Ces dernières années, la violence contre les secouristes et les secouristes a considérablement augmenté dans le monde entier et est devenue un grave problème social et professionnel. Ce qui a longtemps été considéré comme une exception est désormais considéré dans la recherche et les statistiques officielles comme un élément récurrent des opérations quotidiennes. En particulier, les secouristes et les médecins d’urgence, ainsi que d’autres professionnels de la santé, sont de plus en plus exposés à des agressions verbales et physiques.
Dr méd. Mimoun Azizi est médecin-chef du Centre de gériatrie et de neurogériatrie du KVSW et spécialiste en neurologie. Il fait partie de notre Cercle EXPERTS. Le contenu représente son opinion personnelle basée sur son expertise individuelle.
Que signifie la violence dans la réalité de la vie des services d’urgence ?
Dans la pratique, la violence prend de nombreuses formes : depuis les comportements agressifs, les menaces et insultes verbales jusqu’à l’intimidation non verbale et aux agressions physiques telles que les coups de poing, les coups de pied ou les crachats. Les attaques ne proviennent pas seulement des patients eux-mêmes, mais aussi de leurs proches ou de tiers non impliqués. Ils rendent les soins médicaux considérablement plus difficiles et constituent en même temps une menace immédiate pour la santé physique et mentale des personnes concernées.
Dans quelle mesure la violence contre les secouristes est-elle réellement courante ?
La violence contre les secouristes n’est pas un phénomène marginal, mais fait plutôt partie du quotidien professionnel de nombreuses personnes. Les études actuelles le montrent clairement. Une étude à grande échelle menée à l’échelle allemande aboutit à une conclusion alarmante : près de 60 pour cent des employés des services d’urgence signalent des violences verbales régulières, et environ un sur quatre a déjà été agressé physiquement – par exemple en frappant, en donnant des coups de pied ou en crachant. Les attaques proviennent généralement de patients ou de leurs proches.
Les chiffres en soins infirmiers sont également élevés. Près de 45 pour cent des personnes interrogées ont déclaré avoir été fréquemment attaquées verbalement et plus de douze pour cent avaient subi des violences physiques.
Parallèlement, les études montrent que la violence n’est pas sans conséquences. Une grande partie des personnes concernées présentent un risque modéré à élevé de symptômes d’épuisement professionnel. L’épuisement émotionnel et la distance intérieure par rapport au travail sont particulièrement courants. Les chercheurs constatent un lien étroit entre les expériences répétées de violence et l’augmentation du stress professionnel (voir Roth et al. 2025).
Des études internationales confirment cette tendance. Selon les pays, entre plus de la moitié et plus de 90 pour cent des secouristes déclarent avoir été victimes au moins une fois de violence verbale ou physique. Cela s’exprime le plus souvent par des insultes et des menaces, les attaques physiques arrivant en deuxième position (Maguire et al., 2018).
À première vue, les analyses de déploiement individuel semblent moins dramatiques : dans une étude finlandaise, la violence a été enregistrée dans moins de 1 % des déploiements documentés (BMC Emergency Medicine, 2024). Les experts mettent toutefois en garde contre les statistiques trompeuses. De nombreux incidents ne sont pas ou seulement incomplètement documentés dans les opérations quotidiennes, de sorte que leur ampleur réelle est probablement bien plus élevée. Cependant, ce taux relativement faible soulève un problème méthodologique clé, à savoir la sous-déclaration. De nombreux incidents violents ne sont pas ou peu documentés dans les rapports opérationnels, ce qui sous-estime systématiquement leur prévalence réelle.
Facteurs de risque de violence dans les services d’urgence
La littérature scientifique identifie plusieurs facteurs qui augmentent le risque de subir des violences dans les services d’urgence. Les attaques se produisent particulièrement fréquemment dans les centres-villes et pendant les opérations de nuit et de week-end, c’est-à-dire à des moments où les gens se déplacent souvent sous l’influence de l’alcool ou d’autres substances. En conséquence, les patients alcooliques sont parmi les déclencheurs les plus courants d’agression verbale ou physique (BMC Emergency Medicine, 2024).
