Neurolupus : Quand le système immunitaire attaque le cerveau

Le lupus érythémateux systémique (LED) est considéré comme l’une des maladies auto-immunes les plus complexes de la médecine moderne. De nombreuses personnes connaissent la maladie, principalement à cause de douleurs articulaires, d’éruptions cutanées ou de problèmes rénaux.

Cependant, le public est moins conscient de l’une des complications les plus graves : l’atteinte du système nerveux central (SNC). Les médecins parlent alors de lupus érythémateux systémique neuropsychiatrique (NPSLE) – une forme qui pose de grands défis aux personnes touchées et à ceux qui les soignent.

Un tableau clinique diversifié

Le LED est une maladie auto-immune inflammatoire chronique qui touche principalement les jeunes femmes. La cause est une réaction immunitaire erronée : le corps forme des auto-anticorps qui attaquent ses propres tissus et peuvent déclencher une inflammation dans presque tous les organes. Le cerveau et la moelle épinière ne sont pas non plus épargnés.

Il est apparu très tôt que les symptômes neurologiques et psychiatriques du LED peuvent varier considérablement – ​​depuis de légers problèmes de concentration jusqu’à de graves accidents vasculaires cérébraux ou une inflammation de la moelle épinière. Afin de capturer systématiquement cette diversité, l’American College of Rheumatology a développé une classification de 19 syndromes neuropsychiatriques clairement définis pouvant être attribués au lupus.

À quelle fréquence le système nerveux central est-il affecté ?

La fréquence d’apparition du NPSLE fait encore l’objet de recherches intensives. Les informations varient considérablement : dans les études, elles vont de moins de cinq à plus de 90 pour cent. La raison réside principalement dans les différentes définitions. Certaines études incluent également des symptômes non spécifiques tels que des maux de tête ou des sautes d’humeur, tandis que d’autres se limitent à des événements neurologiques graves et clairement démontrables.

Une vaste étude de cohorte prospective est parvenue à la conclusion qu’environ quatre à 13 % des patients développent une atteinte sévère et clairement définie du SNC au cours de la maladie. L’incidence annuelle était de 7,8 cas pour 100 années-personnes. Les crises d’épilepsie, les accidents vasculaires cérébraux et l’inflammation de la moelle épinière étaient particulièrement fréquents.

Symptômes focaux ou diffus – deux faces du neurolupus

Les manifestations neurologiques du NPSLE peuvent être grossièrement divisées en deux groupes.

Manifestations focales et organiques

Ceux-ci incluent, entre autres :

  1. accidents vasculaires cérébraux ischémiques ou hémorragiques
  2. myélite transverse et autres myélopathies
  3. crises d’épilepsie
  4. méningite aseptique

Ces formes peuvent généralement être objectivées par des études d’imagerie ou électrophysiologiques et s’accompagnent souvent de dommages structurels permanents.

Manifestations neuropsychiatriques diffuses

Ceux-ci incluent :

  1. psychoses aiguës
  2. États de confusion
  3. limitations cognitives
  4. Troubles dépressifs et anxieux

Ces symptômes posent particulièrement problème aux médecins, car ils peuvent également être provoqués par des médicaments, des troubles métaboliques ou un stress psychosocial. Une attribution claire au lupus est donc souvent difficile.

Pourquoi le lupus attaque-t-il le cerveau ?

Le développement du NPSLE est complexe. Contrairement aux maladies inflammatoires cérébrales classiques, il n’y a pas d’inflammation vasculaire prononcée au premier plan. Les études d’autopsie montrent plutôt des dommages aux petits vaisseaux sanguins, des micro-infarctus et des modifications neuronales diffuses.

Les mécanismes pathogènes les plus importants comprennent :

  1. Autoanticorpscomme les anticorps antiphospholipides, qui augmentent le risque d’accident vasculaire cérébral
  2. Anticorps anti-neuronauxqui peut influencer directement les cellules nerveuses
  3. Complexes immunitaires et activation du complémentqui endommagent la barrière hémato-encéphalique
  4. Cytokines inflammatoiresqui ont des effets neurotoxiques

Ce mélange explique pourquoi les processus thrombotiques et inflammatoires jouent un rôle dans le neurolupus.

Difficile à reconnaître : le neurolupus comme diagnostic d’exclusion

Le diagnostic du NPSLE est difficile car il n’existe actuellement aucun biomarqueur unique et fiable. C’est pourquoi il s’agit d’un diagnostic classique d’exclusion. La norme de diagnostic comprend :

  1. un examen neurologique et psychiatrique approfondi
  2. une imagerie par résonance magnétique (IRM) du cerveau et de la moelle épinière
  3. un EEG si une activité épileptique est suspectée
  4. un examen du liquide céphalo-rachidien pour exclure toute infection
  5. profils sérologiques d’autoanticorps

Il est particulièrement important de différencier les infections, les effets secondaires des médicaments ou les troubles métaboliques, qui surviennent souvent chez les patients immunodéprimés lupiques.

Comment traite-t-on le neurolupus ?

Le traitement du NPSLE repose principalement sur l’expérience clinique, car les grandes études randomisées sont rares. Les piliers les plus importants comprennent :

  1. glucocorticoïdes à haute dose dans les manifestations inflammatoires
  2. Immunosuppresseurs comme le cyclophosphamide ou l’azathioprine dans les cas graves
  3. Produits biologiquesen particulier le rituximab, dans les cas résistants au traitement

En cas d’événements thrombotiques, une médication constante pour inhiber la coagulation sanguine (anticoagulation) est également nécessaire. L’objectif est de contrôler l’inflammation aiguë et de prévenir les dommages neurologiques à long terme

Prévisions et perspectives

Le pronostic du neurolupus varie considérablement. Même si les symptômes disparaissent complètement chez certaines personnes touchées, il n’est pas rare que des déficits neurologiques permanents persistent après des cas graves. Dans l’ensemble, l’implication du SNC contribue de manière significative au fardeau de la maladie et à la mortalité liée au LED.

La recherche se concentre de plus en plus sur des biomarqueurs spécifiques et des thérapies immunomodulatrices ciblées qui pourraient permettre un diagnostic plus précoce et un traitement plus individualisé à l’avenir. Jusque-là, le neurolupus reste l’un des plus grands défis de la rhumatologie et de la neurologie modernes.

Dr méd. Mimoun Azizi est médecin-chef du Centre de gériatrie et de neurogériatrie du KVSW et spécialiste en neurologie. Il fait partie de notre Cercle EXPERTS. Le contenu représente son opinion personnelle basée sur son expertise individuelle.





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