Quand Lara a appris que son père était mort, il était trop tard. Les funérailles avaient déjà eu lieu et elle ne savait pas où se trouvait sa tombe. Pour elle, son père n’existait soudain que sous forme de fragments, de souvenirs, de photos, d’histoires que personne ne racontait dans leur intégralité. Cette forme de perte, dans laquelle le deuil n’est pas autorisé, n’est pas rare dans les familles modernes.
Yvonne Falckner est infirmière, conseillère en deuil et experte en soins infirmiers. Avec des projets comme « Care Slam », elle rend les soins visibles et participe désormais à la création d’un centre interdisciplinaire de la douleur. Elle fait partie de notre Cercle d’Experts. Le contenu représente leur opinion personnelle basée sur leur expertise individuelle.
Patchwork, séparation, adieu refusé
Aujourd’hui, les enfants grandissent souvent dans des familles complexes : séparations, nouveaux partenariats, enfants issus de relations différentes. Lorsqu’un parent décède, ces liens se rejoignent et tous ne sont pas reconnus. Les enfants issus de relations antérieures sont souvent exclus des funérailles ou ne sont pas informés du lieu où leurs parents ont été enterrés. Les psychologues parlent de deuil non accepté, de deuil qui n’a pas de place dans la société ou au sein de la famille.
Mini étude de cas : Max, 12 ans, n’a pas été autorisé à assister aux funérailles de sa mère. Sa belle-mère a décidé que seul le nouveau cercle de partenaires serait invité. Max portait silencieusement en lui le chagrin, accompagné de troubles du sommeil et de crises de panique.
Prendre soin des morts – le pouvoir sur les adieux
Légalement, les soins aux défunts incombent généralement au dernier conjoint marié ou au dernier partenariat civil enregistré. Cette personne décide de la tombe, du type de sépulture et de l’accès à la sépulture. D’un point de vue psychanalytique, ce contrôle sur le corps du défunt signifie également un pouvoir symbolique : celui qui est chargé de soigner les morts détermine qui est autorisé à lui dire au revoir et comment le défunt reste présent dans la mémoire de ceux qui restent.
Mini étude de cas : Lukas, 28 ans, n’a pas pu se rendre sur la tombe de son père. Le beau-père a refusé tout contact, une expérience qui lui a longtemps pesé.
Stress intergénérationnel et fragmentation des morts
La situation est particulièrement grave si le défunt est lui-même le descendant d’un soldat tombé au combat. Les enfants subissent alors non seulement la perte immédiate, mais aussi le traumatisme intergénérationnel, les anciennes expériences de perte s’entrelaçant avec les expériences personnelles. Si l’accès aux adieux est refusé, l’image du défunt se fragmente. Le deuil reste incomplet, les souvenirs se détériorent, le traitement psychologique est bloqué.
Mini étude de cas : Léonie, 19 ans, a appris que sa grand-mère était décédée. Elle était la descendante d’un soldat tombé au combat. Elle n’a pas été autorisée à assister aux funérailles. Le deuil nié a accru le sentiment que les pertes étaient « cachées » dans sa famille et a conduit à une insécurité et une culpabilité persistantes.
Les moyens de sortir de l’isolement psychologique
Même si quelqu’un d’autre est légalement responsable des soins aux morts, les personnes concernées peuvent reconnaître leur chagrin et développer leurs propres rituels.
- Des lettres, des lieux symboliques ou des bougies comme rituel d’adieu
- Soutien psychologique ou sensible aux traumatismes
- Échange dans des groupes d’entraide
- Consultez les démarches légales pour obtenir des informations sur les lieux de sépulture
- Précautions de votre vivant : arrangements funéraires et discussions ouvertes
- Reconnaître son propre chagrin et traiter des souvenirs fragmentés aident à réduire le fardeau psychologique et à maintenir l’intégrité émotionnelle.
Infobox : Étapes pratiques pour un deuil refusé
- Prenez votre propre chagrin au sérieuxmême sans autorisation formelle.
- Créez des rituels d’adieu alternatifs: lettres, bougies, lieux symboliques.
- Contactez l’administration du cimetière ou l’entrepreneur de pompes funèbres. Obtenez des informations sur les tombes.
- Utiliser un soutien psychologique Thérapie, soutien au deuil, groupes d’entraide
- Obtenez des conseils juridiques. Des avocats spécialisés examinent les éventuels droits à l’information.
- Prenez des précautions : Instructions funéraires et arrangements clairs pour votre propre famille.
Particulièrement important : percevez le défunt comme la personne à laquelle vous pouvez associer des souvenirs. Utilisez la situation complexe comme une opportunité de jeter un regard neuf sur d’anciennes expériences de perte et de conflits. Permettez-vous d’admettre des vérités que vous avez peut-être déjà romancées ou réprimées. Vous pourrez ainsi organiser votre alignement intérieur et glisser vers une nouvelle vie renforcée par les forces positives et les souvenirs du défunt.
La reconnaissance de son propre chagrin, l’intégration des souvenirs et la rencontre consciente avec les bonnes forces du défunt aident à réduire le fardeau psychologique, à guérir la mémoire fragmentée et à préserver sa propre intégrité émotionnelle. Le deuil a plusieurs visages. Trouvez votre propre visage et votre propre expression.