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Tabac - Actualité 2011 - 1er Semestre

TABAC - ACTUALITÉ 2011 - 1er SEMESTRE

L'actualité vue par la cyberpresse
par Emmanuel Meunier
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Epidémiologie

D’après l'Institut national de prévention et d'éducation à la santé (INPES), entre 2005 et 2010, la part des fumeurs quotidiens chez les 15-75 ans a progressé de deux points, leur pourcentage passant de 26,9% à 28,7%, selon La hausse est particulièrement forte chez les femmes de 45 à 64 ans, de 16 à 22,5%.
L’OFDT donne des chiffres légèrement supérieurs : l’usage quotidien de tabac concernerait 30 % des adultes (33 % des hommes et 27 % des femmes) et diminue nettement avec l’âge. Sur l’ensemble de la population de 18 à 75 ans, la part des fumeurs quotidiens a augmenté de 2 points entre 2005 et 2010, passant de 28 à 30 %. Cette augmentation est nette  parmi les femmes de 18 à 75 ans (de 23 à 27 %), et en particulier celles de 45 à 64 ans (+ 6 points)
Concernant les quantités consommées, 69 % des fumeurs quotidiens déclarent fumer au moins dix cigarettes par jour, surtout des hommes (73 % contre 65 % des femmes). Ces taux sont en baisse par rapport à 2005. Le nombre moyen de cigarettes est de 13,8, chiffre également en baisse par rapport à 2005 (15,3 cigarettes).

Le recours au mini-test de Fagerström révèle que 35 % des fumeurs quotidiens présentent des signes de dépendance moyenne et 18 % de forte dépendance, contre respectivement 34 % et
20 % en 2005.

Les ventes de cigarettes ne reculent plus en France depuis 2004. Les ventes de cigarettes ont même progressé de 2,6% en 2009 par rapport à 2008, selon les chiffres consolidés d'Altadis distribution. Depuis six ans, les ventes de tabac en France oscillent entre 54 et 56 milliards de cigarettes.

Sources :
10.01.01. NouvelObs. Tabac: vingt ans après, bilan mitigé pour la loi Evin
Juin 2011. OFDT. Les niveaux d’usage des drogues en France en 2010
31.05.11. Les Echos. En France, les dernières mesures ne font plus reculer le tabagisme
(Les ventes de cigarettes ne reculent plus en France depuis 2004)

Vingtième anniversaire de la loi Evin : les hauts et les bas

La loi Evin du 10 janvier 1991 a imposé les premières restrictions à l'usage du tabac dans les lieux publics. Le décret Bertrand de 2006, qui a interdit de fumer dans tous les lieux publics, l’a renforcée.

En 20 ans, les progrès les plus notables se situent au niveau de la lutte contre le tabagisme passif, la baisse du nombre de cigarettes vendues (de 82 milliards à 54 milliards) et une diminution du nombre de fumeurs : 1,8 million de fumeurs de moins.

Le Professeur Bertrand Dautzenberg, Pneumologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et président de l'Office français de prévention du tabagisme (OFT), note que l’interdiction du tabagisme dans les lieux publics a été bien accepté et que "les corps de contrôle, très présents dans les autres pays, ont été absents en France". "C'est remarquable que ça ait été aussi bien respecté sans aucun contrôle", observe-t-il. L’interdiction du tabac dans les lieux publics a modifié les habitudes de consommation, entraînant les fumeurs à fumer lors de courts passages à l’extérieur (54%), à fumer plus tôt avant d’aller au travail (53 %, dont 40 % souvent) ou encore, à fumer deux fois plus après une période forcée d’abstinence. Toutefois, on observe une tendance au relâchement. Une enquête INPES constate que près d’un fumeur sur 2 déclare ainsi avoir déjà été confronté à une terrasse fermée où les gens fumaient (45 %) et 31 % plusieurs fois. 32% constatent l’existence de fumoirs hors normes, 25% des bureaux fumeurs et 18% des discothèques avec clients fumeurs.

