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Scolarité

Un dispositif d'accueil des élèves exclus temporairement

UN DISPOSITIF D’ACCUEIL DES ELEVES EXCLUS TEMPORAIREMENT
Par Emmanuel Meunier, Educateur

Article paru dans « Diversité Ville-École-Intégration » (CNDP), N° 161 - juin 2010,
"Question de climat... scolaire" pp. 168-172
 
Le quartier du Clos Saint-Lazare

En 2003, à la demande de parents, inquiets de voir leur enfant traîner dans le quartier pendant les temps d’exclusion temporaire, l’association APCIS (Stains, 93) a proposé au collège Maurice Thorez d’accueillir les élèves exclus dans ses locaux. Au quartier du Clos saint-Lazare, cette inquiétude parentale n’est pas exagérée. Le Clos saint Lazare est un quartier excentré, de l’une des villes les plus pauvres de la Seine-Saint-Denis. Il affiche un « pédigrée » statistique typiques des « zones de relégation sociale » : 98 % des 10.000 habitants du quartier vivent en HLM, 50 % de la population y a moins de 25 ans, 68 nationalités s’y côtoient, le taux de chômage y est de plus de 35 %, 35 % de la population n’est pas diplômée, 12,6 % des familles compte quatre enfants ou plus, au collège Maurice Thorez, plus de 42 % des élèves grandissent dans une famille monoparentale. Le quartier est inscrit en CUCS, en ZUS, en ZEP, EP1… et dans les programmes ANRU.  

 
S’il n’y a plus de commerces ouverts, l’économie de la rue y est prospère, mêlant activités de débrouille (travail au noir, revente d’objets recelés, prostitution informelle, etc.) et activités criminelles (trafic de drogue). En 20 ans, le « Clos » est devenu « célèbre », non seulement pour la pureté de son héroïne, mais aussi pour ses règlements de compte spectaculaires. Fort « heureusement », les habitants du « Clos » possèdent ce pouvoir d’amnésie qui permet à la vie, à peine les événements passés, de reprendre le dessus, celle-ci se continuant, comme si de rien n’était. Les pouvoirs publics, sans doute reconnaissants aux habitants de leur singulière capacité d’adaptation, n’ont d’ailleurs jamais songé à mettre en place de cellules psychologiques après les drames. Une consultation chez le marabout du coin suffit à faire oublier l’horreur d’une cervelle qui gicle à 16h devant les enfants et les parents.
L’accrochage scolaire

 L’école, la poste, des structures municipales et quelques associations - dont l’APCIS (Association pour la promotion culturelle intercommunautaire stanoise) -, sont les derniers espaces où s’élaborent du lien entre la population et les institutions. Et l’APCIS - dont les activités sont diverses -, n’a de cesse de placer l’accrochage scolaire au cœur de son projet d’activité. L’école est une ressource fondamentale pour ces familles qui vivent au quotidien la précarité, le risque de l’exclusion et les discriminations. L’accrochage scolaire est une notion plus large que celle de soutien scolaire. La constitution du capital culturel nécessaire à la scolarité et à l’insertion dépend d’une motivation qui doit être soutenue, ce qui implique un travail sur les représentations et un étayage psychosocial qui aide à surmonter les angoisses liées aux confrontations récurrentes avec l’échec. La précarité renforce le sentiment que les études « ce n’est pas pour nous » ou encore, elle attise le sentiment que les discriminations anéantiront les résultats des efforts consentis.

 
L’appui apporté aux jeunes et aux familles ne se limite donc pas aux remédiations des difficultés d’apprentissage. Il faut aussi soutenir, par un étayage personnalisé, les enfants qui se disent « désillusionnés » et les parents qui font face au désinvestissement scolaire de leur enfant (absentéisme, désintérêt…) ou à leurs conduites de rupture (agressivité, provocation dans l’établissement scolaire…). L’accueil-écoute et la médiation étaye le soutien scolaire classique, en telle sorte qu’en plus des activités d’accompagnement à la scolarité, l’APCIS a développé le « dispositif d’accueil des élèves exclus » - dont il est question dans cet article -, mais aussi un dispositif de soutien à la parentalité afin d’aider les parents dans le suivi de la scolarité des enfants ainsi qu’un partenariat actif avec les écoles et le collège du secteur (accueil dans les locaux de l’APCIS du « module relais » du collège Maurice Thorez, partenariat dans le cadre de « l’école ouverte »).
Le dispositif d’accueil des élèves exclus temporairement

Ce dispositif développé de manière informelle, s’est structuré au fil du temps.

