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Cocaïne - Actualité 2012 - 1er Semestre

COCAÏNE - ACTUALITÉ 2012 - 1er SEMESTRE

L'actualité vue par la cyberpresse
par Emmanuel Meunier

Epidémiologie : vers la stabilisation ?

La cocaïne est la deuxième drogue illicite la plus consommée. Mais, après des décennies de hausse de la consommation, l’usage de la cocaïne semble se stabiliser, voir décroître. C’est le cas aux USA, où son taux de prévalence au sein de la population âgée de 15 à 64 ans est passé de 3,0 % en 2006 à 2,2 % en 2010.

En 2011, 14,5 millions le nombre d’Européens qui en ont consommé au moins une fois dans leur vie, soit 4,3 % des personnes âgées de 15 à 64 ans (5,9 % des 15-34 ans l’aurait expérimenté). On estime qu’environ 4 millions d’Européens ont consommé de la cocaïne au cours des douze derniers mois (1,2 %).

En France, on estime le nombre d’expérimentateurs à 1,5 M (soit cinq fois plus en 2010 qu'en 1992), dont 400.000 usagers dans l’année (trois fois plus en 2010 qu'en 2000. Entre 2000 et 2010, l’expérimentation de cocaïne des adultes a fortement augmenté, passant de 0,8 % à 3,8 %. La consommation au cours de l’année concerne 0,9 % des personnes âgées de 18-64 ans, soit 340 000 individus et est hausse entre 2005 et 2010 (0,6 % vs 0,9 %).

L’évolution de l’expérimentation chez les jeunes de 17 ans a augmenté entre 2000 et 2011, passant de 0,9% à 3% de cette classe d’âge (3,3 % des garçons contre 2,7% des filles). Néanmoins on constate une diminution puisque les expérimentateurs représentaient 3,3% de cette classe d’âge en 2008.

Entre 2004 et 2009, la « démocratisation » de la cocaïne, a eu pour conséquence une baisse de 21% du prix de vente au détail de la cocaïne dans l’Union européenne. En France, le prix moyen du gramme de cocaïne s’élève à 60 € contre 80 € en 2000. Avec pour conséquence, aussi, la baisse de la qualité globale du produit qui circule qui, en France, est faible (37 % en moyenne de principe actif).

Sources :
Rapport ONUDC 2012
Rapport OEDT 2011
OFDT. Drogues, Chiffres clés – 2012
OFDT. Tendances N°78 - Phénomènes marquants et émergents en matière de drogues illicites (2010-2011) (PDF, 6 pages)
12.04.12. Slate. La cocaïne, une passion moderne

De la « passion moderne » de la cocaïne à la dégradation de son image

Valérie Everett, dans Slate, s’interroge sur cette « passion moderne » pour la cocaïne, en reprenant notamment l’argumentaire d’Alain Ehrenberg, pour qui l'essor des drogues psychostimulantes (cocaïne, ecstasy, amphétamines) est à relier à la condition moderne de l'homme occidental : « les drogues contemporaines seraient avant tout des réponses techniques — voire industrielles — au phénomène de l'indétermination démocratique : c'est-à-dire le processus qui, depuis la fin de l'Ancien Régime et la disparition des grands cadres collectifs, pousse chacun à inventer sa propre histoire, à trouver sa place dans la société par lui-même au lieu de se la faire dicter par les dieux, la nature ou le statut hiérarchique. »

Dans la société moderne, « les gens sont désormais tenus d'assumer seuls la responsabilité de leur destin. Il n'appartient plus qu'à eux de produire le sens de leur existence, de mener un «projet de vie» et de se montrer particulièrement performants. Et ce, dans tous les domaines de leur existence : professionnel, social, affectif, sexuel, physique. Ce qui génère bien sûr toute une série d'angoisses et de peurs de l'échec. »

La cocaïne génère euphorie, une exaltation de l’humeur, ou encore une impression de grande efficience et d’hyperacuité mentale. S’associent à ce sentiment de plaisir, une stimulation de la vigilance (effets noradrénergiques) avec une réduction des sensations de fatigue, un surcroît d’énergie et une perte du besoin de sommeil. S’y ajoute une diminution des inhibitions sociales. Les stimulants apparaissent alors comme « une manière d'alléger le poids que nous devenons pour nous-mêmes dans des rapports sociaux qui exigent de plus en plus que chacun se fonde et se contrôle lui-même ».

Elles seraient une béquille, une sorte de « multiplicateur artificiel de l'individualité », « un artifice pour fabriquer de l'individu, une chimie de la promotion de soi » qui aurait plus à voir avec le dopage qu'avec la fuite dans l'irréalité.

Néanmoins, la « démocratisation » de l’usage de la cocaïne semble produire la dégradation de son image. A côté de consommateurs intégrés socialement, qui consomment généralement de la cocaïne le week-end, lors de soirées ou en d’autres occasions spéciales, et qui « tombent », pensent-ils, « accidentellement » dans la dépendance, a émergé un groupe de consommateurs intensifs de cocaïne et de crack appartenant à des groupes socialement plus marginalisés ou défavorisés qui rend visible les dégâts sociaux et sanitaires que génèrent ce type de consommation.

