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Le michetonnage, comme conduite à risque adolescente

LE MICHETONNAGE, COMME CONDUITE À RISQUE ADOLESCENTE

Emmanuel Meunier, éducateur diplômé en anthropologie
 
Qu’est-ce que le « michetonnage » ?

Le Guide pratique « Prévenir le « michetonnage » chez les ados : comprendre le phénomène pour repérer et agir » créé en 2016 par la Mission métropolitaine de prévention des conduites à risques et l’association Charonne, définit ainsi le « michetonnage » : « Le michetonnage est le fait pour une personne vulnérable (notamment du fait de sa minorité et/ou d’un contexte de souffrance psychosociale et/ou de précarité sociale) de s’engager dans une conduite à risques, où la mise en danger de soi est liée à des relations sociales et affectives structurées par des transactions économico-sexuelles qui ne prennent pas la forme d’une rémunération d’actes sexuels tarifés, ou pas explicitement, ou encore, qui ne sont pas perçus comme tels (mais, par exemple, comme un « cadeau » valorisant, un « soutien », etc.). ».

Ce guide, bien loin de nier qu’il y ait du « prostitutionnel » dans le michetonnage, invite le lecteur à considérer ces conduites sous l’angle des troubles liés au processus d’adolescence.

 

Le Guide se réapproprie le terme de « michetonnage », usité par les jeunes, pour éviter tout effet délétère d’ « étiquetage » (effets qui sont bien connus des pédopsychiatres qui sont toujours prudents dans leurs diagnostics, afin de prévenir l’identification du jeune à une pathologie). L’adolescent est un individu en construction et en transformation, chez qui rien n’est figé. Ce Guide est construit dans une logique de protection de l’enfance, et il s’agit donc de protéger l’adolescent, y compris face au risque d’identification au stigmate de la prostitution (concrètement, c’est l’ado qui dit : « puisque vous me traitez de pute, et bien je vais vous montrer combien j’en suis une »).

Certes, il y a du prostitutionnel dans le « michetonnage », mais il n’en reste pas moins que les adolescents ne sont pas faits du même bois que les adultes et que le rôle des adultes est, ici, d’accompagner les adolescents concernés dans la recherche de réponses appropriées aux angoisses qui les habitent.

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Le michetonnage est une pratique où l’adolescent s’expose à des mises en danger de soi dans une finalité paradoxale de se transformer, la conduite à risque ayant toujours, comme l’observe David Le Breton, une dimension initiatique. De même que Claude Olievenstein a défini la toxicomanie comme la « rencontre d’un produit, d’une personnalité et d’un moment socioculturel », on pourrait définir la conduite à risque comme la rencontre d’une conduite de mise en danger de soi, d’une personne, avec ses vulnérabilité et ses ressources, et d’un environnement socioculturel, plus ou moins contenant, plus ou moins dysfonctionnel. Parmi les principaux risques liés au michetonnage, il est possible de distinguer :

- les risques sanitaires : ils recouvrent les infections sexuellement transmissibles (IST), la santé gynécologique (hygiène, IVG, grossesses), les problèmes somatiques récurrents (maux de tête, douleurs abdominales, problèmes cutanés...).

 

- Les risques sociaux : stigmatisation, rumeur, rupture familiale, décrochage scolaire, abandon de projets d’insertion.

- Les risques de violences : agressions, violences sexuelles.

- Les risques psychologiques : dégradation de l’estime de soi, exposition à des situations face auxquelles l’adolescent(e), n’ayant pas la maturité suffisante, ne pourra répondre efficacement, troubles de stress post-traumatique, sentiment de décorporalisation, engagement dans d’autres conduites à risques, en particulier les usages de substances psychoactives.

- Le risque d’entrer dans la prostitution : ce risque est accru dans les contextes d’errance et de fugue.

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Dans la conduite à risque, la possibilité de survenue du dommage fait tout le « sel » de l’expérience. L’adolescent est le plus souvent persuadé qu’il est en capacité d’éviter tous les dangers : « t’inquiète, je gère » nous affirme-t-il.

La conduite à risque induit une forme d’inconscience du danger en raison du rapport étroit qu’elle entretient avec le monde du jeu : c’est une conduite excitante, qui requiert la mobilisation d’habiletés et de savoir-faire pour, justement, éviter le danger. Et de même que le jeu a des règles, l’adolescent apprend auprès de ses pairs les « bons plans » et les « bonnes manières de faire ».

On peut encore relier la conduite à risque à l’univers exaltant du jeu, en ce qu’elle mobilise des ressorts analogues aux figures élémentaires du jeu, telles que les a décrites Roger Caillois, à savoir :

- le « Mimicry » où le jeu a pour ressort la simulation, comme par exemple le carnaval ou le théâtre. La conduite de michetonnage mobilise un trésor d’habileté pour séduire et pour paraître, non seulement dans la vie réelle, mais aussi sur les réseaux sociaux. A l’arrière-plan de la séduction, il y a quantité d’enjeux de pouvoir sur l’autre et de valorisation de soi par l’appropriation d’un « capital beauté ».

- l’ « Ilinx » où le jeu procure des sensations de vertige et de perte de contrôle de soi, comme par exemple la balançoire, le grand 8, qui se retrouvent dans les conduites d'ivresse.

