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Cannabis - Actualité 2012 - 2nd semestre

 

CANNABIS - ACTUALITÉ 2012 - 2nd SEMESTRE

L'actualité vue par la cyberpresse
par Emmanuel Meunier

Cannabis : éléments statistiques

Le cannabis reste la drogue la plus consommée : 119 et 224 millions d’usagers de cannabis dans le monde. En Europe, 80,5 millions de personnes (23,7 % des adultes européens) aurait consommé au moins une fois du cannabis dans leur vie, 23 millions d’adultes européens (6,8 %), en aurait consommé dans l’année. En France, 13,4 millions en aurait consommé au cours de la vie, 3,8 millions dans l’année, 1,2 millions en consommerait régulièrement et 550.000 en consommerait quotidiennement. Chez les jeunes de 17 ans, l’expérimentation du produit reste stable à 41,5% en 2011, par contre la consommation régulière baisserait, passant de 7,3% des jeunes de 17 ans à 6,5%.

Parmi les nouvelles tendances, on observe, en France et en Europe, d’une part, une désaffection pour la résine de cannabis au profit de l’herbe et, d’autre part, le développement de la culture en Europe, soit sous forme d’auto-production individuelle, soit sous la forme de culture « In-door » organisée par des groupes maffieux. En France, 80 000 usagers de cannabis ont recours exclusivement à l'autoculture. Le prix du cannabis reste en baisse (5 € pour un gramme de résine ; 7 € pour un gramme d'herbe). Entre 1996 et 2008 la résine a perdu un quart de sa valeur et le prix du gramme d’herbe a été pratiquement divisé par 2. Le taux moyen de THC (principe actif) est d’environ 10 % pour la résine et de 8 % pour l’herbe.

Sources :
UNODOC. Rapport mondial sur les drogues 2012
OEDT. Etat du phénomène de la drogue en Europe 2012
OFDT. Drogues Chiffres clés 2012

Effets du cannabis sur la cognition : baisse du QI ?

Les effets péjoratifs du cannabis sur l’attention, la concentration et la mémoire sont bien connus et documentés [Voir notamment "Cannabis & Mémoire" in Cannabis - Actualité 2012 - 1er semestre]

Une nouvelle étude, qui a fait grand bruit, affirme que le cannabis induirait une baisse du QI. Cette étude à été menée par des chercheurs de l’université Duke, en Caroline du Nord, et du King’s College, de Londres et a été publiée par la revue Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America. Cette étude porte sur 1037 personnes appartenant a la cohorte dite de Dunedin (du nom de la ville néo-zélandaise où ils résident), cohorte sur laquelle est étudié de façon prospective plusieurs aspects de la santé et du comportement, depuis leur naissance en 1972-1973. Les participants ont été interrogés, de façon confidentielle, sur leur consommation et leur dépendance, à cinq reprises : à 18, 21, 26, 32 et 38 ans. Des tests neuropsychologiques ont été pratiqués à l'âge de 13 ans et 38 ans.
Un déclin marqué du quotient intellectuel (jusqu'à 8 points entre les deux mesures) a été retrouvé chez ceux qui ont commencé leur expérimentation à l'adolescence, et qui sont ensuite devenus des fumeurs réguliers - au moins quatre fois par semaine -, pendant une longue période. Les auteurs observent que l'arrêt ou la réduction de la consommation de la drogue n'a pas restauré complètement les capacités intellectuelles. Par contre, une initiation plus tardive, à l'âge adulte, ne s'est en revanche pas accompagnée d'une baisse des performances aux tests de QI.

