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Les jeunes et la crise du logement

LES JEUNES ET LA CRISE DU LOGEMENT
Conférence d’Andréa Davoust, journaliste enquêtrice,
prononcée le vendredi 13 janvier 2006. Résumé par E. Meunier


Correspondances, Printemps 2006
 
Rareté des logements adaptés
Quelques jours avant la parution du rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre dont le chapitre 1 s'intitule " le logement des jeunes dans l'œil du cyclone ", le réseau SPJ accueillait Andréa Davoust, journaliste et coordinatrice d'une enquête sur le " logement des jeunes " commandée par le ministère de Jeunesse et Sports et publiée par l'INJEP.

La crise du logement est une crise globale en France. Mais s'agissant des jeunes plusieurs facteurs vont nettement aggraver la situation :

1. La rareté de l'offre en logement adapté.
Aujourd'hui en France, 3 foyers sur 10 sont composés d'une personne célibataire, or seul 1 logement sur 10 est de petite taille. Le parc de logements sociaux, où les loyers restent modérés, est conçu pour l'accueil de familles, ce qui oblige les jeunes à se tourner vers le secteur privé qui est plus cher.

 
Notons aussi que l'accès au parc social prend longtemps, qu'on y reste relativement longtemps aussi, ce qui ne correspond pas au schéma de vie des jeunes, nettement plus mobiles que la moyenne de la population (en raison de la mobilité liée aux études, au premier emploi etc.)

Cette situation a pour conséquence que plus les logements sont petits, plus les loyers, rapportés au mètre carré, sont élevés (de 40 à 50 % supérieurs à ceux des grands appartements). Ce moindre accès aux logements sociaux a pour conséquence qu'en moyenne les jeunes payent plus chers leur appartement : en 2000, le montant annuel moyen des coûts de loyer hors charges était de 3356 € pour les moins de 25 ans, contre 3059 € pour les 25-34 ans et seulement de 1957 € pour les 35-44 ans et de 838 € pour les 65-74 ans.

Precarité des jeunes
2. La précarité des jeunes.

1 jeune actif sur 5 est au chômage et les 2/3 de ceux qui travaillent accèdent à l'emploi sous une forme précaire (CDD, d'intérim, et bientôt de CPE). Les jeunes ménages s'appauvrissent : 20% des ménages dont le chef de famille est âgé de moins de 25 ans était sous le seuil de pauvreté en 1996, contre 8,5% en 1979 et 5% en 1970. Or pour obtenir un bail, les propriétaires exigent des garanties de stabilités matérielles.

 
3. La rareté des dispositifs " transitionnels ".

Les Foyers de Jeunes Travailleurs ont connu leurs heures de gloire à l'époque où ils accueillaient une population d'origine rurale ou provinciale venue s'installer en ville ou dans la Capitale et qui quittait rapidement ces foyers lorsqu'ils avaient trouvé un travail stable. Le turn-over est aujourd'hui faible sur ce type de structures, qui, équilibre financier oblige, deviennent plus regardantes sur les garanties qu'offre le jeune.

Jeunes en famille et jeunes SDF
C'est en somme les familles qui assument aujourd'hui le coût d'une insertion de plus en plus tardive des jeunes. En 2002, 55% des jeunes âgés de 19 à 26 ans déclaraient vivre chez leurs parents, alors que 35% de cette tranche d'âge avait un emploi.

La combinaison de ces trois facteurs spécifiques et de la crise globale génère des situations extrêmes constatées par la Fondation Abbé Pierre.

 
Celle-ci estime que les moins de 25 ans représentent un tiers des SDF.

Le rapport dirigé par Andréa Davoust établit un constat de faiblesses dans l'action publique en France et, en s'intéressant aux politiques publiques de nos voisins européens - qui connaissent peu ou prou les mêmes difficultés - elle montre que des marges d'actions peuvent être trouvées.

Améliorer les « garanties » des jeunes locataires
En France les initiatives des pouvoirs public visent principalement à crédibiliser le jeune locataire auprès des bailleurs privés. Ce type d'action implique d'agir à plusieurs niveaux :

1. Améliorer les garanties :

A. Le dispositif du loca-pass, financé par le 1% logement et géré par l'UESL (Union d'Economie Sociale pour le Logement), permet soit d'avancer le dépôt de garantie soit de garantir le paiement des loyers aux jeunes de moins de 30 ans en situation d'emploi ou de recherche d'emploi ou boursiers d'Etat.

