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Substitution (MSO)

Intoxications pédiatriques accidentelles par méthadone et buprénorphine haut dosage rapportées au centre antipoison de Lyon de 2000 à 2004

INTOXICATIONS PEDIATRIQUES ACCIDENTELLES PAR LA METHADONE ET BUPRENORPHINE HAUT DOSAGE RAPPORTEES AU CENTRE ANTIPOISON DE LYON DE 2000 A 2004
Alexandra BOUCHER, Corinne PULCE, Jacques DESCOTES, Centre d’Evaluation et d’Information sur la Pharmacodépendance de Lyon

Le Flyer N° 23, Février 2006
 
Méthode
Les traitements de substitution aux opiacés sont de plus en plus utilisés et constituent une source potentielle d’intoxication pour les jeunes enfants. Pour autant, la fréquence et la sévérité de ces intoxications sont peu connues, en particulier pour la buprénorphine haut dosage. Il nous a dès lors semblé intéressant d’analyser les cas rapportés au Centre Antipoison de Lyon entre 2000 et 2004.
 
Il s’agit d’une étude rétrospective portant sur les appels pour intoxication pédiatrique, présumée ou avérée, par traitement de substitution, reçus au Centre Antipoison de Lyon entre le 1er janvier 2000 et le 31 décembre 2004. Les critères d’inclusion étaient l’âge inférieur à 15 ans et des circonstances de survenue accidentelles. Les cas de sevrage néonatal n’ont pas été pris en compte.
Résultats
Pendant cette période, 63 cas ont été recueillis, dont 57 avec la buprénorphine haut dosage et 6 avec la méthadone. A titre indicatif, 1 seul appel a concerné la buprénorphine faible dosage sur la même période et selon les mêmes critères.
Ils concernaient des enfants âgés de 9 mois à 6 ans (âge moyen = 26 mois). Il est noté un pic de fréquence de survenue chez les moins de 3 ans (79%) ainsi qu’une légère prédominance masculine (55%), données comparables à ce qui est observé pour les intoxications pédiatriques en général. Le domicile constitue le lieu d’intoxication dans la quasi-totalité des cas.
Dans 49% des cas, les intoxications par buprénorphine haut dosage sont le fait du dosage à 8 mg, contre 31,5% pour celui à 2 mg et 10% pour celui à 0,4 mg. Le dosage de la méthadone n’est par contre précisé.
L’enfant était symptomatique dans 70% des cas et les troubles observés sont ceux classiques d’une intoxication par opiacés : dépression du système nerveux central, dépression respiratoire et/ou myosis.
 

Le cas le plus grave a ¨¦t¨¦ observ¨¦ avec la m¨¦thadone (score de Glasgow ¨¤ 3 et l¨¦g¨¨re ventilation spontan¨¦e) tandis que les troubles observ¨¦s avec la bupr¨¦norphine haut dosage ¨¦taient g¨¦n¨¦ralement plus mod¨¦r¨¦s et consistaient principalement en une somnolence, des troubles digestifs ¨¤ type de vomissements, et un myosis. A noter cependant 3 cas graves, avec score de Glasgow ¡Ü 10 et/ou bradypn¨¦e avec fr¨¦quence respiratoire < 8/mn.


Nous avons la notion d’une hospitalisation dans tous les cas d’intoxication par méthadone contre 75% des cas pour la buprénorphine haut dosage. Aucun décès n’a heureusement été rapporté. La prise en charge a consisté dans la majorité des cas en une surveillance médicale simple. Six enfants ont bénéficié de traitements non spécifiques (absorbant, émétique ou diurèse osmotique) tandis que le recours à la naloxone a été nécessaire chez 3 jeunes patients.

 

Conclusion
Les traitements de substitution aux opiacés constituent une source d’intoxication potentiellement grave pour les jeunes enfants. Ces intoxications demeurent heureusement peu fréquentes, en regard du nombre total d’appels pour intoxications accidentelles chez l’enfant, tous toxiques confondus (10 appels sur 13 000 en 2004) ;
 
Plusieurs propositions quant à leur prévention ont été avancées (ajout d’un excipient amer dans le sirop de méthadone, conditionnement avec ouverture sécurisée…) mais l’information des parents comme des soignants paraît essentielle.
Commentaires de la rédaction du FLYER
Ce travail, s’il était besoin, confirme la nécessaire prudence autour des médicaments de substitution opiacée, notamment au domicile quand il y a des enfants.
Avant toute chose, il est primordial qu’aucun médicament, quel qu’il soit, ne soit accessible aux jeunes enfants, et ce, à tout moment. Par ailleurs, on peut penser qu’il est imprudent de prendre son médicament devant un enfant, pour ne pas susciter de mimétisme.
La méthadone, en particulier, a une létalité à partir de 1 mg/kg, donc une faible quantité (à partir de 5 mg) peut être fatale pour un très jeune enfant. Les patients doivent prendre leur méthadone immédiatement après l’ouverture du flacon et le jeter aussitôt après.
 
Pour répondre à un impératif de sécurité et à la demande de la Commission des Psychotropes et Stupéfiants, les flacons de méthadone sont équipés depuis fin 2005 d’un bouchon de sécurité. En dehors du caractère ‘child proof’ de ces bouchons, l’ouverture des flacons ainsi équipés rappellera au quotidien à tous les utilisateurs le caractère non anodin de la méthadone.
Rappelons enfin, en ce qui concerne la méthadone, qu’en cas de prise accidentelle par un enfant, la période la plus critique se situe 1 à 4 heures après la prise. Il faut donc conduire l’enfant aux Urgences le plus rapidement possible, même s’il ne semble pas souffrir d’une intoxication dans l’heure qui suit la prise accidentelle.