Les cafés et restaurants feraient "25 à 30% de leur chiffre d'affaires" sur les terrasses, d’où le caractère sensible de cette question.

Du côté de la consommation, les résultats sont mitigés : si les hommes fument de moins en moins depuis 1991, le tabagisme des femmes ne cesse d'augmenter. Résultat : si le taux de cancer du poumon chez les hommes de 35 à 44 ans a été divisé par deux ces quinze dernières années, celui des femmes dans la même tranche d'âge a été multiplié par quatre au cours de la même période, selon les derniers chiffres officiels publiés dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).

Pour Professeur Bertrand Dautzenberg, la lutte contre le tabagisme pâtirait d’un désintérêt de l’Etat : « La santé publique n’est plus du tout une priorité, affirme t-il. Pour ma part, je pense qu’il y a une véritable politique pro-tabac en France ! La santé publique n’est plus du tout une priorité. Une seule chose compte : remplir les caisses de l’État. »

Sources :
10.01.01. NouvelObs. Tabac: vingt ans après, bilan mitigé pour la loi Evin
10.01.11. AFP Google. Lutte contre le tabagisme : le gouvernement ne baissera pas la garde
30.05.11. Santelog. Interdiction de fumer dans les lieux publics: L’intention est là mais la consommation aussi / Sources: Communiqué GSK et INPES « Premiers résultats du baromètre santé 2010- Evolutions récentes du tabagisme en France »
31.05.11. La Croix. Pourquoi la lutte contre le tabagisme marque-t-elle le pas ?
31.05.11. BEH. Numéro thématique - Journée mondiale sans tabac

Le prix du tabac et la consommation

Depuis six ans, les ventes de tabac en France oscillent entre 54 et 56 milliards de cigarettes. La dernière baisse remonte à 2003 et 2004, où les prix ont progressé de près de 40 %, passant la barre symbolique des 5 euros par paquet.

Les effets de la hausse de 6% des prix du tabac en vigueur depuis début novembre 2010, représente une hausse moyenne de 30 centimes du prix du paquet. Selon les statistiques publiées par la revue professionnelle « Le Losange » vendredi, le chiffre d’affaires du secteur a progressé en novembre, mais les ventes, en volume, n’ont pas baissé d’un iota (le nombre de cigarettes vendues), et ont même peut-être un peu augmenté. Cette hausse satisfait les cigarettiers, les buralistes (sauf les frontaliers), et ramène de l’argent pour l’Etat (les taxes rapportent 13,5 milliards d’euros par an, à l’Etat et les taxes supplémentaires devraient lui rapporter 400 millions d’euros supplémentaire) et la Sécurité Sociale (pour les comptes 2010, quelques 10,4 milliards d'euros ont été récoltés grâce aux droits sur le tabac). Tout cela sans mettre en péril les revenus des uns et des autres par une hausse trop forte. Mais, cette faible hausse ne peut avoir d’effets sur la consommation. D’après nombre d’experts les hausses de prix n’ont d’effets sur le niveau de consommation que si elles sont supérieures à 10%.

L’argument selon lequel la hausse du tabac induit une hausse de la contrebande est discuté. Le séminaire Tobtaxy, organisé par le Comité national contre le tabagisme (CNTC), a réuni à Paris du 6 au 8 juin, des experts européens de la fiscalité du tabac et du commerce illicite.

D'après les chiffres avancés par le CNCT, la contrebande -au sens strict- serait de l'ordre de 5% des ventes globales en France. A un niveau quasi-constant depuis des années, même si les saisies de cigarettes sont en augmentation. En 2010, les douanes françaises ont saisi 350 tonnes de tabac. Luk Joossens spécialiste des marchés parallèles qui travaille pour l'Association européenne des ligues contre le cancer (ECL) observe "qu'avec la hausse de 40% du prix en 2003, aucune hausse de la contrebande n'a été observée." Mais, la progression de la précarité et des micro-réseaux de trafics divers pourrait avoir changé la donne.