En 2005, les incidents de paiement ont mis le dispositif LOCA-PASS en déficit.

 
B. Un dispositif a été mis en place par la Ville de Paris dans un même esprit de mutualisation du risque.

Ce dispositif s'adresse exclusivement aux étudiants. Le paiement des loyers est garanti par un assureur. L'étudiant n'a plus à avancer de caution, mais doit verser à son assureur une cotisation d'environ 1,5% de son loyer. Les cotisations sont mutualisées et servent au paiement des loyers des étudiants défaillants, mais aussi à remettre en état l'appartement à la fin du bail.

Les propriétaires - des professionnels de l'immobilier et non des particuliers - sont ainsi assurés de toucher le loyer.

 

Accompagner, développer l’hébergement transitionnel
2. L'accompagnement dans le projet d'accès au logement :

Des Missions Locales et les CLLAJ (comités locaux pour le logement autonome des jeunes)
font un travail d'accompagnement des jeunes dans la recherche de logements. Un certain nombre de foyers de jeunes travailleurs font des ateliers recherche de logement/établissement d'un budget etc. voire se portent caution pour un de leurs anciens pensionnaires.
Les conseillers du CLLAJ travaillent avec chaque jeune en entretien individuel, afin d'évaluer les possibilités qui s'offrent à lui en fonction de sa situation personnelle.
Les jeunes sont mis en contact avec des propriétaires ou orientés vers un foyer d'hébergement collectif en cas de manque de maturité ou de ressources suffisantes pour prendre un logement autonome.

 
L'effort budgétaire est souvent sous-estimé par les jeunes et un véritable suivi de moyen terme, jusqu'à six mois, est parfois nécessaire pour éviter la spirale de l'endettement d'un jeune qui aura mal évalué les charges financières.

3. Développer l’hébergement transitionnel

Pour l'instant, les projets en terme d'ouvertures de places dans les foyers restent modestes.

La SONACOTRA, qui héberge aujourd'hui une population de migrants vieillissante, a signé une convention avec le Ministère de l'emploi, du travail et de la cohésion sociale pour le logement de 10 000 jeunes en insertion professionnelle (contrat CIVIS, contrat PACTE, contrat de professionnalisation) au cours des années 2005-2010.

Initiatives en Europe : la co-location
Des initiatives européennes témoignent d'une volonté innovante, même si chacun d'eux, en l'absence d'une politique de construction de logements, n'offrent que des solutions très partielles du problème :

1. La co-location :

Plutôt que d'aider des jeunes à rechercher les moyens de financer des petits logements à prix prohibitifs, des projets optent d'aider les jeunes à mettre en place des co-locations dans de grands appartements ou des pavillons.

Ce système s'est fortement développé en Grande-Bretagne, où les jeunes trouvent aisément des annonces, notamment auprès de bureaux d'informations sur le logement que possède chaque université.

 
Les Néerlandais font, eux, appel aux associations d'étudiants. Celles-ci sont chapeautées par l'organisation nationale pour les étudiants, le Informatie Beheer Groep. Les associations étudiantes ont en moyenne de 500 à 2000 membres et leur nombre diffère en fonction de la taille de l'université. Ces associations possèdent et gèrent un parc d'habitations. Ces associations ont quelque chose d'une " confrérie ", et pour trouver à se loger, il vaut mieux se faire coopter et accepter d'en passer par des rituels de bizutage.

En France, la co-location ne se développe que par l'initiative privée, notamment grâce à des sites Internet où la gratuité de l'accès aux offres est souvent compensée par une mise en contact payante avec les annonceurs (appel surtaxé pour obtenir leurs coordonnées).

L’hébergement inter-générationnel
2. L'hébergement intergénérationnel

Plusieurs pays européens ont mis en place des programmes qui permettent l'hébergement d'un jeune chez une personne âgée, contre un loyer et/ou une série de services rendus qui facilite la vie quotidienne de la personne âgée. La logique de médiation et d'appariement des " couples " bailleur-locataire apparaît comme le point fort de ce dispositif. Le jeune est " recommandé " par un intermédiaire reconnu qui s'est assuré au préalable de l'aptitude du jeune à assumer la responsabilité d'un tel contrat d'hébergement. Les droits et responsabilités des deux parties sont explicitement stipulés dans un contrat rédigé par l'intermédiaire.

