare Miyako, responsable de l’étude. Il fait allusion au fait que les scientifiques ont étudié pour la première fois un traitement contre le cancer bactérien il y a 150 ans.
« Étouffer » la tumeur
Dans l’étude publiée dans la revue Nature Biomedical Engineering, les scientifiques ont examiné ce qui se passe dans le corps lorsque l’AUN pénètre dans la circulation sanguine. Les bactéries se dirigent vers la tumeur et commencent à modifier son apport sanguin. De petits caillots se forment dans les vaisseaux fins et n’apparaissent que dans le tissu tumoral. En conséquence, le cancer est coupé de l’oxygène – il « étouffe » de l’intérieur, pour ainsi dire.
Dans le même temps, les bactéries forment des structures fibreuses avec lesquelles elles attaquent directement les cellules cancéreuses. Cet effet combiné entraîne une nécrose massive, c’est-à-dire la mort du tissu tumoral.
Lors d’expérimentations animales, les chercheurs ont utilisé cette méthode pour obtenir une régression complète de divers types de tumeurs, notamment le cancer du côlon, du poumon et du pancréas. Particulièrement impressionnant : même chez les souris sans système immunitaire fonctionnel, les tumeurs ont complètement guéri.
Le travail d’équipe augmente considérablement l’impact
L’équipe a découvert qu’un traitement en deux étapes est particulièrement efficace : d’abord une faible dose pour habituer le système immunitaire à la bactérie, suivie d’une dose plus élevée. Dans toutes les expériences, cette approche a conduit à une réduction complète des tumeurs, tout en étant bien tolérée.
Principales observations de l’étude :
- Les animaux n’ont montré aucun signe d’inflammation grave ni de perte de poids.
- Les chercheurs n’ont trouvé aucun effet toxique dans les analyses de sang et d’organes.
- Même lorsque le système immunitaire était affaibli, l’effet restait constamment élevé.
Le consortium AUN s’est également régulé : si le rapport de mélange des deux bactéries s’écartait, l’équilibre naturel revenait en quelques jours. Cela témoigne d’une grande stabilité et d’un contrôle biologique.
De l’espoir même pour les patients faibles
Les immunothérapies classiques, telles que les inhibiteurs de points de contrôle ou les thérapies cellulaires CAR T, ne fonctionnent que si les défenses de l’organisme sont intactes. Chez les personnes ayant déjà subi plusieurs traitements de chimiothérapie, ceux-ci échouent généralement. C’est exactement là qu’intervient le nouveau concept : les bactéries attaquent les tumeurs indépendamment des cellules immunitaires.
Dans l’étude, les chercheurs ont rapporté :
L’AUN a complètement éliminé les tumeurs, même chez les animaux dont le système immunitaire était à peine actif.
Cela ouvre une toute nouvelle voie de traitement pour les patients qui n’avaient auparavant aucune chance de bénéficier d’une immunothérapie.
Pas de microbes génétiquement modifiés
Ce qui est particulièrement remarquable, c’est que les chercheurs n’ont pas eu besoin de modifier génétiquement les microbes. Les deux espèces existent dans la nature – Proteus mirabilis peut également être trouvé en petites quantités dans le corps humain, Rhodopseudomonas palustris dans les sols et les eaux.
Elles s’adaptent à l’environnement tumoral : une bactérie devient plus mobile et agressive, l’autre fait en sorte que l’attaque reste ciblée. Si des réactions indésirables surviennent, le système peut être arrêté avec des antibiotiques courants. Cela pourrait un jour rendre son utilisation beaucoup plus sûre pour les patients que les thérapies bactériennes précédentes.
Etude clinique prévue
La méthode n’est pas encore approuvée pour la pratique clinique. L’équipe de Miyako prépare actuellement les premières études sur des humains. La sécurité, la posologie et l’efficacité seront testées dans les années à venir.
L’objectif est de développer une thérapie qui combat les tumeurs quel que soit l’état du système immunitaire. Si cela réussit, la thérapie AUN pourrait créer une nouvelle option de traitement – pour les patients qui n’avaient auparavant aucun espoir de guérison.
En résumé :
- Une étude japonaise montre : Deux bactéries naturelles peuvent détruire le cancer sans faire appel au système immunitaire.
- Les bactéries bloquent spécifiquement l’apport sanguin aux cellules cancéreuses et provoquent leur mort, tandis que les cellules saines sont épargnées.
- Cette méthode est considérée comme un espoir pour les patients dont le système immunitaire est gravement affaibli après une chimiothérapie ou une radiothérapie.
Par Anne Bajrica
L’original de cet article « Une nouvelle thérapie bactérienne détruit le cancer même avec un système immunitaire affaibli » vient de Smart Up News.