En 2007, il a été conventionné officiellement avec l’Education nationale, en 2008, il obtient des financements du Conseil général et du Programme de réussite éducative et en 2009, il est retenu dans le cadre des expérimentations soutenues par le Haut commissariat à la jeunesse dirigé par Martin Hirsch.

L’élève, sur proposition du collège et avec l’accord de ses parents, est accueilli toute la journée dans les locaux de l’association (9h30-18h00).

Sa journée s’organise en une matinée consacrée à la réalisation de devoirs donnés par le professeur principal, et un après-midi où il participe à la vie de l’association en effectuant des tâches analogues à celles que remplissent les stagiaires accueillis par l’association.

 
Activités qui valorise l’enfant dans sa capacité à accueillir le public, à préparer les activités éducatives et ludiques, à participer, dans la mesure de leur compétence, à l’aide aux devoirs pour les plus petits, à réaliser des exposés ou des représentations de théâtre-forum qui sont présentés aux enfants accueillis après l’école. Des entretiens sont systématiquement mené avec le jeunes afin qu’il puisse élaborer sur les actes qui l’ont conduit à l’exclusion. Une rencontre a de même lieu avec les parents, ce qui est une occasion de les écouter, de proposer une médiation afin de réduire les tensions entre parents, enfant et établissement scolaire et rechercher avec eux des solutions concrètes aux différents problèmes identifiés. Des échanges avec le collège (par téléphone, fiche-navette, des rencontres) facilité la réintégration de l’élève, la compréhension de sa situation et, dans certain cas, la mise en place d’un projet social et éducatif en faveur de l’élève. Le dispositif a accueillis 46 élèves durant l’année scolaire 2007-2008 et 56 en 2008-2009.
Evalutation

L’évaluation des résultats a été plus que satisfaisante, car dans l’écrasante majorité des cas (85 % pour l’année 2007-2008, 90 % pour l’année 2008-2009), le collège a constaté une amélioration du comportement de l’élève, ce qui est objectivé par le fait que l’élève ne subit pas de nouvelle exclusion au cours de l’année.

Concernant les élèves « récidivistes » (exclus deux fois, et plus, au cours de l’année) des améliorations sont tout de même constatées.

Ces élèves ont bien souvent un profil « immature », et dans ce cas, leur comportement s’améliore fréquemment après la seconde exclusion (tout se passe comme s’ils leur avaient fallu réitérer leur comportement de rupture pour tirer des « leçons » de leur conduite).   

 
 
Dans d’autres cas, ils ont des profils plus « problématiques », notamment au plan psychologique et affectifs, mais dans leur situation l’action aura permis la création d’un lien de confiance, une meilleure compréhension de leurs difficultés sociales et personnelles et d’engager une action concertée avec des partenaires comme l’assistante sociale du collège. De nombreux élèves passés par ce dispositif décident de s’inscrire à l’accompagnement à la scolarité et/ou aux activités socioéducatives proposées par l’APCIS. De tels résultats ne sont possibles que parce que cette action va bien au-delà d’une « garderie d’élèves exclus ». S’ils sont obtenus, c’est parce qu’un travail est systématiquement engagé avec la famille - qui peut saisir l’occasion de demander une aide -, et parce que des entretiens positifs ont lieu avec le jeune – ce qui lui permet d’élaborer sur le sens de sa conduite et de percevoir les adultes comme des aidants.
Amine, un bon élève, à fleur de peau.

Quelques vignettes permettront de cerner plus concrètement le fonctionnement du dispositif :

Amine est en 4e. Nous l’avons déjà accueilli par deux fois l’année dernière. C’est un élève brillant qui a 17/20 de moyenne générale. Ce jeune de petite taille, s’exprime avec un cheveu sur la langue, porte de grosses lunettes et ses résultats scolaires « trop voyants » en font un candidat aux brimades. Refusant d’être une « victime », il s’impose auprès de ses pairs en développant des postures agressives et en faisant preuve d’un réel courage dans les confrontations avec plus fort que lui. C’est pour ne pas être humilié qu’Amine développe cette agressivité. L’année dernière, il était d’autant plus tendu que sa mère s’était convaincue qu’il « tournerait mal ». Les rencontres avec la mère ont permis d’adoucir ce jugement franchement excessif.