Sources :
31.05.11. Les Echos. En France, les dernières mesures ne font plus reculer le tabagisme
(Les ventes de cigarettes ne reculent plus en France depuis 2004)
10.01.11. Les Echos. Tabac : l’hypocrisie de l’Etat
09.06.11. La Tribune. Des paquets de cigarettes à 11 euros en 2017 ?
10.06.11. L'Express. Pas de lien entre taxation du tabac et contrebande

Cigarettiers et tabacologues : la bataille de l’image

Le mouvement antitabac se structure aux Etats-Unis à partir des années 1950. Il se développe dans un contexte où le tabac bénéficie d’une image très positive : attribut de la virilité comme de la sensualité, de la rébellion comme du glamour, la cigarette est devenue à l’écran la compagne de toutes les emphases, de tous les abandons. Plutôt qu’entreprendre une vaine guerre des images, le mouvement antitabac a préféré soutenir la recherche, puis s’appuyer sur ses résultats pour développer l’arme juridique et les travaux d’experts. Le point d’orgue de cette stratégie sera l’adoption de la convention-cadre pour la lutte antitabac (Framework Convention on Tobacco Control), traité international proposé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), adopté le 21 mai 2003, et signé par presque tous les Etats du monde. Il prévoit le déploiement d’un vaste ensemble de mesures, dont la hausse des prix du tabac, l’interdiction de la publicité, l’interdiction de fumer dans les lieux publics, le développement de programmes d’aide à la cessation de fumer, la protection des non-fumeurs, la restriction de la vente aux mineurs et l’imposition à l’industrie de la publication d’avertissements illustrés sur les paquets de cigarettes.La question de l’image n’est qu’un élément parmi d’autre. L’enjeu est surtout de renverser le rapport de pouvoir entre experts de la santé et lobby du tabac : faire apposer l’image et le message qui invite à la prévention directement sur le produit, aux frais du producteur, est une proposition d’une portée décisive, qui transforme l’espace du combat en confiant à l’adversaire l’arme destinée à le tuer. Les images dites “choc” n’ont pas pour fonction de stigmatiser une pratique.

Ce qu’elles manifestent de la manière la plus évidente est la perte de la bataille de l’image par les cigarettiers. Nul besoin d’en faire trop. Contrairement à une lecture superficielle, cette iconographie ne comporte qu’un petit nombre d’images brutalement déplaisantes. Ce renversement pour fonction de symboliser la défaite culturelle d’une pratique autrefois valorisée par l’image: fumer était in et glamour, c’est désormais le triste symptôme d’une addiction non maîtrisée, un geste compulsif voué à disparaître, ou l’indice d’un manque de confiance en soi.

Toutefois, le parlement s’est saisit de la question d’une éventuelle « censure » des œuvres culturelles sous l’effet des lois anti-tabac. En 1996, la Poste avait édité un timbre à l’effigie d’André Malraux en effaçant la cigarette ; en 2005, un catalogue de la BNF avait effacé la cigarette de Jean-Paul Sartre ; en 2008, le personnage de Mr HULOT, qui avait vu sa pipe se faire remplacer par un moulin à vent ; en 2009, l’affiche du film « Coco avant Chanel » qui avait été censurée à cause d’une cigarette tenue en main par l’héroïne. Le parlement à renoncer à légiférer contre l’engagement du gouvernement à définir une telle circulaire qui garantirait à la fois la préservation de l’intégrité des œuvres culturelles et les objectifs de lutte contre le tabagisme.

