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Souffrance psychique des jeunes

Le travail en réseau : une réponse à la souffrance psychique des jeunes

LE TRAVAIL EN RÉSEAU : UNE RÉPONSE A LA
SOUFFRANCE PSYCHIQUE DES JEUNES
par Emmanuel MEUNIER, rapporteur du groupe de travail
" souffrance psychique des jeunes"

Colloque Répondre à la souffrance psychique des jeunes du 08/12/2006
News Letter N°1, mars 2007

 
Axes de travail de notre groupe

L'objet de mon intervention est de présenter les réflexions d'un groupe de travail sur la souffrance psychique des jeunes, qui a réuni une vingtaine de professionnels de l'Est du Val d'Oise entre 2003 et 2006. Ce groupe a travaillé principalement sur deux axes :


- tout d'abord, il a travaillé à l'élaboration d'une représentation de la problématique de la souffrance psychique des jeunes qui permettent à chaque acteur, que celui-ci travaille dans le champ du soin, du social ou de l'éducatif, de se positionner et de déterminer en quoi il peut contribuer à la prise en charge de ces jeunes.

 

- Le second axe de travail, a consisté à donner du corps à une intuition première de ce groupe, à savoir, l'intuition que le développement du travail en réseau peut contribuer à l'amélioration des prises en charge.

 

Avant de restituer ce travail, je dois formuler quatre liminaires qui me semblent indispensables si l'on veut identifier la spécificité de notre objet de travail.

La souffrance psychique des jeunes n'est pas une nouveauté
Premier liminaire, donc, je le formulerai ainsi : la souffrance psychique des jeunes n'est pas une nouveauté. A toute époque, une fraction de la jeunesse s'est perçue comme incompétente pour endosser une identité sociale stable. A travers l'histoire, cette souffrance psychique aura pris des noms divers, tels celui de " mélancolie ", de " spleen " ou, plus récemment, de " no futur " ou de " galère ". A certaines époques, l'incapacité à s'inscrire dans une identité sociale stable, aura pu être " positivée " par la culture. Le romantique se fait un honneur d'être incompétent pour la vie bourgeoise qu'il juge " ignoble ", au sens étymologique, c'est-à-dire dénuée de noblesse. Les beatniks égarés sur les routes de Katmandou revendiquaient également une supériorité spirituelle sur leurs contemporains.
 

A d'autres époques, par contre, cette incompétence à endosser une identité sociale stable apparaîtra complètement dévalorisée.


Et notre époque, effrayée par les risques liés à la marginalisation et au déclassement, perçoit l'incompétence de ces jeunes comme un danger, à la fois pour ces jeunes et pour l'équilibre social. Et les jeunes incapables de se projeter dans l'avenir, vivent leur incompétence, le plus souvent, dans un sentiment de culpabilité.

La notion de souffrance psychique traduit donc, simultanément l'état de mal-être d'une fraction de la jeunesse et une perception inquiète du phénomène par les adultes.

Allongement de la durée de l'adolescence et perte des privilèges du père

Ceci nous amène à notre second liminaire, que je formule ainsi : notre inquiétude est indissociable, non seulement de la crise sociale, mais aussi d'un sentiment de fragilité de l'institution familiale. La famille est, en effet, contrainte à se transformer sous l'effet, d'une part, d'un processus d'allongement du temps de l'adolescence et d'autre part, d'un processus d'abolition des privilèges du père.
Le temps de l'adolescence s'allonge : d'une part, parce que les jeunes entrent de plus en plus précocement dans la puberté. Songez qu'au début du siècle les femmes étaient réglées vers dix-sept ans, alors qu'aujourd'hui, il n'est pas rare que des enfants de onze ou douze ans le soient. D'autre part, le chômage de masse et le coût du logement font que les jeunes n'acquièrent que de plus en plus tardivement leur autonomie matérielle. L'adolescence, qui n'était qu'une phase éphémère de transformation, tend à devenir un âge de la vie à part entière. Cet allongement de l'adolescence contraint la famille à de nombreuses transformations ; celle-ci doit inventer des modalités de fonctionnement, à la fois plus solidaire, car les jeunes restent plus longtemps dépendant des parents, mais aussi plus distantes afin d'aménager des espaces où les jeunes peuvent expérimenter des prises d'autonomie.

