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Opiacés (morphine, héroïne)

Héroïne - Actualité 2011

ROÏNE - ACTUALITÉ 2011

L'actualité vue par la cyberpresse
par Emmanuel Meunier
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Épidémiologie

D’après la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), la "disponibilité" de l'héroïne "est forte ou assez forte" en France. Son prix détail (vente à l'usager) "reste stable, ancré autour d'une valeur proche de 40 euros [le gramme] depuis 2008". Pour ce qui est de la "pureté du produit" (avant coupage), sa "teneur moyenne (...) est de 8 %" et "la disponibilité de l'héroïne s'accroît dans l'ensemble du pays", particulièrement dans le Nord et l'Est.


Ses zones d'acquisition se situent principalement aux Pays-Bas, en Belgique et en Espagne, rapporte l'étude.


Source :
28.05.11. Le Point. L'héroïne et la cocaïne facilement disponibles en France

Accès aux soins : les MSO

Une étude intitulée « Données récentes relatives aux traitements de substitution aux opiacés » fait le point sur les modalités de consommation de BHD et/ou de MTD (dosages quotidiens moyens, durées du traitement, modalités de prescription et de délivrance) ainsi que leurs co-consommations éventuelles en particulier celles de médicaments psychotropes. Cette étude porte sur 91 928 bénéficiaires de l’assurance maladie ayant reçu au moins un remboursement de buprénorphine (BHD) ou de méthadone (MTD) entre le 1er et le 31 janvier 2007.

80% recevaient de la BHD, 20% de la MTD. Les deux populations ont une moyenne d’âge de 35 ans, ce qui est révélateur d’un élargissement du cadre de prescription de la méthadone, car jusqu’à présent les patients sous méthadone étaient légèrement plus âgés. Un quart de cette population, précaire, bénéficie de la CMU. Les femmes appaissent plus particulièrement fragile (elles s’adressent plus souvent à des médecins psychiatres, leurs sont davantage de substances anxiolytiques (Lexomil®) et, parmi celles bénéficiant d’un traitement par BHD, elles recourent plus fréquemment à la Fucidine®, marqueur potentiel d’injection).

Les dosages en BHD sont, en moyenne faibles, ce qui s’explique par le fait que, dans la durée, les patients sont équilibrés avec des doses efficaces faibles mais aussi peut-être par un sous-dosage. Des détournements de la BHD peuvent être présumés du fait du un nomadisme médical (5 prescripteurs ou plus) ou officinal (5 pharmacies ou plus) d’une partie des patients. Ce nomadisme se réduit (6,3 % et 7 % en 2007, contre 10 % et 8 % en 2006). En 2007, 4% utilisent la forme générique.


« La moyenne d’âge des sujets sous génériques de BHD est d’autre part plus faible, laissant supposer que les nouveaux génériques sont plus facilement prescrits chez des sujets jeunes débutant un traitement », observe l’étude.

S’agissant de la MTD les doses prescrites sont relativement faible par rapport aux années passées. « Cette évolution à la baisse par rapport à l’évaluation précédente peut s’expliquer par la diffusion progressive de la prescription de MTD vers des populations plus jeunes et sans doute moins dépendantes. »

L’étude s’intéresse aux prescriptions de médicaments psychotropes potentiellement mésusés comme certaines benzodiazépines (Rivotril® et Rohypnol® en particulier) mais aussi l’Artane® (antiparkinsonien de synthèse) ou d’autres produits marqueurs d’un possible mésusage comme la Fucidine® voire d’un trafic professionnel comme le Cytotec®.

40 % des patients sous BHD reçoivent des benzodiazépines (Lexomil® et molécules hypnotiques) non suspects de mésusage. Deux groupes de patients – les bénéficiaires de la CMU et les sujets recevant plus de 32 mg/J de BHD – sont plus souvent suspects de mésusage et la CPAM à pris des mesures pour le limiter (envoi de lettres d’avertissement menaçant de cesser leurs remboursements de MSO, convocation par le médecin-conseil, suspension effective de leurs remboursements en cas de persistance de nomadisme voire dépôts de plaintes pénales en cas de suspicion de trafic).