Source :
30.01.11. Bonnes nouvelles. Mr Hulot devrait retrouver sa pipe
26.04.11. Médiapart. Le renversement des images, victoire culturelle de l'antitabagisme

Des images chocs sur les paquets de cigarettes

Le développement d’une stratégie fondée sur les photos chocs est une nouveauté. Depis avril, les paquets sont illustrés avec de images de goitre repoussant, de poumons noircis, de dents gâtées, de bébé respirant avec un masque à oxygène qui couvre 40% de la face postérieure du paquet.
Selon l'OMS, une personne qui fume un paquet par jour voit plus de 7000 fois par an l'image qui le recouvre. Même les non-fumeurs, dont les enfants et les jeunes, sont fortement exposés et sensibilisés aux ces avertissements. David Hammond, chercheur à l'université de Waterloo au Canada, a conduit en 2008 une vaste étude sur l'efficacité des avertissements sur les paquets de cigarettes. Interviewé par le New Scientist en novembre, il expliquait que dans ce domaine, «plus l'image est grande et saisissante, plus elle est efficace. La subtilité ne fonctionne pas».
Cette stratégie dégrade encore plus fortement l’image du tabac auquel s’attache l’image d’un vecteur de destruction de soi.

Ces campagnes inspirent des réticences chez certains professionnels de santé.

Pour Jacques Lecomte, docteur en psychologie, que l’arrêt du tabagisme dépend du sentiment d'efficacité (faible ou fort) de la personne à pouvoir s'arrêter de fumer. Si la personne manifeste un fort sentiment d'efficacité personnelle, elle va chercher à contrôler le danger et par conséquent modifier son comportement. Mais si elle a un faible sentiment d'efficacité (ce qui est évidemment le cas de la très grande majorité des fumeurs), elle va chercher à contrôler sa peur par divers mécanismes de défense psychologiques :
- le déni : "Je ne risque pas d'attraper un cancer, cela ne m'arrivera pas" ;
- l'évitement défensif : "C'est vraiment horrible, je ne vais pas y penser" ;
- la (pseudo) reconquête de sa liberté : "Ils essaient seulement de me manipuler, je vais les ignorer."

Il estime que des campagnes fondées sur une prévention « positive », « réassurante » serait plus efficace que des messages reposant sur la peur. Il observe qu’au Canada, souvent cité pour affirmer que des campagnes chocs sont efficaces, les paquets de cigarettes présentent non seulement des messages de peur, mais également des messages concrets visant à augmenter le sentiment d'efficacité personnelle, par exemple : "Voici quatre moyens de combattre l'envie de fumer : attendez 10 minutes, respirez profondément, buvez de l'eau et faites autre chose."

Pour Olivier Bernard, médecin tabacologue, relève que des études ont montrés que ce type de messages constataient des différences d'effets des avertissements photographiques entre petits et gros fumeurs : effet possiblement positif chez les petits fumeurs, mais contre-productif  chez les gros fumeurs. Or si les fumeurs ne sont pas dépendants, ils n'ont pas besoin de ces photos lugubres pour arrêter de fumer, mais s'ils sont très dépendants, à l'inverse, ils ont besoin d'un accompagnement éclairé et pas d'images angoissantes qui augmentent la culpabilité et diminuent les chances d'arrêt.

Il est à noter qu’apparaissent chez les buralistes des étuis pour dissimuler les paquets.

Sources :
19.04.11. Le Figaro. Les images choc arrivent sur les paquets de cigarettes
20.04.11. L'express. Tabac: des étuis pour cacher les images chocs
21.04.11. Le Monde. "Photos choc anti-tabac : la consommation va augmenter !" (par Jacques Lecomte, docteur en psychologie)
31.05.11. Le Monde. "Tabac : non au choc des photos ! Olivier Bernard, médecin tabacologue

Sevrage tabagique

Le problème du sevrage tabagique est qu’il repose en dernière instance sur la motivation à arrêter de fumer et que les traitements d’accompagnement du sevrage ont un coût qui peut devenir dissuasif.