Ce bouleversement s'accompagne d'un second, celui que l'anthropologue Henri Pradelles de Latour, nomme le processus de perte des privilèges du père. Graduellement, au fil du XXe siècle, le père est passé du statut de despote, à celui d'aristocrate familial, pour finalement devenir l'égal de sa conjointe. En 1938, le père a vu abolir la puissance paternelle qui l'autorisait à châtier l'enfant et même à le conduire devant un juge, si nécessaire ; dans le même élan, la puissance matrimoniale, qui interdisait à l'épouse de travailler sans son accord, disparaît aussi. En 1970, l'autorité paternelle est abolie au profit de l'autorité parentale.

 

La loi de 1985 redéfinit la famille à partir du concept de droits des conjoints.
En 2005, la loi, abolit le dernier privilège des pères, celui de transmettre automatiquement son nom à sa descendance.

De ce processus résulte une dissociation entre la fonction paternelle et la personne du père. De plus en plus, cette fonction doit être co-assumée par les parents ou par la mère célibataire.

Ces deux processus de transformations s'inscrivent dans un processus de civilisation. Il n'en reste pas moins qu'ils sont causes de désarrois et d'un sentiment de fragilité de l'institution familiale.

Globalement, la jeunesse va bien ; on manque de moyens pour les jeunes les plus en difficultés

J'ajouterai un troisième liminaire que je formule ainsi : globalement les jeunes vont bien, et seule une petite fraction de la jeunesse, au maximum 5%, serait en souffrance psychique. Je dis 5% en me référant à une enquête d'IPSOS pour la fondation Wieth. C'est un chiffre plausible qui indique, à contrario, que la majorité des jeunes profite de l'allongement de l'adolescence pour étudier ou expérimenter des parcours professionnels, avec un soutien parental qui leur confère un sentiment de relative sécurité quant à leur avenir.

Les jeunes en souffrance psychique sont, finalement, ceux qui, incompétent à conquérir une autonomie, vivent dans une dépendance malheureuse et/ou coupable vis-à-vis de leur famille.

Quatrième liminaire, enfin, que je formule ainsi : les moyens manquent partout. Mais la question des moyens ne dépend pas des professionnels, mais des décideurs. Ce qui dépend de nous c'est de maintenir une exigence de qualité dans notre travail et d'expliciter les réponses que nous pouvons proposer à ces jeunes.

Une réponse éducative, qui doit convoquer des compétences " psy " et un étayage social
Passé ces quatre liminaires, nous pouvons commencer la restitution du travail de notre groupe. Les quinze conférences organisées par le groupe et ses débats internes ont permis de clarifier la question de la réponse à apporter à la souffrance psychique des jeunes. On pourrait dire de manière synthétique, qu'elle est une réponse éducative, qui doit convoquer des compétences " psy " et un étayage social.

Commençons par préciser ce qu'il faut entendre par " réponse éducative ". Le travail éducatif a, toujours, une double dimension, un double mouvement, qui évoque celui de la respiration. D'une part, le travail éducatif, s'apparente au mouvement de l'inspiration en ce qu'il assimile le jeune au groupe. Eduquer, en effet, c'est transmettre les valeurs du groupe, transmettre la conviction que le groupe protège et par conséquent qu'il y a une légitimité à sanctionner celui qui menace les liens de solidarité en transgressant les normes du groupe.

 

Cet aspect de l'éducation fait aujourd'hui largement débat dans la société du fait des politiques conservatrice et sécuritaire. L'autre dimension du travail éducatif, s'apparente au mouvement de l'expiration, en ce sens qu'éduquer c'est aussi apprendre au jeune à prendre ses distances vis-à-vis du groupe pour s'ouvrir à l'altérité. Eduquer c'est en effet transmettre des savoir-faire sociaux qui vont permettre à l'enfant de développer avec assurance des échanges matériels et symboliques avec les autres.

L'éducation est étroitement liée à la fonction paternelle. Ainsi Lacan affirme que le père, par le nom qu'il transmet, signifie l'appartenance au groupe, et en même, par ce nom même, il donne accès au langage et à l'activité langagière qui va permettre l'échange avec autrui.

Eprouver le plaisir de faire, de créer

Notre conviction est que la réponse à la souffrance psychique est en première analyse une réponse éducative, mais nous verrons, que son opérationnalité va dépendre de la capacité des acteurs éducatifs à mobiliser des compétences sociales et éducatives.