Source :
Données récentes relatives aux traitements de substitution aux opiacés - analyse de données de remboursement concernant un échantillon représentatif de patients en 2006 et en 2007, OFDT Décembre 2010

Programme de distribution d’héroïne sous surveillance médicale

Le Danemark a ouvert à Copenhague sa première clinique de distribution gratuite d’héroïne sous surveillance médicale. Le programme concerne quelque trois cents toxicomanes (environ 1% des drogués du pays) incapables de se satisfaire de la thérapie de sevrage à la méthadone. “Notre objectif n’est pas de guérir les héroïnomanes, mais d’aider ceux qui ne peuvent se contenter de la seule méthadone en leur fournissant de l’héroïne propre, de leur éviter des maladies et de leur éviter de plonger dans la criminalité pour s’en procurer”, a déclaré à l’AFP Inger Nielsen, médecin en charge de ce centre. Cette offre d’injection intraveineuse concerne les héroïnomanes “volontaires qui doivent être envoyés par un des centres de désintoxication à la méthadone”.



D’après Act-Up, M. Raymond Yans, membre de l’OICS (Organe international de contrôle des stupéfiants), aurait déclaré que « l’OICS ne s’était jamais opposé aux programmes d’héroïne médicalisée », et que « l’une des recommandations de l’OICS pour les gouvernements était même la mise à disposition des produits stupéfiants pour la recherche et la médecine ». Et à propos des programmes d’échange de seringues en prison, il a déclaré : « l’OICS n’y voit pas d’inconvénient du moment qu’ils sont médicalement encadrés »

Sources :
22.02.10. Première Ligne (& AFP). Le Danemark ouvre sa première clinique de distribution gratuite d’héroïne
02.03.11. Act-Up. L’OICS favorable aux programmes d’héroïne médicalisée et d’échange de seringues en prison

Le Krokodil, une drogue artisanale qui se développe en Russie

D’après le président de la Douma (chambre basse), Boris Gryzlov la Russie compterait 6 millions de toxicomanes et elles feraient 100.000 morts par an, des chiffres bien supérieurs aux statistiques officielles faisant état de 30.000 décès et 650.000 drogués. Il y aurait 1,5 millions de consommateurs d'opiacés et la Russie consommerait 21 % de l’héroïne mondiale. Parmi les opiacés émerge, depuis 2002, le « Krokodil » (ou désomorphine) qui concernerait 250.000 usagers de drogues.

Il s’agit d’une drogue fabriquée de manière artisanale à partir de codéine (une molécule présente dans des médicaments anti-douleur disponibles en pharmacie, avec ou sans ordonnances) chauffée et mélangée avec de l'iode, de l'essence et, semble-t-il, du phosphore rouge (prélevé sur le racloir rouge des boîtes d’allumette), puis injectée par voie intraveineuse. Les effets de cette drogue du pauvre seraient comparables à l’héroïne, mais ils ne dureraient qu’un peu plus d’une heure. Son prix serait d’environ 5 € le gramme. La létalité de cette drogue est très importante, car elle aurait fait entre 5.000 et 7.000 morts en deux ans et ses consommateurs n’auraient en moyenne que deux à trois années d’espérance de vie.
Le nom « Krokodil » vient du fait que le produit injecté génère souvent des abcès qui rendent la peau squameuse, verdâtre et rugueuse, évoquant ainsi la peau du crocodile. L’acidité du produit attaquerait même les tissus osseux et aurait des effets neurologiques massifs. Certains usagers sont décrits comme des « krokodil zombies », incapable de s’exprimer normalement et même perdant leur locomotion.


Peu d’aides sont proposées, car la prise de drogue est considérée « comme une décision morale. Les médecins ne vont pas nécessairement venir en aide à quelqu’un qui s’est foutu en l’air tout seul. » Des groupes religieux, souvent protestants, les accueillent sans leur proposer de soins particulier. « Certaines personnes accusent l’athéisme des années soviétiques, quand la religion était considérée comme « l’opium du peuple », pour tenter d’expliquer le déclin social et l’immoralité, l’hédonisme qui guident les actions des gens. Aujourd’hui, beaucoup d’ex-junkies deviennent des « étudiants de Dieu », ils remplacent les drogues par la religion. Alexey affirme que la Russie soviétique a permis à Satan de laisser libre cours à ses instincts maléfiques dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, et c’est ce qui a rendu tant de gens héroïnomanes. Il a ajouté que l’héroïne, c’était une guerre menée contre les âmes, et que chaque matin, il se levait et se préparait à mener une guerre contre le Diable. »

Sources :
25.06.11. Brain-mag. Krokodil, la Drogue qui Dévore les Junkies (Désomorphine, Russie)
20.10.11. Relierpresse.blogspot. Krokodil, l'abominable drogue qui tue
Novembre 2011. Vice. Reportage. Russie : Des larmes de krokodil. Le nouveau crack a su séduire toute une génération
08.11.11. Relierpresse.blogspot. Russie: le "crocodile", opiacé qui ronge la chair, concurrence l'héroïne