Les patchs et timbres délivrent les doses de nicotine d'une manière lente mais régulière et agissent 30 minutes après la pause. Les pastilles à sucer, chewing-gum et comprimés sublinguaux permettent de combler le manque deux ou trois minutes après l'ingestion. L’inhaleur associe la gestuelle du fumeur avec un effet rapide pour combler les symptômes de manque. Concernant les médicaments, le Zyban®, qui est à l'origine un antidépresseur, s’est vu reconnaitre des vertus pour l’arrêt du tabac. Il est vendu sur le marché français depuis 2001. Le Champix®, est commercialisé dans l'hexagone depuis 2007. Il utilise une molécule qui cible certains récepteurs nicotiniques. L’hypnose, l’acupuncture et l’homéopathie sont aussi des traitements à même de soutenir la motivation à l’arrêt du tabac.

L’enquête de l’INPES (oct. 2010) constate que, crise oblige encore, les français se donnent de moins en moins les moyens d’arrêter de fumer. Si les substituts nicotiniques sous forme orale  (57,3 % de part de marché), n’accusaient qu’une légère baisse en volume (-2,4%), en revanche, les timbres transdermiques (patchs) s’avéraient en chute libre (-46,1%) et le Champix® connaissait une véritable désaffection, avec une baisse de 29% de ses ventes, le Zyban® (bupropion) poursuivant une baisse continue depuis 2007.

Selon le psychologue américain Prochaska, le cycle de motivation du fumeur passerait par cinq phases
- Précomtemplation, indétermination : plongé dans les délices, le fumeur ne veut rien savoir. 
- Contemplation, intention : le fumeur envisage d'arrêter, un jour peut-être. 
- Préparation : le fumeur songe à trouver une porte de sortie. 
- Action : le fumeur adopte une méthode de sevrage. 
- Maintien : une fois le résultat obtenu, il faut tenir! 
S’inspirant de ce modèle des fabricants de patch proposent des protocoles où le fumeur met un patch sans arrêter de fumer, pour s’aider dans un premier temps à réduire sa consommation.
Pour mieux soutenir les femmes enceintes et les personnes précaires dans leur démarche d’arrêt du tabac, le montant du remboursement des traitements pour le sevrage tabagique passera en septembre de 150 euros par an, contre 50 euros aujourd'hui. 

Sources :
30.05.11. L'Express. 150 euros pour le sevrage tabagique des femmes enceintes
30.05.11. Santelog. Interdiction de fumer dans les lieux publics: L’intention est là mais la consommation aussi (Etude IFOP sur les comportements des fumeurs)
08.06.11. L'Express. Tabac: quelle est la meilleure méthode pour arrêter ?
08.06.11. L'Express. Sevrage nicotinique le pacs du patch et du tabac : la méthode prépatch
Niquitin

Polémiques et déremboursement du Champix®

En France, le Champix® (tartrate de varénicline) - ou Chantix aux Etats-Unis - a eu son autorisation de mise sur le marché en 2007, un an après les Etats Unis. C'est en juillet 2006 que trois études publiées par le Journal of the American Medical Association (Jama). Les études ont été menées sur 2000 personnes désirant arrêter de fumer. Après administration du médicament pendant douze semaines, on arrivait à un taux d’abstinence de 44 % pour la varénicline, de 29,5 % pour le bupropion (Zyban®, un antidépresseur) et de 17,7 % pour le placebo. Neuf mois après l’arrêt du traitement, les écarts tendent à diminuer: 21,9 % d’abstinence pour la varénicline contre 16,1 % pour le bupropion et 9 % pour le placebo. Au bout d’un an, on notait, enfin, une différence «modeste mais significative dans les taux d’abstinence en faveur du Champix». L’avis de la Haute Autorité de Santé du 24 juin 2009, rapporte les résultats de l’étude Aubin (revue Thorax 2008) : «Dans les 4 dernières semaines de traitement de cette étude, le taux d’abstinence continue a été significativement plus élevé dans le groupe varénicline que dans le groupe TNS. Cependant cette différence entre les groupes de traitements n’est plus observée à 6 mois ni à un an. ».

En clair, le Champix® se révélait utile… mais on ne pouvait vraiment pas parler de produit miracle. En France, le Champix® est le seul médicament, remboursé pour 50 euros. Depuis sa mise sur le marché en février 2007, il a été prescrit à 1,4 million de patients. 