Pour rendre cela concret, j'évoquerais une conférence donnée par Joao Fatéla, un psychologue qui dirige une association d'insertion. Son association accueille des jeunes en très grande difficulté, et son premier souci est de créer les conditions qui vont permettre au jeune accueillie d'être le plus vite possible en situation de travail.

 

Ce travail, aussi peu productif soit-il, doit permettre à ce jeune d'éprouver le plaisir que procure la réalisation d'un travail bien fait. Le jeune est donc inviter à rencontrer le travail en tant qu'il est créateur de lien social, notamment sous la forme d'une reconnaissance par autrui du travail bien fait.

Le travail de remise à niveau n'est pas posé, ici, comme un préalable au travail. La remise à niveau vient dans un second temps, en vue de consolider l'expérience positive du travail, du travail en tant qu'il ouvre sur l'altérité.

Le besoin d'équipes à l'écoute

Cette expérience, le jeune ne peut la vivre qu'autant qu'il aura perçu que l'équipe qui l'encadre est en capacité de contenir ses angoisses. Pour Joao Fatéla, si ces jeunes s'effondrent psychiquement au moindre échec, c'est bien souvent en raison d'une absence d'assurance personnelle qui est étroitement liée à des carences liées à l'histoire familiales.

L'équipe éducative doit concevoir que la remise au travail ravivera inévitablement, une angoisse d'échouer qui se manifestera par des refus bruyant ou de l'abattement.

 
L'équipe doit être prête à entendre, derrière les conduites d'échec et de mise en échec, les situations d'abandons, les maltraitances, les violences, le poids des secrets de famille, le silence des relations fusionnelles, l'inexprimable qu'induit la dépression des parents ou leur ballottement perpétuel entre leur pays d'origine et le pays d'accueil, ou que sais-je encore, qui est source de mal-être…
L'action éducative, par delà l'acquisition de savoir-faire pratique et professionnel, vise à créer un espace où le jeune peut prendre de la distance avec la pesanteur du groupe et du vécu familial, un espace où il s'ouvre à d'autres modalités de relation à autrui.
Des équipes capables de résister à la violence
Pour être opérante, donc, l'action éducative doit mobiliser des compétences " psy ", qui vont apporter à l'équipe un regard qui va permettre à l'équipe de résister au sentiment de lassitude qu'induit les échecs répétés d'un jeune, ou encore, mieux résister à la violence qu'exerce certains jeunes. Une conférence de M. Pinel, psychologue, intitulée " les institutions spécialisées au défi des violences adolescentes " nous aura permis de mieux comprendre la question de la violence. Les violences exercées dans les institutions sont, pour M. Pinel, des répétitions à l'identique de scénarios de violences originelles qui se sont produites au sein de la famille. Un exemple donné par M. Pinel est celui d'un jeune adolescent qui se livrait à des humiliations et à des brutalités sur des enfants plus jeunes et cela sous les yeux des éducatrices du foyer qui l'accueillaient. M. Pinel a décortiqué le processus qui a amené l'équipe à percevoir le lien entre ces scènes de violence et la violence subie en famille. Les violences exercées par le jeune, étaient une sorte d'écho des violences d'un père qui ne le frappait qu'en présence de sa mère, pour sidérer celle-ci et la maintenir dans un état dépressif.

On comprend alors mieux pourquoi les violences avaient lieu en présence des éducatrices et jamais en présence des éducateurs, le jeune jouissant de l'effet de sidération qu'il produisait sur celles-ci.

 

L'analyse de la situation et la valorisation du rôle du directeur du foyer, comme figure paternelle possible et alternative à l'image du père brutal et défaillant, permit un apaisement de ce garçon.

Ces jeunes transforment les institutions qui les accueillent en une sorte de scène qui leur permet de rejouer des scénarios originels, des scénarios de violences subies, des scénarios d'abandon, des scénarios de clivage du groupe. Nombre de jeunes ont un art consommé pour cliver les professionnels entre eux, et l'examen du vécu familial, montre qu'ils vivent dans des familles où la possibilité d'exister passe, par exemple, par la nécessité d'intégrer le clan de la mère qui s'oppose au père ou vice-versa.