Cette étude appelle plusieurs commentaires :
Tout d’abord, le sous-groupe des sujets les plus vulnérables aux effets du cannabis sur le QI (début précoce, usage régulier et prolongé de la drogue), pour lequel une baisse de QI jusqu’à 8% est constatée, correspond à un effectif modeste : une quarantaine de personnes, soit 5 % de la population étudiée, échantillon qui n’est pas forcément significatif. La même revue publie d’ailleurs dans une autre de ses livraisons, un article d’un économiste norvégien, Ole Rogeberg, qui rappelle que provenir d’une famille pauvre et peu instruite peut être est un facteur associé à la fois à une plus grande consommation de cannabis et à des scores plus bas aux tests de QI. Reprenant les statistiques produites par les chercheurs anglo-américains, et utilisant le niveau d’instruction des 1000 personnes de la cohorte néo-zélandaise pour se faire une idée de leurs origines sociales, et en comparant la quarantaine de consommateurs intensifs de cannabis aux non-utilisateurs ayant le même degré d’instruction, M. Rogeberg arrive à une baisse de QI qui est moitié moindre que celle observée dans l’étude. Dès lors, la baisse n’est pas de 8%, mais de 4% en moyenne. Les chercheurs anglo-américains avaient contrôlé la variable socio-économique et affirmer qu’elle ne suffisait pas à expliquer toute la baisse du QI, même ramenée à 4%. Sans doute, mais encore fallait-il pouvoir éliminer tout les facteurs qui auraient pu éclairer cet écart, comme d’éventuelle consommation d’alcool, troubles psychiatriques survenus après l’adolescence, etc.

Sources :
28.08.12. cqdt.wordpress. Une étude souligne les effets néfastes du cannabis sur le cerveau des adolescents (Actes de l’Académie des Sciences américaine (PNAS), publiés par l’IREPS Haute-Normandie)
06.09.12. Le Monde. Cannabis chez les adolescents : le QI en fumée
15.01.13. Lapresse.ca. Le lien entre cannabis et déclin du QI est contesté

Le cannabis n’affecterait pas les tissus cérébraux

Un autre élément qui permet d’interroger l’étude anglo-américaine est le fait qu’elle ne s’appuie que sur des éléments déclaratifs et l’analyse de comportements, et qu’elle n’est pas corroborée par des données objectivables, comme des imageries médicales, qui pourraient attester que la neurotoxicité d’un cannabis, consommé à l’adolescence, pourrait avoir pour effet de dégrader des capacités intellectuelles des sujets, comme c’est le cas avec l’alcool, qui attaque directement les membranes des cellules cérébrales.

Au plan neurobiologique, le développement du cerveau de l’adolescent commence à être étudié. "On sait maintenant, grâce aux examens d'imagerie, que la maturation cérébrale normale s'accompagne d'une diminution de l'épaisseur de la substance grise, qui correspond à une sélection des circuits neuronaux contrôlant les régions sous-corticales, explique Jean-Luc Martinot. Cette perte de volume commence dans la partie postérieure du cerveau, siège de fonctions sensorielles, puis elle gagne les régions antérieures, qui contrôlent l'impulsivité, les émotions, les interactions sociales... Il y a aussi des modifications au niveau de la substance blanche, avec un renforcement de la connectivité entre les neurones." 

D’autre part, la substance blanche (qui relie différentes aires de la matière grise) se développe principalement chez les adolescents, jusqu'à 20 ans en moyenne. C'est dans ces tissus cérébraux que naîtrait la capacité à prendre des décisions.

Une étude de l’Université de San Diego a comparé, par imagerie médicale, le cerveau de 92 adolescents, âgés de 16 à 20 ans, habitués à consommer de l'alcool et du cannabis. Ils ont scanné leur cerveau avant et après une période de 18 mois. Pendant cette période, la moitié des cobayes ont continué à consommer de l'alcool et du cannabis et l'autre moitié ont arrêté de consommer ces deux substances. Les données recueillies sur les adolescents ayant consommé cinq verres ou plus d'alcool au moins deux fois par semaine ont montré une diminution de la substance blanche du cerveau. A l'inverse, une consommation de cannabis jusqu'à neuf fois par semaine n'a pas semblé avoir d'impact sur cette substance blanche.

Sources :
06.09.12. Le Monde. Cannabis chez les adolescents : le QI en fumée
23.12.12. Huffingtonpost. Fumer du cannabis n'endommagerait pas les tissus du cerveau, à l'inverse de l'alcool, selon une étude (étude de neuroscientifiques de l’Université de San Diego)

Cannabis et schizophrénie

Nombre d’études suggèrent des liens entre cannabis et schizophrénie. Ce lien, se traduisant par l’augmentation du risque de développer une psychose, avait été étayé, par The Lancet, en 2007, à partir d’une revue de la littérature portant sur 35 études, l’augmentation du risque de développer une schizophrénie étant d’environ 40 %. Les auteurs suggéraient l’existence d’un effet dose, avec un risque multiplié par deux chez les plus gros consommateurs. Depuis, d’autres études confirmait ce lien [Voir notamment : La maladie psychotique commence à un plus jeune âge auprès des jeunes qui consomment du cannabis ! et "Cannabis et risque psychique" in Cannabis - Actualité 2011 - 1er semestre et "Cannabis, cognition et psychose" in Cannabis - Actualité 2011 - 2nd Semestre].