Cette année, c’est une violente dispute avec une camarade de classe qui lui a valu 3 jours d’exclusion – perdre la face dans une confrontation avec un garçon est redoutable, mais la perdre dans une confrontation avec une fille est intolérable, car l’enjeu de « réputation » est, ici, considérable. D’où la véhémence d’Amine et la sanction qui a suivi. 

 

Comme l’année précédente, l’accueil à l’APCIS se passe bien.

Les matinées sont consacrées au travail scolaire, qu’il réalise sans difficultés et très rapidement. Amine recherche la compagnie des adultes et a besoin d’écoute.

En fin d’après-midi, Amine aide les enfants de primaire à faire leurs devoirs. Mais il a aussi pris sous son aile une jeune primo-arrivante qui n’est pas encore scolarisée qui, dans l’attente, fréquente l’APCIS tous les jours. Il lui a expliqué clairement le fonctionnement du collège et échangé avec elle sur différents sujets. En venant à l’APCIS, Amine trouve un endroit où il se sent bien, où il peut être lui-même, relâcher ses défenses et ne plus se soucier de regards peu charitables de nombre de ses camarades. Il comprend que le fait d’être agressif ne solutionne pas ses problèmes. Ce qui est plus facile à dire qu’à faire, car c’est aussi une réalité du quartier : il faut savoir se défendre et affirmer un « capital guerrier » (T. Sauvadet) qui assure protection et « respect ». Reste, qu’Amine demeure fragile et à fleur de peau, et qu’il doit rechercher des réponses qui ne nuisent pas à ses études, car c’est grâce à elles, qu’il quittera le quartier.

Ayana, ou l’enfant parentalisé

Ayana est en 6e. Cette demoiselle fait partie d’une fratrie nombreuse et bien connue du collège, comme du quartier. L’un de ses frères, cette année, a été définitivement exclu du collège. Elle bénéficie de l’ « aura familiale » et exerce un certain leadership et elle a une forte influence sur ses camarades. Son niveau scolaire est très faible et elle ne bénéficie d’aucun soutien familial pour ses études. Ses relations avec les adultes de l’établissement sont souvent tendues. Un jour, elle devient ouvertement insolente avec un enseignant au point d’empêcher la tenue du cours. Elle est exclue 2 journées.

A l’APCIS, Ayana présente le visage le plus « docile » et le plus « serviable » et oppose un déni total de son comportement problématique au sein collège. Sa « gentillesse » devrait nous convaincre qu’elle est victime d’une grave injustice scolaire. C’est au travers d’une réflexion sur sa place d’enfant « parentalisé » qu’elle va pouvoir engager une réflexion sur son comportement au collège.     

 
Comme beaucoup de fillettes africaines, d’importantes responsabilités lui incombent dans la gestion des tâches domestiques et la surveillance des touts petits.
Ceci induit un flou dans le clivage générationnel enfant/adulte. Lors de ses entretiens à l’APCIS, il lui sera demandé de se mettre à la place d’un professeur confronté à une enfant qui aurait son comportement et de se demander comment elle réagirait dans une telle situation ; puis de réfléchir sur la différence enfant/adulte et sur les avantages d’être un enfant. Pour Ayana, rétablir ce clivage générationnel est évidemment rassurant et, depuis, nous avons pu constater une amélioration de ses relations avec les enseignants et l’abandon de ses postures conflictuelles. Avec d’autres élèves exclus, elle a participé à un « théâtre forum », où les enfants, après avoir représenté théâtralement la situation qui les a conduits à l’exclusion, devaient créer une nouvelle scène, où ils se représentaient gérant autrement le conflit qui les avait opposés à un professeur ou à d’autres camarades, évitant ainsi l’exclusion.
Josué, ou le poids d’être « le » garçon

Josué est en 5e. Son premier trimestre est marqué par un fort absentéisme. On suspecte Josué de participer, comme guetteur, à des trafics sur le quartier. Ses résultats scolaires sont très faibles. Ses parents sont âgés. S’ils n’ont eu qu’à se féliciter de leurs quatre premières filles, qui ont réussi leurs études, le dernier, leur seul garçon, les laissent désemparés. Dépassés, ils lui trouvent toujours des excuses à ce seul garçon qui cristallise tant d’espoir.