Le travail éducatif consiste alors à aider ces jeunes à quitter un espace mental en quelque sorte " scénique ", où ils rejouent des scénarios qui puise leur source dans le vécu familial, pour les faire entrer dans un lieu, où ils peuvent découvrir et expérimenter d'autres modalités de fonctionnement avec autrui et s'approprier des modèles et formes de liens sociaux. Pour rendre compte de cette difficulté à élaborer du lien social, Pinel parle de troubles de la symbolisation.

La nécessité d'un soutien social
La prise en charge de la souffrance psychique implique donc la mobilisation de compétences psy. Mais aussi de compétences sociales. J'évoquerai, à ce propos, deux conférences, l'une du sociologue Michel Joubert sur la question de l'économie parallèle et une conférence de Christine Jama, sur la question des mariages forcés. Ces deux conférences sur des sujets très éloignés aboutissaient à la conclusion que le travail éducatif marque d'inévitables limites si aucun soutien social n'est mis en œuvre.
 

Michel Joubert a montré la perversité d'une économie parallèle qui fonctionne sur un mécanisme d'endettement de jeunes vis-à-vis de leurs fournisseurs et créanciers.

Un minimum de soutien social, susceptibles d'offrir des revenus alternatifs à ceux du " business " s'impose pour aider un jeune à sortir d'un mécanisme de dépendance. Christine Jama a montré que l'absence de soutien social en terme d'accès à des revenus et à un hébergement contraint finalement un bon nombre de jeunes filles à accepter l'intolérable d'une union indésirable.

La créativité, pour que le jeune ne se fige pas dans ses symptômes
La réponse à la souffrance psychique est donc une réponse éducative qui mobilise des compétences psy et des compétences sociales. Nous avons cité l'exemple d'une initiative qui est située dans le champ de l'insertion, mais nous aurions pu citer le travail du point " Accueil Jeunes " de Saint-Denis, dont deux psychologues -  M. Martin Carasco et M. J-B Domeneghini - ont participé à l'animation de notre groupe de travail en 2006. Le PAJ de Saint-Denis, qui dépend de l'hôpital Delafontaine, utilise la création artistique, par exemple des ateliers d'écriture, de théâtre ou d'art plastique, comme des vecteurs pour un travail finalement analogue à celui de l'association Parcours. A dire vrai, nous aurions pu citer une multitude d'initiatives d'enseignants, de psychologues, d'éducateurs sportifs, d'éducateurs spécialisés, et j'en passe, qui mènent des actions analogues. Mais le plus souvent sans grande considération et sans que l'on se préoccupe des moyens nécessaires à la pérennisation de leur travail.
 

Ne pas apporter de réponse, prendre le risque que ces jeunes se figent dans leurs symptômes, déclarent des troubles réactionnels ou des troubles somatiques. C'est prendre le risque qu'ils empruntent des voies qui les mènent vers la marginalité.


Le risque est, qu'ils se figent dans une identité souffrante, une identité de victime irresponsable de tout ce qui leur advient. La souffrance, ça donne le sentiment d'exister, ça peut structurer l'existence. A l'instar du toxicomane, qui a toute son existence occupée par la nécessité d'apaiser la souffrance occasionnée par le manque.

" D'où vient à l'homme la plus durable des jouissances de son cœur, cette volupté de la mélancolie, ce charme plein de secrets, qui le fait vivre de ses douleurs et s'aimer encore dans le sentiment de sa ruine ? " demande le romantique Pivert de Senoncourt.

La souffrance peut tenir lieu d'une existence.

Le partenariat : les limites de l'orientation
Pour répondre à la souffrance psychique, les institutions sont donc confrontées à un impératif de travailler ensemble. Et ce n'est pas dans leurs habitudes. Les institutions veulent organiser leurs relations selon des modalités dites de partenariat. Etymologiquement, le mot " partenariat " dérive du mot latin " parçon ", qui signifie " partage, part, butin ". Dans la logique du partenariat, les professionnels qui suivent une même personne se partagent le travail, suivant leurs champs de compétences respectifs. L'important, dans le partenariat, c'est que chacun fasse sa part de travail, toute sa part et rien que sa part. Chaque fois qu'un professionnel constate qu'un aspect de la problématique d'une personne excède son champ de compétence, il se doit d'orienter la personne vers un partenaire compétent.
 