Reste que ce lien entre consommation de cannabis et schizophrénie n’est pas si simple à établir. Concernant cette augmentation des risque de 40%, "c’est du même niveau que ce que confère une famille dissociée et dysfonctionnelle", observe le professeur Michel Reynaud, addictologue (CHU Paul-Brousse). Autres éléments devant amener relativiser le risque : la fréquence de la schizophrénie dans la population reste constante, alors que la proportion de fumeurs de cannabis ne cesse de grimper. Enfin, il semble que les deux composants du cannabis, le THC et le cannabidiol (CBD), pourraient avoir des effets contraires : si le THC semble accroître le risque de schizophrénie, le CBD pourrait avoir un effet potentiel dans le traitement des psychoses.

D’où de nouvelles pistes qui évoquent la possibilité de certaines contributions génétiques communes à la schizophrénie et à l’addiction au cannabis. Parmi les gènes "candidats" sont mentionnés :

- le gène NRG1, codant pour le récepteur ErbB4, une protéine impliquée dans le développement et la fonction synaptique, qui semble impliqué dans l’addiction au cannabis et dans le risque héréditaire de schizophrénie.

- le gène AKT1 qui participe à la transmission de la dopamine, connue pour être anormale dans la psychose et pour activer le système de récompense et participer au processus de formation d’une addiction.

 

Sources :
06.09.12. Le Monde. Cannabis chez les adolescents : le QI en fumée
12.10.12. Santé Log. Du Cannabis à la Schizophrénie : Une explication génétique ? (étude de l’Université du Texas, publiée dans la revue Biological Psychiatry)
17.11.12. Santé Log. Cannabis : Identification d’un gène de la psychose cannabique (chercheurs du King's College London's Institute of Psychiatry)
29.11.12. rvh-synergie. Psychose : Les principaux composants du cannabis ont des effets opposés (Le Flyer N°48, septembre 2012)

Cannabis et cancer

Alors que les effets du cannabis dans le développement de cancers du poumon sont discutés ["Type d’usages et effets sur les poumons" in Cannabis - Actualité 2012 - 1er semestre], une recherche de l'université de Californie du Sud (USC) publiée par la revue Cancer étudie l’impact de la consommation du cannabis dans le développement de cancers des testicules. D’après les chercheurs, les hommes ayant fumé du cannabis présentaient deux fois plus de risques de développer une forme de cancer du testicule de mauvais pronostic par rapport à ceux qui n'en avaient pas fumé.

"Nous ne savons pas exactement comment les composés de marijuana agissent sur les testicules pour conduire à une carcinogenèse, reconnaît Victoria Cortessis, l'un des auteurs de l'étude. Notre hypothèse est que cela peut se passer au niveau du système interne endocannabinoïde, qui interagit avec les composés actifs du cannabis et qui est aussi important pour la spermatogénèse."

Sources :
14.09.12. Le Figaro. Cancer du testicule : le cannabis, facteur de risque
10.09.12. La Dépeche. Cannabis : deux fois plus de risques d’avoir un cancer des testicules (revue Cancer)

Cannabis et procréation

Si le syndrome de sevrage du nourrisson né d’une mère consommatrice de cannabis est établi, il ne semble pas exister de risque de malformation ou de mort subite des nourrissons clairement imputables au cannabis. [Voir "Cannabis et Procréation" in Cannabis - Actualité 2011 - 2nd Semestre].

Une étude menée par l'Université d’Adelaide (Australie) publiée dans l’édition du de la revue PLoS ONE fait apparaître un doublement du risque de naissance prématurée lorsque les mères consomment du cannabis.

Source :
19.07.12. Santé Log. Cannabis : Sa consommation double le risque de naissance prématurée (Revue PLoS ONE)

Cannabis et conduite automobile

Le sur-risque d’accident routier lié à l’usage du cannabis est bien documenté [Voir "Cannabis & conduite automobile" in Cannabis - Actualité 2012 - 1er semestre].

