L’Allemagne vieillit – rapidement, de manière irréversible et profonde. Aujourd’hui, environ un tiers de la population a 65 ans ou plus, et cette tendance est à la hausse. Dans le même temps, l’espérance de vie augmente, tandis que les maladies chroniques, la multimorbidité, les limitations fonctionnelles et les besoins de soins augmentent. Cette évolution n’est plus une prévision pour l’avenir, mais plutôt la vie quotidienne dans les cliniques, les cabinets et les établissements de soins.
Et pourtant, pour le groupe de patients le plus important, il n’existe pas de spécialiste indépendant en gériatrie, mais seulement un titre supplémentaire. S’il va sans dire que les enfants sont pris en charge par des spécialistes spécialement formés en médecine pédiatrique et de l’adolescence, la médecine gériatrique reste structurellement un appendice d’autres disciplines.
Cette situation n’est plus contemporaine, médicalement risquée et éthiquement problématique. L’Allemagne a besoin d’un spécialiste indépendant en gériatrie.
Dr méd. Mimoun Azizi est médecin-chef du Centre de gériatrie et de neurogériatrie du KVSW et spécialiste en neurologie. Il fait partie de notre Cercle EXPERTS. Le contenu représente son opinion personnelle basée sur son expertise individuelle.
Le changement démographique comme impératif médical
L’évolution démographique présente au système de santé des défis qui peuvent difficilement être surmontés avec les modèles de soins existants. Les maladies liées à l’âge telles que les maladies cardiovasculaires, la démence, les chutes, le syndrome de fragilité, la dépression et la polypharmacie augmentent considérablement.
De nombreuses études nationales et internationales montrent que les patients âgés ne sont pas des « adultes plus malades ». L’âge modifie fondamentalement la physiologie, la pharmacodynamique, la progression de la maladie et les objectifs thérapeutiques. C’est exactement là qu’intervient la gériatrie – et c’est exactement là qu’échoue un système qui considère cette compétence uniquement comme une qualification supplémentaire.
La gériatrie n’est pas un complément, mais une discipline indépendante
La Société allemande de gériatrie décrit la gériatrie comme la discipline médicale qui s’occupe des aspects physiques, psychologiques, fonctionnels et sociaux du vieillissement et qui ne s’intéresse pas aux organes individuels, mais plutôt à la personne dans son ensemble.
L’instrument central est l’évaluation gériatrique – une procédure multidimensionnelle et scientifiquement validée pour l’évaluation structurée de la mobilité, de la cognition, de l’état émotionnel, de l’indépendance, de l’environnement social et des médicaments. Cette méthodologie est fondée sur des preuves et reconnue internationalement, mais nécessite une formation complète et structurée. Il ne peut pas être appris en parallèle ou dans le cadre d’une qualification complémentaire.
Le classement est également clair au niveau européen. L’Association européenne des médecins spécialistes définit expressément la gériatrie comme une spécialité à part entière avec une formation spécialisée indépendante et pluriannuelle. Le modèle allemand est clairement en contradiction avec ces normes.
Le terme supplémentaire gériatrie – une faiblesse structurelle
En Allemagne, le titre supplémentaire de gériatrie ne peut être acquis qu’après avoir complété un autre spécialiste, généralement en médecine interne, médecine générale ou neurologie.
Cette construction pose des problèmes importants :
- Il manque une compétence gériatrique de base uniforme.
- La qualité de la formation est hétérogène.
- La gériatrie reste structurellement dépendante des autres spécialités.
- Les responsabilités et les responsabilités restent floues.
Dès 2025, l’Association fédérale de gériatrie a expressément critiqué le fait que la structure actuelle de formation continue ne garantit pas une qualité de soins fiable, car les contenus gériatriques essentiels ne sont ni obligatoires ni enseignés de manière standardisée.
Il a été prouvé que l’expertise gériatrique améliore les résultats du traitement
La demande d’un spécialiste en gériatrie n’est pas une idée politique, mais est scientifiquement prouvée. Une étude menée par des gériatres américains renommés a montré en 2022 que les patients âgés soignés par des gériatres spécialement formés ont des séjours hospitaliers plus courts, des coûts inférieurs et de meilleurs résultats fonctionnels que des groupes de patients comparables sans soins gériatriques spécialisés.
En 2014, des chercheurs ont démontré que des soins gériatriques et interdisciplinaires complets réduisaient la mortalité et augmentaient la probabilité que les personnes âgées puissent rentrer chez elles de manière indépendante. Ces effets ne peuvent pas être expliqués par des qualifications supplémentaires, mais plutôt par une formation gériatrique systématique et spécialisée.
La médecine gériatrique est très complexe et potentiellement dangereuse sans connaissances spécialisées
Les maladies se manifestent souvent de manière atypique chez les personnes âgées. Une crise cardiaque se manifeste par une confusion, une infection par une chute et un effet secondaire des médicaments par une dépression. À cela s’ajoutent la polypharmacie, la diminution des réserves d’organes et la vulnérabilité sociale.
La dernière version des exigences européennes en matière de formation en gériatrie souligne expressément qu’un traitement inapproprié chez les personnes âgées est souvent dû à une expertise gériatrique insuffisante et peut parfois être associé à de graves conséquences sur la santé (selon l’Association européenne des médecins spécialistes, 2026). Cette complexité ne peut être représentée de manière adéquate par un nom supplémentaire.
Désavantage structurel des personnes âgées
Il est difficilement justifiable sur le plan éthique que les enfants aient leur propre spécialiste, mais pas les personnes âgées. Si plus d’un tiers de la population a des besoins médicaux gériatriques spécifiques mais que ceux-ci ne sont pas structurellement reconnus, il existe un désavantage systémique.
Cela affecte les structures de formation, la répartition des ressources, les priorités de recherche et, en fin de compte, la qualité des soins prodigués aux personnes âgées.
L’Allemagne est à la traîne par rapport à l’Europe
Dans de nombreux pays européens, dont la Grande-Bretagne, la Suède et les Pays-Bas, la gériatrie est depuis des années un spécialiste indépendant, comme le montrent les comparaisons structurelles des exigences européennes de formation en gériatrie. Ces pays bénéficient de profils professionnels clairs, d’une meilleure coordination des soins et d’une meilleure qualité de soins pour les patients âgés.
L’Allemagne, en revanche, reste coincée dans une solution transitionnelle qui ne répond plus aux exigences du XXIe siècle.
Des exigences claires à l’égard de la politique et de l’auto-administration médicale
Une action décisive est nécessaire maintenant. Ce qui est nécessaire, c’est l’introduction d’un spécialiste indépendant en gériatrie, une formation spécialisée structurée et uniforme à l’échelle nationale et la pleine reconnaissance de la gériatrie en tant que discipline médicale équivalente. Les milieux politiques, les associations médicales fédérales et étatiques ainsi que les associations d’assurance maladie obligatoires doivent soutenir activement et renforcer stratégiquement les soins gériatriques.
La gériatrie est depuis longtemps l’une des disciplines médicales les plus importantes de notre époque – et en même temps celle qui connaît la croissance la plus rapide. Continuer à le traiter comme une désignation supplémentaire est scientifiquement intenable, médicalement risqué et socialement injuste. Un gériatre n’est pas une option mais une nécessité.