Un jour il insulte un professeur. Il est exclu quatre jours. A l’APCIS plusieurs rencontres auront lieu avec des membres de la famille.

 

 

 Les entretiens feront ressortir un dysfonctionnement important : la grande sœur a reçu des parents une sorte de délégation d’autorité sur Josué, mais dans les faits, la mère, surprotectrice, contrecarre toutes les tentatives de reprise en main de la sœur. Ce dysfonctionnement sera discuté avec la mère et la grande sœur pour les aider à s’accorder sur la conduite à tenir vis-à-vis de Josué. La reconnaissance par la mère de son besoin d’aide, la possibilité pour la sœur d’exprimer qu’elle ne veut pas jouer le rôle qui lui est assigné permettra d’amorcer un travail plus global avec le collège qui va se traduire par la mise en place d’un tutorat et d’un projet d’entrée en internat. L’absentéisme de Josué cesse.

Tony ou l’apprentissage de la réparation.

Tony a participé avec des camarades à une « ronde ». Ce jeu consiste à pousser un camarade au milieu d’un cercle d’enfants et à le rouer de coups. Ce comportement lui a valu 4 jours d’exclusion. Tony est en 5ème. Il a de grosses difficultés scolaires et il est fréquemment en retard alors que, d’après sa mère, il sort de chez lui suffisamment en avance pour arriver à l’heure. C’est le cadet de la famille. Ses frères et sœurs ayant pris leur indépendance, il vit seul avec ses parents.

Il entretient une relation conflictuelle avec sa mère, et son père, spectateur de leur opposition, le surprotège. La mère est épuisée et dépressive. Elle tient parfois des propos très durs ; par exemple, elle dit à son fils : « si tu meurs demain, je pleurerai une journée, mais après je continuerai ma vie normalement ».

Elle est dépassée par l’hostilité et l’agressivité de son garçon et elle demande de l’aide aux professionnels.

 
« Durant la période d’exclusion, nous avons rencontré la mère à plusieurs reprises et nous avons eu des entretiens téléphoniques tous les soirs, pour faire le point sur la journée de son fils.
 
Nous la mettons aussi en relation avec l’assistante sociale du collège », raconte une intervenante de l’APCIS. A l’APCIS, le comportement de Tony est irréprochable. Il se met au travail sans problème, n’hésite pas à demander de l’aide en cas de besoin et participe aux activités de la structure. Durant les entretiens, Tony prend conscience de la gravité de ses actes. C’est en prenant connaissance de l’état de santé de la victime (qui est asthmatique) qu’il comprend la dangerosité de la « ronde » et des conséquences que cela aurait pu avoir sur la santé de celle-ci. « La mère nous a sollicitée pour que nous contactions les parents de la victime afin d’établir une médiation pour lui permettre, avec son fils, de présenter ses excuses » raconte une intervenante. Depuis, Tony fréquente régulièrement l’APCIS dans le cadre de l’atelier « accompagnement à la scolarité » et des activités socio-éducatives.
Mourad ou le tektonikeur

Mourad est en 5e. Il a été exclu trois fois au cours de l’année (7 jours, 10 jours et 4 jours), pour des violences sur des camarades, plus particulièrement sur des filles ou des garçons plus petits et plus jeunes ; ou encore pour des défis à l’autorité et des insultes proférées contre des adultes. Son absentéisme est colossal. Toutes les mesures préconisées du type tutorat, module-relais sont mises en échec. Ses parents se disent « dépassés ». Mourad est souvent isolé et ne semble pas avoir d’ami. Il est connu pour être un « tektonikeur » (danseur), et il est persuadé de devenir, « un jour », une star de cette danse. Chaque mercredi - et d’autres jours de la semaine quand il sèche -, il fait des « démonstrations » à Châtelet Les Halles. Etrangement, il « tektonise » presque « compulsivement », c’est-à-dire qu’il lui arrive de « tektoniser », au milieu des cours ou de la rédaction d’un devoir sur table, comme si les mouvements « mécaniques » de cette danse étaient pour lui un moyen de décharger un trop plein d’émotions.     