D’après une étude de la prévention routière (étude SAM pour Stupéfiants et accidents mortels de la circulation routière), 2,5 % des accidents mortels sur la route sont attribuables à l’usage du cannabis (contre 28,6 % à l'alcool). Le cannabis coûterait chaque année la vie à environ 230 personnes. Le risque d'accident mortel est multiplié par 1,8 sous l'emprise de drogue, contre 8,5 sous l'emprise d'alcool. Mais quand les deux produits sont combinés, le risque est multiplié par entre 14 et 15. 40% des conducteurs contrôlés positifs au cannabis le sont également à l'alcool.

La présence de cannabis a été trouvée dans l'organisme d'au moins un conducteur dans 12,5% des accidents mortels en 2011, que l'accident lui soit imputable ou pas.

La simple conduite sous l'emprise de la drogue est un délit passible de deux ans d'emprisonnement et de 4.500 euros d'amende, en plus d'un retrait de six points sur le permis. Cette peine peut être portée à trois ans d'emprisonnement et 9.000 euros d'amende si cette infraction est couplée avec l'alcoolémie. Le tribunal peut suspendre le permis de conduire pour trois ans, voire l'annuler. En cas de blessures pour un tiers, la peine passe à cinq ans et 75.000 euros d'amende.

Source :
11.11.12. Le Point. Cannabis au volant: plus de 200 morts par an

Cannabis thérapeutique : douleurs et SEP

L’efficacité thérapeutique du cannabis reste discutée. Si elle est avérée stimulation de l'appétit chez les patients atteints du sida, la prévention des nausées et vomissements chez des personnes touchées par un cancer, une sensation de soulagement subjectif des sensations de douleur, de spasme et crampe, fréquemment rapportée par des patients atteints de sclérose en plaques, n’avait pas été objectivée par des données scientifiques [Voir "Cannabis thérapeutique" in Cannabis - Actualité 2012 - 1er semestre].

Pour évaluer l’impact du TCH sur la douleur, des chercheurs de l'University d'Oxford ont analysé, au moyen d'images cérébrales par résonance magnétique (IRM), l’impacte d’une crème causant une sensation de brûlure (à base de piment fort) ou une crème neutre sur 12 personnes en santé, ayant reçu 15 mg de THC ou un placebo. Six participants ont rapporté que la douleur, toujours aussi intense, les dérangeait moins. Ce changement allait de pair avec une suppression de l'activité dans le cortex cingulaire antérieur (une région connue pour être impliquée dans les aspects émotionnels de la douleur), un changement dans l'activité de l'amygdale droite (également connue comme pouvant être activée par la douleur) ainsi que par un changement de la connexion entre l'amygdale et région sensorimotrice primaire du cortex. Le cannabis ne semble pas agir comme un analgésique classique : il semble affecté la réaction émotionnelle à la douleur, plutôt qu’agir sur la douleur elle-même, à la manière des opiacés. L’effet sur la réaction émotionnelle est variable d’un individu à l’autre, si bien que certains perçoivent un mieux-être quand d’autres perçoivent une aggravation de leur état. De là, un intérêt du cannabis pour ceux qui réagissent positivement au THC et qui supportent mal les opiacés.

Une étude britannique parue dans le Journal of Neurology, Neurosurgery and Psychiatry, objective le sentiment subjectif de soulagement des raideurs musculaires associées à la sclérose en plaques.

Les chercheurs ont mené durant 12 semaines une étude, sur 279 patients. Une partie des participants a reçu des médicaments contenant du tetrahydrocannabinol (THC), un extrait de cannabis, à des doses de plus en plus fortes, alors que l’autre prenait un placebo. Après près de 3 mois d’expérimentation, 29,4 % des patients prenant un dérivé de cannabis ont estimé que leur raideur musculaire était légèrement atténuée contre 15,7 % chez les autres.