La lassitude des consommateurs, le déclin des modes ou encore de l’insuffisante qualité du produit proposé semblent enrayer l’ascension de la cocaïne. Les usagers prennent aussi de mieux en compte le risque de dépendance, qui pour être « psychologique », n’en prend pas moins la forme tyrannique d’un « craving » (envie et recherche de nouvelles doses dans des cycles de plus en plus rapides et compulsifs).

Source :
OFDT. Tendances N°78 - Phénomènes marquants et émergents en matière de drogues illicites (2010-2011) (PDF, 6 pages)
Mars 2012. OFDT. Cocaïne, données essentielles Les stimulants génèrent euphorie, exaltation
12.04.12. Slate. La cocaïne, une passion moderne

Cocaïne et épisodes inquiétants

L’usager de cocaïne fait à l’occasion des expériences impressionnantes. La cocaïne induit des complications cardio-vasculaires (en particulier des douleurs thoraciques), favorise la survenue d’infarctus du myocarde (IdM), génère de multiples troubles du rythme cardiaque (tachycardies ou fibrillations ventriculaires, ou, à l’inverse, bradyarythmies) ou de la conduction cardiaque (torsades de pointe). Elle peut contribuer à générer des accidents vasculaires cérébraux et des convulsions. Si la consommation de cocaïne est fréquemment corrélées avec des troubles dépressifs, il est difficile de dire, s’ils sont induits par la consommation de cocaïne ou s’ils préexistaient et sont alors amplifiés par le produit. Par contre, des troubles délirants, sous la forme d’une paranoïa induite sont reconnus. Des hallucinations tactiles sont également retrouvées avec des sensations de picotements puis de grouillements sous-cutanés de vers ou de parasites que le sujet semble également visualiser, entraînant souvent des lésions de grattage disséminées sur l’ensemble du corps.

D’ailleurs même le processus de fabrication de la cocaïne est inquiétant : la phase d’extraction de l'alcaloïde contenu dans les feuilles de coca nécessite de mélanger celles-ci avec un produit alcalin (base faible : carbonate de sodium ou decalcium) et un solvant organique (kérosène ou benzène). Puis après séchage, il faut adjoindre une base forte (soude) va donner la pâte de coca (pasta ou bazooka), et après filtrage et nettoyage y adjoindre encore un traitement par permanganate de sodium pour obtenir de la « cocaïne base ». Après traitement avec de l’acide Chlorhydrique, on obtient du chlorhydrate de cocaïne, la poudre blanche, floconneuse et cristalline qui est consommée sous le nom de cocaïne. La cocaïne base peut aussi être traitée avec du bicarbonate de sodium pour produire du « Crack » ou avec de l’ammoniaque pour produire de la « free base ».  La cocaïne n’est jamais consommée pure, la concentration moyenne se situe entre 20 % et 30 % pour la poudre et entre 50 % et 70 % pour le crack. Différents adultérants (substances actives presque toujours médicamenteuses) et diluants (sucres) sont ajoutés au produit.

Source : Mars 2012. OFDT. Cocaïne, données essentielles

Le système de soin au défi de la cocaïne

En Europe, 17 % de tous les patients admis en traitement en 2009 dans les structures spécialisées, l’étaient pour usage de cocaïne, et 23% de ceux qui entamaient un traitement le faisaient pour usage de cocaïne. Pour la période 2004-2009, le nombre de patients traités pour dépendance à la cocaïne est passé de 38 000 en 2004 à 55 000 en 2009. Au cours de la même période, le nombre de cocaïnomanes admis en traitement pour la première fois a progressé de près d’un tiers, bondissant de 21 000 à 27 000 (dans 18 pays).

Cette demande croissante rencontre un système de soin qui dispose peu de chimiothérapies efficaces et éprouvées. Les principales options de traitement de la dépendance à la cocaïne sont des interventions psychosociales qui requièrent une forte implication personnelle de l’usager, comme les entretiens de motivation, les thérapies cognitives et comportementales, l’apprentissage de la maîtrise du soi comportemental, les mesures destinées à prévenir les rechutes et le suivi dans le cadre de consultations. Le « craving » implique de développer des aptitudes d’autocontrôle. Une étude de l’Université de Cambridge, publiée dans la revue Science, a comparé des images cérébrales de 50 personnes en santé et de 50 paires de frères ou sœurs dont l'un des deux avait une dépendance à la cocaïne et l'autre ne consommait pas de drogues ou d'alcool. Il a été repéré entre les deux groupes des différences dans les interconnections (matière blanche) ainsi que dans certaines structures (matière grise) du système fronto-striatal qui joue un rôle important dans le contrôle de soi et qui éclaire la plus grande impulsivité des usagers de cocaïne. Mais, l’étude montre que cette impulsivité serait une sorte de prédisposition que la cocaïne aurait potentialisée.