L'Espagne, le Royaume-Uni, la république Tchèque, l'Allemagne et l'Autriche se sont engagés dans ce type de programme, l'intermédiaire pouvant être une université ou une association.

Le programme allemand WOHNEN GEGEN HILFE situé à Munich propose de dédommager le bailleur à raison d'une heure de service par mois contre 1m2.

 
Une chambre de 20 m2 correspond donc à 20 heures de services mensuels ce qui correspondrait à un loyer de 160 euros par mois sur la base d'un tarif horaire de 8 euros. On peut estimer que dans la mesure où il s'agit d'un contrat sous seing privé, plusieurs types de pratiques sont acceptables tant qu'elles restent négociées au préalable et inscrites dans le contrat.

Dans les grandes villes espagnoles (Barcelone, Madrid, Alicante, etc.), le service d'hébergement intergénérationnel VIVIR Y CONVIVIR (vivre et vivre avec) semble avoir connu un franc succès. L'une des raisons pourrait en être le fait qu'il est officiellement parrainé par une fondation nationale de renom, la Caixa Catalunya dans le cadre d'un partenariat avec des universités et municipalités. La population étudiante représente environ 60% des jeunes hébergés dans ce cadre (les autres 40% étant en emploi ou à la recherche d'un emploi). Il s'agit par ailleurs plus souvent de jeunes femmes.

La France commence à s'intéresser à ce type de dispositif.

 

Prévention de l’errance des jeunes
3. Prévention de l'errance des jeunes

Au Royaume-Uni, en 2002, le gouvernement de Tony Blair a mis en place une cellule gouvernementale sur la question de l'errance, le Homelessness Directorate qui a rendu obligatoire la mise en œuvre de stratégies contre la précarité du logement par les collectivités territoriales. Un montant total de 460 millions de livres sterling (670 millions €) a été mis à leur disposition entre 2002 et 2006. À ce jour, 108 projets ont été spécifiquement conçus pour les jeunes SDF dans le cadre de cette stratégie gouvernementale.
SAFE MOVES est un projet pilote prenant la forme d'un partenariat entre le service CONNEXIONS (une agence interministérielle de la politique de jeunesse) et la fédération des foyers britanniques, la " Foyer Federation " dont l'action vis-à-vis des jeunes sans domicile fixe est cruciale au Royaume-Uni.

 
Le dispositif Safe Moves est mis en œuvre dans quatre régions et villes anglaises (Suffolk, North Yorkshire, Wolverhampton et Birmingham).

Dans un premier temps, il identifie de manière préventive les jeunes âgés de 13 à 20 ans en risque de précarité. Il offre une série d'interventions (mentorat par les pairs, médiation familiale, acquisition de " compétences sociales " , etc.) pour prévenir une rupture entre le jeune et sa famille.

Si cette démarche s'avérait inefficace, dans un deuxième temps, Safe Moves offre des options de logement indépendant hors du foyer parental. Il peut s'agir d'hébergement chez des propriétaires par le biais d'un intermédiaire, tel que dans ce cadre des actions de la Housing Interaction Trust, ou d'un logement social.

Conclusions
L'intérêt de ces expériences tient au fait qu'elles s'élaborent dans une prise de distance vis-à-vis des " contraintes " du marché.

Plutôt que d'accepter la pression de plus en plus rude du marché et d'exiger des jeunes qu'ils payent de véritables " surloyers " pour prix de leur indépendance, ces dispositifs " esquivent " la sacro-sainte loi du marché.

La colocation répond au marché qui exige des prix excessifs dans des petits appartements. Mais surtout ces dispositifs se dégagent de la logique impersonnelle du marché : plutôt que d'accepter la pression sans visage du marché, on accepte des contraintes négociées avec des individus (des co-locataires, une personne âgée).

 
Le dispositif SAFE MOVES trouve lui aussi sa pertinence dans une logique où l'offre d'hébergement est inscrite dans un travail social préalable de médiation familiale et d'aide à la personne afin de prévenir une rupture entre le jeune et sa famille.

Rapport de l'INJEP :
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ou 01.39.17.26.03.

Rapport de la Fondation Abbé Pierre :
www.fondation-abbe-pierre.fr

Sur le logement intergénérationnel :
www.homeshare.org