Cette étude interroge aussi la question de la composition des médicaments et des posologies efficaces pour soulager les patients atteints de SEP. Une étude publiée dans Drug and Therapeutics Bulletin (BMJ), met en cause l’efficacité le Sativex, produit par GW Pharma Ltd, qui contient pratiquement les mêmes teneurs en THC (tétrahydrocannabinol) et en CBD (cannabidiol) que le cannabis. C'est la seule préparation pharmacologique à avoir reçu une AMM, (aujourd’hui commercialisé au Royaume-Uni et au Canada), sous forme de pulvérisation buccale, pour le traitement de la spasticité, un symptôme fréquent de la SEP. Les essais constatent une très faible proportion de patients chez qui Sativex vs placebo parvient à réduire les symptômes. Il existe d’autres médicaments à base de cannabinoïdes comme le Marinol qui a une forme galénique et le Bedrocan (fleur sèche à consommer par vaporisation afin d’éviter la combustion du joint). "Le Marinol est composé de THC de synthèse, ce qui le rapproche plus d’un psychotrope", observe Sébastien Béguerie, co-fondateur de l’Union Francophone pour les Cannabinoïdes en Médecine (UFCM). Le Bedrocan ou le Sativex auraient, à l’inverse, beaucoup moins d’effets sur le psychisme.

Sources :
09.10.12. Information hospitalière. SEP : le cannabis comme remède… (Sclérose en plaques)
26.10.12. Rue 89. Cannabis thérapeutique : « mes parents ont dû accepter ma manière de me soigner »
13.12.12. Sante Log. Sclérose en plaques: Le cannabis a-t-il sa place dans le traitement?
22.12.12. Psychomedia. Les effets du cannabis sur la douleur (University d'Oxford)

Cannabinoïde et substitution

La description récente d'un syndrome de sevrage grave et rarissime lié à l'usage du cannabis lors du congrès annuel de la société américaine de gastro-entérologie amène à réinterroger l’intérêt d’une « substitution ». Le syndrome de sevrage se caractérise par des nausées et vomissements répétés et des douleurs abdominales intenses chez certains consommateurs réguliers. En outre, on sait que la dépendance psychologique au cannabis peut-être importante.

Margaret Haney de l'Institut de psychiatrie de l'université de Columbia à New York explore cette piste : "J'ai évalué de très nombreux médicaments dans le sevrage au cannabis. À ce jour, le dronabinol à base de THC, substance active du cannabis, est le plus efficace sur les symptômes du sevrage mais n'a pas d'effet sur le niveau de consommation. Je poursuis donc mes recherches et vais expérimenter le nabilone, un analogue du dronabinol, qui paraît plus prometteur encore".

Source :
02.11.12. Santé. Le Figaro. Le délicat usage du cannabis thérapeutique (citations de Michel Reynaud, chef du service d'addictologie de l'hôpital Paul-Brousse à Villejuif)

Le cannabis thérapeutique en débat

La question du cannabis thérapeutique prend un tour politique dès lors que l’on constate qu’aux USA, le cannabis thérapeutique aura fait le lit de la légalisation dans plusieurs deux Etats (le Colorado et l’Etat de Washington) [Voir "Légalisation du cannabis dans le Colorado et l’Etat de Washington" in Politique des drogues – Actualités 2012 – 2e semestre]. Ce risque que le cannabis thérapeutique soit considéré comme le « cheval de Troie » de la légalisation obère la qualité scientifique des débats. C’est d’ailleurs le fond de l’argumentation du Professeur Jean Costentin, pharmacologue, neurobiologiste, membre titulaire des Académies nationales de Médecine et de Pharmacie, grand pourfendeur du cannabis, qui écrit : "L’état de Californie, abusé un temps par les vertus thérapeutiques prêtées au cannabis, avait laissé s’ouvrir des centaines de dispensaires, dans lesquels des « patients » pouvaient s’en procurer avec une ordonnance médicale. Leur nombre devint vite considérable, car des médecins véreux, parmi lesquels des toxicomanes, s’enrichissaient rapidement en multi copiant  leurs ordonnances." Pour le reste, ces arguments scientifiques consistent à déplorer les effets secondaires du cannabis, comme si ce n’était pas le propre de la plupart des médicaments ! On peut en effet reprocher au THC, comme à bon nombre de médicaments qui dispose d’une AMM, de nuire à la concentration souhaitable pour la conduite d’un véhicule, d’avoir des effets de potentialisation de l’alcool, d’induire une dépendance, d’agir sur l’humeur et de provoquer chez certaines personnes vulnérables des troubles psychiques. Combien de médicaments faudrait-il rayer de la pharmacopée s’il fallait interdire tous ceux qui ont de tels effets ?