 
A l’immaturité et à la puérilité de son « projet d’avenir », s’ajoute une tendance à se mettre en danger : sur le mode de la plaisanterie, Mourad multiplie, dans le contexte d’homophobie des quartiers populaires, des « plaisanteries » qui laisseraient penser qu’il est homosexuel.

Dans la relation individuelle, Mourad se révèle intelligent et paradoxalement assez mûr. Un de ses professeurs parle, à son propos, de « suicide scolaire ». Il est sans nul doute en grande souffrance. Il fréquente depuis longtemps l’APCIS, qui est pour lui un refuge.

« Nous avons cessé de l’accepter lors de ces temps d’exclusions, car nous le savons capable de se faire exclure pour passer la journée à l’APCIS plutôt qu’au collège », explique une intervenante de l’APCIS. Mourad, par l’ampleur de ses difficultés, rappelle les limites de nos dispositifs, qui parfois, ne peuvent que maintenir du lien, accueillir, écouter les difficultés, les apaiser…

Sofiane ou la recherche d’un exutoire

Sofiane à été exclu par deux fois (5 jours et 7 jours), pour des perturbations de cours et des attitudes de défi. Il est fortement absentéiste. Colérique et buté, il entre en confrontation avec les femmes de l’établissement si celles-ci ont un rapport d’autorité sur lui (enseignantes ou des personnels socioéducatifs). Ses parents ont beaucoup de mal à se rendre au collège lorsqu’ils sont convoqués et ils se disent « dépassés ». Le suivi à l’APCIS aura permis, au fil des entretiens avec Sofiane et sa famille, d’expliciter certains ressorts de son comportement. Il est orphelin de mère, et il manifeste une vive hostilité vis-à-vis des compagnes successives de son père et il s’emploie, avec succès, à provoquer leurs séparations.    

 
Cette emprise sur son père n’est pas sans lien avec la posture de toute-puissance, qu’il manifeste, notamment vis-à-vis des femmes de l’établissement.

Une réflexion sera engagée avec Sofiane sur sa place dans la famille, à savoir celle d’un fils qui se sent en « droit » d’interdire à son père de reconstruire sa vie affective. La confiance s’installant, Sofiane va se montrer très sociable et même demandeur d’affection.

Il va s’investir dans des activités socioculturelles et sportives, qu’il va suivre assidûment, et intégrer un atelier de boxe (club municipal), où il peut travailler à la canalisation de son agressivité.

Bibliographie

L’évaluation du dispositif qui a été menée par le cabinet Effect-if-p avec le concours de la Mission de prévention des conduites à risques du Conseil général de la Seine-Saint-Denis a permis de mesurer des résultats concrets en terme de changement de comportements et d’identifier les conditions de réussites de l’action.

Elle dépend d’un haut niveau partenariat entre le collège et l’association, mais surtout, d’un regard porté sur ces jeunes et ces familles, qui ne pointe pas la « déficience », mais qui, au contraire, valorise les ressources des jeunes et des familles, ainsi que leur aptitudes à faire alliance avec des professionnels pour rechercher des réponses adaptées aux difficultés.

La proximité et la confiance de la population du Clos saint-Lazare légitime fortement ce type d’intervention.

 
Le dispositif combine un savoir-faire éducatif qui vise à renforcer l’estime de soi des élèves, une pratique de médiation (jeune-parent-établissement scolaire) d’écoute des familles et de soutien à la parentalité, ainsi que des savoir-faire en terme d’accompagnement à la scolarité et d’explicitation du fonctionnement de l’institution scolaire. L’évaluation a formalisé une démarche de travail et un transfert d’expériences, ce qui a permit à d’autres associations du département de s’en inspirer pour élaborer leur propre dispositif d’accueil d’élèves exclus. Aujourd’hui le Conseil général de la Seine-Saint-Denis (via le Service des Actions pour la Formation) soutient des dispositifs analogues sur les villes d’Aubervilliers, Clichy-sous-Bois, Pierrefitte-sur-Seine et Villetaneuse et notre dispositif s’est étendu aux deux autres collèges de la ville.