" Orienter ", dérive, lui, du mot " Orient " et le mot " orienter " désigne primitivement la disposition vers l'orient des anciennes églises. Orienter, c'est indiquer à une personne comment trouver le partenaire compétent pour solutionner tel aspect de son problème. Le partenariat fonctionne finalement comme une chaîne de montage. Chaque acteur doit accomplir la tache pour laquelle il a été formé, ce qu'il fait dans l'ignorance relative de ce que fait son voisin, puisque l'orientation, tel un tapis roulant de chaîne de montage, conduit le jeune d'un professionnel à l'autre.
Le problème du partenariat, c'est que la vie n'a pas l'admirable perfection d'une chaîne de montage. La vie, ça bifurque, ça se retourne sur soi, ça divague, ça accélère, ça s'assoupit, et au bout du compte le partenariat, ça ne marche pas.
Le travail en réseau : adresser plutôt qu'orienter
D'où l'intuition du groupe de travail, que la solution serait à rechercher du côté du travail en réseau. Le réseau repose sur des bases différentes de celles du partenariat. Le réseau a pour de développer des savoir-faire professionnels qui vont faciliter des concertations entre des professionnels travaillant pour des institutions différentes.

Par exemple, les professionnels, qu'ils soient soignants, éducateurs, travailleur social, ont parmi leur savoir-faire, celui de savoir se constituer un " carnet d'adresse ". Tout le monde à un carnet d'adresse professionnel. Il est plus ou moins étoffé selon le temps dont on dispose pour le constituer. Exemple, donc, de fonction d'un réseau : facilité la constitution d'un carnet d'adresse en mettant à disposition des informations sur les ressources locales. Notre groupe s'est mis au travail et à créer un annuaire papier et un annuaire en ligne sur le site Internet de rvh synergie. Autre exemple : les professionnels savent adresser une personne à un collègue qu'ils connaissent.

 
Plutôt que de se livrer à l'exercice aléatoire d'orienter une personne, le mieux c'est de l'adresser, c'est-à-dire, permettre à la personne de percevoir le sens de la démarche qu'on lui propose, en lui explicitant clairement comment travaille le partenaire, en lui indiquant le nom d'une personne précise, en l'éclairant sur ce qu'il peut réellement attendre de ce partenaire en explicitant ses missions. Bref, si vous adressez : vous augmentez les chances que la démarche que vous proposez soit suivie d'effets.
De là le réseau s'est proposé d'organiser des temps de rencontre qui favorisent une meilleure interconnaissance des partenaires.
Autre exemple : les professionnels savent accueillir dans leur service un collègue, nouvel arrivant, sur le secteur. Un réseau permet dans un temps assez bref une découverte de l'environnement institutionnel et des ressources locales et par conséquent facilite l'intégration et l'opérationnalité du professionnel nouvel arrivant. C'est un point non négligeable dans une zone marquée par un fort turn-over.
Echange et secret professionnel : privilégier l'échange sur le projet

Autre exemple : les professionnels savent, grâce à leur réunion de synthèse, que le fait de croiser des regards sur une même situation permet de réduire les incertitudes, par exemple sur l'opportunité d'engager tel projet avec tel personne.
La complémentarité des points du vue du travailleur social, du soignant, de l'éducateur permet d'avoir une meilleure évaluation de la situation d'une personne et de mieux déterminer l'étayage dont elle a besoin pour mener à bien tel ou tel projet. A partir de ce constat, le groupe a travaillé à l'élaboration de quelques principes qui puissent régir les échanges entre professionnels.

ll est apparu que le principe du secret professionnel ne pouvait subir de dérogations. Les échanges sur une personne précise ne doivent pas porter sur son histoire personnelle.

Ce qui justifie l'échange, c'est l'existence d'un projet en faveur de cette personne, et le débat doit rester centrer sur l'opportunité du projet et sur l'étayage dont la personne à besoin pour le mener à bien.

 

Si la réunion porte sur le projet de la personne, on s'aperçoit bien vite que révéler des informations confidentielles n'a aucun intérêt.