En outre, il y aurait une grande variabilité d’un patient à l’autre. Une étude de la Yale School of Medicine, publiée par l'American Journal of Psychiatry, combinant imagerie cérébrale et entretien motivationnel constate que les zones d’activation diffèrent nettement chez les hommes et les femmes en fonction de leurs motivations, stress ou stimuli apportés par la drogue. Aussi, les auteurs suggèrent que les femmes dépendantes à la cocaïne pourraient bénéficier fortement de thérapies anti-stress qui ciblent précisément ces envies irrépressibles et que les hommes pourraient de leur côté tirer meilleur parti de thérapies cognitivo-comportementales.

Plusieurs molécules sont expérimentées : le disulfiram, une substance qui interfère avec le métabolisme de l’alcool et qui a montré des effets prometteurs dans le traitement de la dépendance à la cocaïne. Le vigabatrine (un antiépileptique), le rimonabant (un antagoniste sélectif des cannabinoïdes autrefois utilisé comme médicament contre l’obésité), le modafinil [Voir "Recherches et thérapeutique" in Cocaine - Actualité 2010], la naltrexone (un antagoniste des opiacés) et la varénicline (utilisée pour arrêter de fumer), mémantine (un médicament indiqué dans le traitement de la maladie d’Alzheimer), font l’objet d’essais. Aux Pays-Bas on tente de réduire le besoin de cocaïne par une stimulation magnétique transcranienne, une technique qui a été utilisée pour traiter des troubles neurologiques et psychiatriques.

Source :
Rapport OEDT 2011
03.02.12. Santé Log. Cocaïne : Femmes et hommes inégaux face l’addiction
03.02.12. Psychomédia. Les toxicomanes auraient des anomalies cérébrales héréditaires qui influencent le contrôle de soi

Le cocaïnomane et « alcoolo »

Autre élément qui peut induire un attrait pour la cocaïne : l’appétence pour l’alcool. Des enquêtes européennes montrent que la prévalence de la consommation de cocaïne est entre deux et neuf fois supérieure chez les gros buveurs épisodiques que dans la population générale. Deux études ont conclu que plus de la moitié des cocaïnomanes en traitement avaient aussi un problème de dépendance à l’alcool. Comme l’observe l’OEDT, « la popularité de cette combinaison peut s’expliquer contextuellement, les deux substances étant fortement liées à la vie nocturne et aux soirées, mais aussi par des facteurs pharmacologiques. L’état d’euphorie atteint en combinant ces substances est perçu comme supérieur à celui qu’apporte une seule de ces deux substances. En outre, la cocaïne peut rendre moins intenses les effets de l’ébriété et peut également compenser certains déficits comportementaux et psychomoteurs induits par l’alcool. L’alcool est aussi utilisé pour atténuer l’inconfort ressenti lors de la «descente» après une prise de cocaïne. De ce point de vue, la combinaison des deux substances peut entraîner une consommation accrue de celles-ci. »

Le risque serait alors celui de la poly-addiction. Un état dépressif inciterait, pour mieux réguler les affects négatifs induits par la cocaïne, à consommer de l’alcool ; et une consommation conjointe d’alcool et de cocaïne entraîne la formation de cocaéthylène, un métabolite qui se forme dans le foie, susceptible d’aggraver les effets cardiotoxiques de la cocaïne.

La cocaïne partagerait avec un alcoolisme sévère une propension à altérer les capacités cognitives. Une étude de l'Université de Cambridge, publiée dans la revue Molecular Psychiatry, fondée sur le scan des cerveaux de 120 personnes, pour moitié dépendantes à la cocaïne, a montré que les usagers de cocaïne perdent environ 3,08 ml de volume du cerveau par an, soit presque le double de la perte liée à l’âge constatée chez des volontaires sains (1,69 ml par an). Cette baisse du volume du cerveau liée à l’âge s’avère plus concentrée dans le cortex préfrontal et temporel, des zones du cerveau associées à l'attention, la prise de décision, à l'auto-régulation ainsi qu’à la mémoire. La cocaïne produirait une forme de vieillissement prématuré du cerveau. Le Dr Karen Ersche, de l'Université de Cambridge, explique: « Quand nous vieillissons, nous perdons tous de la matière grise. Cependant, ce que nous constatons ici est que les usagers réguliers de cocaïne perdent de la matière grise à un rythme significativement plus rapide, ce qui est un signe de vieillissement prématuré. Ces résultats apportent un nouvel éclairage sur les raisons des déficits cognitifs observés […] chez les usagers chroniques de cocaïne ».

Sources :
Rapport OEDT 2011
Mars 2012. OFDT. Cocaïne, données essentielles
24.04.12. Santé Log. Cocaïne : Elle accélère considérablement le vieillissement du cerveau