Aux USA, plus de 1200 plaintes contre le laboratoire Pfizer ont été déposées contre les effets secondaires de ce produit, accusé de déclencher des dépressions, des pensées suicidaires, voire des passages à l’acte.

 

« La relation de causalité n’est pas établie entre la prise du médicament et ces symptômes, qui peuvent apparaître également lors de tout sevrage tabagique sans médicament », observe le Dr Castot, de l’Afssaps. Ces symptômes sont connus, et ils ont fait l’objet de mises en garde et de précaution d’emploi. Si ces symptômes apparaissent, il faut observer le patient et arrêter le traitement.

Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) le 16 juin, d'aviser le public que le sevrage tabagique avec Chantix® (varénicline et Champix® en France) peut être associé à une augmentation du risque de certains événements cardiovasculaires indésirables chez les patients ayant déjà une maladie cardiovasculaire.

Depuis le 31 mai, le Champix® n’est plus remboursé, pour insuffisance de preuves d’efficacité.

Sources :
07.01.11. Libération. Pfizer rattrapé par son Champix (sevrage tabagique)
07.01.11. 20 Minutes. Champix: «Il y a eu des cas suspects rapportés en France»
(par Dr Castot, Afssaps)
31.05.11. Santé Log. CHAMPIX: Fallait-il attendre la Journée mondiale pour dérembourser ? / Sources: Afssaps, Point d’information 2008, Pfizer Notice produit, HAS COMMISSION DE LA TRANSPARENCE Avis 24 juin 2009
17.06.11. Santé Log. Champix : Attention, le risque cardiaque vient s’ajouter au risque de suicide / Source: FDA FDA Drug Safety Communication: Chantix (varenicline) may increase the risk of certain cardiovascular adverse events in patients with cardiovascular disease

Polémique autour des cigarettes électroniques

Mises au point en Chine et arrivées sur nos territoires en 2004, elles permettent à leurs utilisateurs de « vapoter », c'est-à-dire d’inhaler une vapeur à priori sans danger, produite par le mécanisme de la e-cigarette. Se présentant comme un cylindre métallique, celle-ci est composée de deux parties, pour mimer jusqu’au bout l’apparence d’une vraie cigarette : une partie blanche (un module électronique doté d’une batterie, d’un microprocesseur, d’un pressostat et d’une diode rouge à son extrémité qui s’allume lorsque le « vapoteur » aspire), et d’une partie orange (la cartouche, dont la chambre d’atomisation est reliée à un réservoir qui contient un liquide à base de propylène glycol, d’arômes et de concentrations variables en nicotine). Lors de l'aspiration, le liquide mélangé à l'air inspiré est diffusé sous forme de vapeur qui reproduit la fumée d'une cigarette et est inhalée par l'utilisateur. Lorsque la cartouche est vidée de son liquide, l’utilisateur la remplit à nouveau ou la remplace.

Alors que la fumée de vraie cigarette contiendrait plus de 4.000 substances, dont certaines sont reconnues comme cancérigènes ou toxiques (monoxyde de carbone, goudron, arsenic, plomb, formaldéhyde, polonium, naphtaline, acétone…) et abîment donc les poumons ou la gorge, la vapeur de la cigarette électronique ne sembla pas, à priori dangereuse pour la santé. Il existe toutefois une polémique autour des effets possible du propylène glycol (qui permet d’imiter la fumée et qui largement utilisé comme fumigène dans les discothèques) et sur le fait que la dose minimale de nicotine pourrait tout de même induire une dépendance et/ou entraîner une exposition cutanée ou orale accidentelle, avec des effets indésirables graves, notamment chez les enfants.