Autre exemple : les professionnels savent qu'ils ont intérêt à échanger sur leurs pratiques. Le réseau, pour respecter le principe du secret professionnel, a mis en place un travail autour de cas fictif. Il s'agit tout simplement d'inventer un cas et de demander à chacun des participants d'envisager des modalités de prise en charge et de proposer des pistes de travail. Vous trouverez à la fin de l'annuaire, un texte intitulé " le cas Senghor " qui est un débat autour d'un jeune homme fictif, que nous avons emprunté à un roman de la fin du XIXe siècle et que nous avons transporté dans un quartier populaire de l'Est du Val d'Oise. En procédant ainsi, nous nous sommes rendu compte, que les participants parlaient beaucoup plus facilement de leurs pratiques que si on leur demandait de se positionner sur un cas réel.

La nécessité de réseaux réellement inter-institutionnels
Bref, un réseau, c'est un outil qui facilite le travail entre partenaire. Le réseau ne fait rien que les professionnels ne sachent faire eux-mêmes, par exemple, constituer un carnet d'adresse, se concerter sur la mise en œuvre d'un projet ou échanger sur leur pratique. Le seul intérêt du réseau, c'est que les professionnels peuvent faire plus vite ce qu'ils savent déjà faire.
Est-ce que notre groupe de travail est un réseau ? Disons plutôt qu'il s'agit d'un proto-réseau. Nous pouvons témoigner d'une expérience que nous avons analysée, qui peut déboucher sur la mise en place de programme de rencontres entre professionnels, avec des séances centrées sur les institutions, leurs missions et leur fonctionnement, avec à la clé un travail de communication grâce à l'annuaire ou un site internet ; avec des séances centrées sur l'analyse des pratiques en prenant comme support des " cas fictifs " ; et des séances en groupe plus restreintes où des acteurs du réseau apporteraient leur expérience pour jouer un rôle de médiation dans des situations complexes.
 

Il y a matière pour un réseau, mais ce qu'il manque à notre expérience, c'est la dimension institutionnelle.

Les réseaux, pour s'épanouir, ont besoin de devenir des réseaux inter-institutionnels, c'est-à-dire qu'il faudrait que les institutions s'impliquent dans leur gestion et qu'elles reconnaissent le fait de travailler en réseau comme une mission à part entière des professionnels. C'est là l'un des enjeux essentiels de cette journée : faire comprendre que la démarche de réseau joue un rôle facilitateur et même nécessaire dans un contexte institutionnel où la décentralisation morcelle l'action publique. La décentralisation implique logiquement plus de concertation inter-institutionnelle.
Certaines institutions, heureusement, sont conscientes des enjeux du travail en réseau. D'ailleurs, en guise de conclusion, je voudrais remercier les institutions qui nous ont soutenus pour notre démarche, à savoir la DDASS, la CPAM, la préfecture du Val d'Oise, les mairies de Garges, Sarcelles et Villiers-le-Bel.

Remerciements
Je veux surtout remercier et nommer l'ensemble de ceux qui ont participé activement au groupe de travail, ainsi que les institutions qui ont encouragé leurs participations. A savoir : Marie Bastianelli (Psychologue à l'Espace adolescent du CH de Gonesse), Claire de Benazé (médecin et directrice du PAEJ de Garges), Alain Bencimon (directeur de l'OPEJ, Garges), Vanessa Blettery (psychologue au Point Santé de la Mission locale), Kaïssa Boudjemai (Chargée de mission prévention sécurité à Garges), Marianne Carpentier (CPE au collège Voltaire de Sarcelles), Marianne Ducloyer (éducatrice à Plaine de France), Christina Famery (Directrice, de Berges), Marie-Christine Grain (AS scolaire au Lycée Mendès France de Villiers-le-Bel),
 
Michelle Grumetz (AS à l'Espace adolescent, CH de Gonesse), Hindi Hafhouf (infirmière et étudiante en psychologie), Claire Laffeyrerie (psychologue au SSD de Garges-lès-Gonesse), Sonia Ollivier (éducatrice à la PJJ), Aurélie Morre (psychologue au PEAJ de Sarcelles), Céline Portefaix (SSD de Sarcelles), Aline Poupel (Coordinatrice de RVH Synergie), Marion Quint-Bimon (psychologue aux consultation avancées du Ch de Gonesse), Emmanuel Ryo (CPE au collège Saint-Exupéry de Villiers-le-Bel), Carmen Sanchez Garcia (DDASS), Kader Sassy (éducateur à Berges), Patricia Simas (AS scolaire), Ana Ines Vasquez (psychologue au Point Santé de la Mission locale).