Les environnements opérationnels inconnus ou déroutants favorisent également les escalades. La pression du temps, le stress, les problèmes de communication et le manque d’informations sur la situation sur place peuvent accroître les tensions et accroître le potentiel de conflit. À cela s’ajoutent des situations psychologiques exceptionnelles du côté du patient, telles que des maladies, des confusions ou des crises aiguës, qui ont généralement un effet indirect, mais augmentent également le risque d’attaque. Outre ces facteurs conjoncturels, les chercheurs soulignent également les conditions structurelles de travail. Les charges de travail élevées, le travail posté et le manque de personnel augmentent le stress des services d’urgence et peuvent nuire considérablement à leur capacité à désamorcer la situation.
Les conséquences : plus que des bleus
La violence dans les services d’urgence ne laisse pas seulement des traces physiques, mais a souvent des effets à long terme. La recherche montre clairement que les agressions répétées sont associées à une détresse psychologique importante. Les symptômes de l’épuisement professionnel sont particulièrement fréquents (Roth et al. 2025), notamment l’épuisement émotionnel et un sentiment croissant d’aliénation de soi (dépersonnalisation) (Human Resources for Health, 2025).
Ce stress psychologique n’est pas anodin, mais peut contribuer à de fortes fluctuations dans le secteur de la santé et des services d’urgence, à des temps d’arrêt plus longs et à un risque accru de prendre de mauvaises décisions professionnelles. Compte tenu des défis démographiques et du manque de personnel dans de nombreux systèmes de santé, cela peut compromettre la sécurité de l’approvisionnement à long terme.
Qu’est-ce qui aide ?
Aussi clairs que soient les chiffres sur la violence dans les services d’urgence, l’analyse des contre-mesures possibles donne à réfléchir. Les recherches montrent que des concepts de prévention fiables et scientifiquement prouvés font largement défaut. Un examen complet des études internationales conclut qu’il n’existe actuellement aucun programme d’intervention présentant des preuves claires de son efficacité (Maguire et al., 2018).
De nombreuses mesures, telles que la formation à la désescalade, les politiques de « tolérance zéro » ou la coopération policière, sont utilisées, mais leurs effets n’ont guère été prouvés empiriquement. Le défi réside moins dans le manque d’idées que dans le manque d’évaluation systématique de ces programmes.
Une autre approche récemment discutée concerne l’utilisation de vêtements de protection tels que des gilets de protection balistique pour les secouristes.
Cependant, les premières études dressent un tableau ambivalent : bien que les expériences de violence soient plus fréquemment documentées, on constate en même temps un rejet accru du traitement ou du transport, en particulier parmi les groupes de patients socialement défavorisés. La protection peut donc ouvrir de nouvelles zones de tension au lieu de les résoudre (McGuire et al., JAMA Network Open, 2025).
Un réveil social
La violence croissante contre les secouristes n’est pas un mot à la mode dans les médias, mais une réalité scientifiquement prouvée. Des études réalisées en Allemagne (Roth K, et al., 2025) montrent des taux de prévalence élevés de violence verbale et physique, associés à un risque accru de stress psychologique et d’épuisement professionnel. À l’échelle internationale, la situation s’aggrave également : dans des pays comme le Royaume-Uni, les actes de violence documentés contre le personnel ambulancier atteignent de nouveaux sommets (The Guardian, 2025).
Ces résultats sont un signal d’alarme. La violence dans les services d’urgence n’affecte pas seulement les victimes individuelles, mais également l’ensemble du système de santé et de secours. Ce qu’il faut, ce sont des stratégies communes et durables de la part de la société, de la politique et des institutions. Des stratégies qui vont au-delà des réactions à court terme et ne traitent pas seulement la violence comme un symptôme, mais examinent également ses causes, ses contextes de risque et ses conditions structurelles. Car en fin de compte, il s’agit bien plus que de statistiques : d’un travail quotidien sûr, durable et humain pour ceux qui assument leurs responsabilités dans des situations exceptionnelles – et sauvent des vies.