L’intérêt en terme de sevrage tabagique n’est attesté dans aucune étude, sauf celle de chercheurs italiens de l’Université de Catane, publiée dans la revue European Respiratory Journal qui montre que le cigarette électronique peut-être utiles pour des personnes dont l’addiction est uniquement comportementale (ceux qui ont du mal à se défaire du geste) : 66,7 % de ces personnes qui ont utilisé la cigarette électronique ont arrêté de fumer, contre seulement 19,2 % des sujets qui ne l’ont pas utilisée.

L’Afssaps, le 30/05/11, rappelle dans un communiqué qu’ « A ce jour, aucun type de cigarette électronique ne dispose d’une AMM, aucun fabricant n’ayant déposé de demande en ce sens. Par ailleurs les cigarettes électroniques ne peuvent être vendues en pharmacie car elles ne figurent pas sur la liste des produits dont la délivrance y est autorisée » et « que la nicotine est classée substance "très dangereuse" par l'OMS et que la réglementation du médicament encadre l’utilisation de produits de substitution nicotinique avec une exposition à la nicotine limitée et contrôlée. »

Sources :
30.05.11. Futura-science. La cigarette électronique : une réelle aide antitabac ?
30.05.11. AFSSAPS. Communiqué de presse : L’Afssaps recommande de ne pas consommer de cigarette électronique
31.05.11. Destination santé. Cigarette électronique, danger ? (AFSSaPS)
31.05.11. Forum e-cigarette. Réponse au communiqué de l’AFSSAPS sur la Cigarette
Electronique

Tabac et cancer du sein

D’après une étude publiée par Archives of Internal Medicine les femmes qui ont commencé à fumer tôt dans leur vie, beaucoup et pendant une longue durée, ont un risque accru de cancer du sein. Lors du 47e congrès de l’ASCO (American Society of Clinical Oncology), une étude présentée estimait que 15 ans de tabagisme majorent le risque de cancer du sein de 34%. Ce risque serait lié au fait que la fumée du tabac du tabac contient des agents cancérigènes potentiels pour la mère, tels que les hydrocarbures aromatiques polycycliques, les acides aminés aromatiques et les N-nitrosamines. Le surcroît de risque est lié à l’inhalation du tabac et non au tabagisme passif.

En outre, si fumer avant la ménopause a été associé de manière positive avec le risque de cancer du sein, en revanche, fumer après la ménopause semble réduirait légèrement le risque. Cette conclusion suggère un effet anti-œstrogénique du tabagisme chez les femmes ménopausées.

Sources :
25.01.11. Santé Log. Tabac et Cancer du Sein : Fumer augmente aussi le risque de cancer du sein / Source : Arch Intern Med 2011; 171 [2] :125-133 « Smoking May Be Associated With Increased Risk of Breast Cancer
08.06.11. e-santé. 15 ans de tabagisme majorent mon risque de cancer du sein de 34%

Cigarette mentholée et cigarette bio : marketing et sur-risque

Plusieurs études américaines se penchent sur les cigarettes mentholées. Le menthol est un arôme présent dans la quasi totalité des cigarettes. Lorsque cet additif est présent à un taux supérieur à 0,3%, le goût de la menthe est ressenti et on parle alors de "cigarettes mentholées". 

D’après un comité d'experts de la santé (Tobacco Products Scientific Advisory Commitee), les cigarettes mentholées rendent le sevrage plus difficile et la dépendance plus importante. Le risque pour la santé est similaire à celui des light : le fumeur tire plus fort à chaque bouffée. Les particules et les éléments chimiques pénètrent alors plus profondément dans les poumons et provoquent des cancers "distaux" - c'est-à-dire des petites bronches et des alvéoles - qui sont les plus difficiles à traiter. Dans le cas des mentholées, c'est la recherche du goût qui pousse l'individu à aspirer plus de fumée.

La revue Nicotine & Tobacco Research (24 juin), publie une enquête sur les méthodes de marketing pour promouvoir grâce à la publicité et aux rabais sur les prix des cigarettes mentholées auprès des jeunes, des pauvres et des minorités ethniques. Ces stratégies semblent porter leurs fruits puisque la préférence pour les cigarettes mentholées parmi les adolescents qui fument est passée de 43,4% en 2004 à 48,3% en 2008 et parmi les jeunes fumeurs afro-américains, âgés de 12-17 ans elle monte à 71,9%.