Reste, comme l’observe Michel Reynaud, chef du service d'addictologie de l'hôpital Paul-Brousse à Villejuif, que s’il doit y avoir un usage thérapeutique du cannabis, il faut préciser dans quel cadre il doit se développer : "le problème est de savoir sous quelle forme cela doit se faire. Le cannabis acheté tel quel, cultivé chez soi, fumé, entraîne un risque de dérive incontestable et de complications liées au fait de fumer - un cancer du poumon par exemple. En revanche, des extraits de plantes ou de dérivés de synthèse sous forme de médicaments comme le dronabinol, le nabilone ou encore le nabiximols, en comprimés ou spray oral, sont aujourd'hui disponibles en pharmacie dans plusieurs pays d'Europe comme l'Allemagne et le Royaume-Uni et permettent d'encadrer l'utilisation thérapeutique du cannabis, ou pour être plus précis de ses substances actives, les cannabinoïdes".

Aujourd’hui, la seule solution possible pour un malade qui souhaite accéder légalement à des traitements à base de cannabinoïdes (légaux dans d’autres pays de l’Union européenne), est d’obtenir une Autorisation Temporaire d’Utilisation (ATU) auprès de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM), afin d’utiliser un médicament n’ayant pas encore reçu d’autorisation de mise sur le marché.

En pratique l’ANSM ne délivre ces autorisations qu’au compte-gouttes, la plupart du temps pour des patients en phase terminale. Ainsi, selon l’ANSM, seulement 100 ATU sur le Marinol avaient été accordées en 2011, contre 45 refusées.

Ce cadre très restrictif a pour conséquence que des sidéens, des personnes atteintes de SEP, la maladie de Crohn, des tétraplégiques, des anorexiques, etc., se « traitent » avec du cannabis acheté dans la rue. Autre conséquence : ces situations embarrassent les tribunaux [Voir "Cannabis thérapeutique : évolution de la jurisprudence ?" in Politique des drogues - Actualité 2011 - 2ème semestre]. Comment, en effet, condamner des malades ? Et comment ne pas les condamner, si l’on veut maintenir la prohibition du cannabis ? Le tribunal correctionnel de Reims après avoir rejeté une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) portant sur l'usage thérapeutique du cannabis lors du procès d'un homme de 57 ans souffrant maladie de Hodgkin (cancer des ganglions lymphatiques) depuis 2004, qui utilisait le cannabis traiter des troubles du sommeil pendant sa chimiothérapie, a condamné le patient à 6 mois avec sursis. Le tribunal correctionnel de Belfort a examiné le cas d’un patient atteint de dermatomyosite depuis l’âge de neuf ans, pathologie qui se caractérise par de l’asthénie, un affaiblissement général, des problèmes musculaires, cardiaques, de vue, des érythèmes avec inflammations et des nécroses. Il a subi trois attaques cardiaques et deux pulmonaires. Il sera jugé en février 2013, et le parquet à requis... 300 euros d’amende avec sursis. Rappelons que le 27 juin 2002, la cour d’appel de Papeete, sous l’autorité du président de chambre, Brieuc de Mordant de Massiac, avait invoquée l’excuse de « nécessité » pour relaxer un homme de 55 ans, paraplégique et cultivateur de cannabis avec lequel il confectionnait des tisanes, seul moyen de calmer ses douleurs, les autres médicaments lui abîmant les reins. « N’est pas pénalement responsable la personne qui, face à un danger actuel, accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne. »

Sources :
26.10.12. Rue 89. Cannabis thérapeutique : « mes parents ont dû accepter ma manière de me soigner »
02.11.12. Santé Log. Cannabis : Pourquoi il n’est pas et ne saurait être un médicament (Pr Jean Costentin, pharmacologue, neurobiologiste, membre titulaire des Académies nationales de Médecine et de Pharmacie)
02.11.12. Santé.Le Figaro. Le délicat usage du cannabis thérapeutique (citations de Michel Reynaud, chef du service d'addictologie de l'hôpital Paul-Brousse à Villejuif)
13.11.12. Romandie. Légaliser le cannabis thérapeutique: le tribunal de Reims rejette une QPC (question prioritaire de constitutionnalité)
19.11.12. Nouvel Obs. Six mois avec sursis pour un consommateur de cannabis en rémission d'un cancer
15.12.12. l'Alsace. Un myopathe jugé pour vouloir se soigner au cannabis