Aux Etats-Unis, Santa Fe Natural Tobacco et son tabac « American spirit » est l'un des pionniers du marché de la cigarette « bio », suivi de Organic Tobacco inc.

En Europe sont apparues les cigarettes Yuma – « bio et équitables » selon la pub et Gryson (tabac à rouler) qui commercialise notamment la marque « Fleur du pays ». L'Anitta (Association nationale interprofessionnelle et technique du tabac) mène des essais pour développer cette filière bio en France.

Il y a près de 800 composants dans une cigarette et sa fumée. Autant dire que les pesticides sont noyés dans cette masse de substances. Et de toute façon, « ils subissent une combustion de 500 à 1 000 degrés qui leur fait sans doute perdre leurs caractéristiques », explique Jean-Pol Tassin, directeur de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). De plus pour ce chercheur, la combustion du menthol (mais aussi du sucre, du miel ou du chocolat qui est ajouté dans les cigarettes, qui comptent parmi les premiers additifs), entraîne la formation d'un ou plusieurs Imao (inhibiteurs de monoamines oxydases), qui agissent en association avec la nicotine pour rendre le tabac très addictif. « Lors des expérimentations, les animaux réagissent beaucoup à la morphine ou à l'héroïne, mais très peu à la nicotine seule. Pourtant, la cigarette est en tête des produits les plus addictifs. »

Sources :
24.03.11. L'Express. Les cigarettes au menthol seraient les plus dangereuses (Etude Américaine)
25.06.11. Santé Log. Cigarettes : Menthol et marketing dans le collimateur de la FDA / Sources: Stanford University Medical Center, Nicotine & Tobacco Research, June 24 via Eurekalert “Menthol cigarettes marketed in 'predatory' pattern, Stanford study shows”,  The Effect of Menthol Vapor on Nasal Sensitivity to Chemical Irritation
13.06.11. Rue 89. Le tabac bio, une idée fumeuse ?

Nicotine et dopage

L'Agence mondiale antidopage (AMA) a annoncé, le 1er avril (sic), qu'elle envisageait de placer la nicotine sur la liste des produits dopants. Le Dr Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport et spécialiste du dopage, observe tout d’abord « qu'il faut faire la dissociation entre le fumeur et le dopé, car si le fumeur absorbe de la nicotine c'est avec de l'oxyde de carbone et cela le pénalise. Mais sous forme de patch antitabac ou de tabac à chiquer par exemple, c'est parfaitement dopant » Il cite aussi le « snuss », tabac en pâte commercialisée en Suède, mais interdite dans le reste de l’UE.

La nicotine « stimule l'adrénaline et apaise en même temps. Elle améliore l'adresse, la précision et l'orientation spatiale. C'est-à-dire qu'elle vous aidera à analyser le jeu en en améliorant votre vision, comme on le dit dans le football. Cependant, la nicotine n'a pas que des côtés stimulants, mais aussi anabolisants.

Il y a un autre facteur important qui est lié à la prise de stéroïdes anabolisants. Lorsque l'on se dope aux stéroïdes, le corps se féminise car il produit des œstrogènes. La nicotine annule complètement cet effet. La nicotine dope donc, mais elle peut aussi accompagner certaines pratiques dopantes. »

L’inscription de la nicotine sur la liste des produits dopant poserait des problèmes de « seuil » : « nous entrerions dans des combats d'avocats, comme pour la caféine, qui avait été placée sur la liste des produits dopants en 1982, puis enlevée en 2004. » Le Dr Jean-Pierre de Mondenard estime qu’il vaudrait mieux se concentrer sur la recherche de produits autrement plus dangereux et plus difficile à détecter.

Source :
04.04.11. Le Monde. "La nicotine devrait figurer sur la liste des produits dopants"