 

Outre que la concomitance des conduites de michetonnage et des usages de substances psychoactives a souvent été observée, la séduction est une conduite où l’individu éprouve simultanément un sentiment de contrôle (de soi et de la relation) et de lâcher prise.

- l’ « Alea », ou le jeu de hasard, renvoie à une forme de risque liée à « l’imprévisible » et qui mobilise, chez le sujet, son habileté à anticiper et à parer le danger qui surgit sans crier gare. À l’arrière-plan, s’exprime ce que Georges Bataille appelle une « volonté de chance », une volonté de se sentir « souverain » par le triomphe face au danger, conduites que David Le Breton qualifie aussi d’ « ordalique », où le jeune découvre un sentiment d’ « élection » parce qu’il a triomphé de la mort. Cette dimension est remarquable lorsque des jeunes filles vont à la rencontrent d’inconnus rencontrés sur Internet. L’inconnu c’est aussi cet autre monde qu’est Paris, avec ses restaurants, ses bars, ses hôtels, ses gens différents des habitants des banlieues, comme nous le signale Katia Baudry (dans une thèse à paraître) sur les jeunes filles de Montreuil, qui trouvent dans le michetonnage le moyen de s’évader du contrôle parental et du contrôle social genré exercé par la Cité.

- l’ « Agôn », c’est-à-dire le jeu qui implique la lutte, qu’il s’agisse du jeu d’échecs, du jeu où des équipes s’affrontent ou du combat de boxe. Cette quatrième figure du jeu, l’Agôn, est certainement celle qui mobilise le plus d’énergie chez la michetonneuse, car l’enjeu pour elle, est d’acquérir une position éminente, dans un contexte où elle subit des rapports de domination.

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La relation entre la « michetonneuse » et celui qu’elle appelle son « pigeon » est à l’évidence inscrite dans un rapport de domination extrêmement puissant, et on peut même percevoir, dans certaines situations, un cumul possible de quatre rapports de domination :

- la domination masculine, qui se manifeste symboliquement par le fait que les « cadeaux » de l’homme sont des bienfaits d’ordre matériel, alors que c’est la femme qui fournit des « bienfaits » sexuels. Nous avons quelques cas de garçons michetonneurs qui ont des relations avec des femmes, mais en gros, ce sont plutôt des hommes qui recherchent ce type de relations avec des mineures, ce qui leur offre la possibilité de réaliser leurs fantasmes de dominance. En outre, la domination masculine ne se manifeste pas seulement dans le symbolique, elle peut aussi se manifester par la violence physique et l’emprise.

- la domination liée à la différence d’âge, qui se manifeste par l’expérience de l’un et l’inexpérience de l’autre, et la possibilité de tirer profit de la naïveté relative de jeunes filles. Il y a, ici, la possibilité pour des hommes de réaliser des fantasmes de « pygmalion », d’ « éduquer » une mineure à ce que serait la « sexualité ».

- la domination sociale est liée au fait que l’homme a des ressources et que la jeune fille n’en a pas ou peu. Encore que nous ayons quelques cas de jeunes filles issues de la classe moyenne, le phénomène concerne plutôt des jeunes filles issues de milieux précaires.

 

- la domination « ethnique » est liée au fait que l’homme pourra compter sur la vulnérabilité de jeunes filles issues des migrations, dont la conduite sexuelle est fortement stigmatisée par leur culture d’origine et qui ne bénéficiera que de peu de soutien de sa famille en cas de conflit.

Les quatre formes de domination peuvent se cumuler (ou pas) selon les situations.

Tout le talent de la michetonneuse est de parvenir à créer une relation où le « pigeon » va devenir affectivement dépendant d’elle. Cette dépendance, comme l’observe Albert Memmi, ne renverse pas le rapport de domination, mais elle offre la possibilité à celui qui est dominé d’acquérir une position haute. Albert Memmi, sociologue qui a puisé sa réflexion, notamment, dans l’analyse des rapports sociaux dans les sociétés coloniales, a montré, au travers de l’analyse des rapports qui unissent un maître malade et un serviteur pourvoyeur de soins et d’attentions, que le dominé pouvait conquérir une place subjectivement et socialement perçue comme estimable et même ascendante.

La michetonneuse ne renverse pas les rapports de domination homme-femme, elle s’efforce de mettre l’homme dans un état de dépendance affective, en étant pourvoyeuse de jouissance sexuelle, mais aussi d’attentions flatteuses et affectives. Et c’est précisément cet état de dépendance affective qui fait le « pigeon ». De là, un discours des michetonneuses, qui se persuadent qu’elles sont dominantes et non « victimes », qu’elles accèdent par leur capacité de séduction à une forme de « revanche sociale ».

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Évidemment, mettre un homme plus âgé que soi en état de dépendance psychique, n’est pas chose aisée, et pour reprendre la formule de notre collègue de l’ASE, Liliana Gil, c’est généralement la michetonneuse qui se retrouve « plumée » par son pigeon (voir son mémoire « Le pigeon michetonné, La michetonneuse plumée... », disponible sur Internet). Et pire que cela, si elles tombent sur des hommes qui ont repéré leur vulnérabilité pour mieux donner libre cours à leur fantasme de dominance, voire de cruauté.

Zorica Kovacevic, directrice de l’association APCIS à Stains, nous a toutefois évoqué quelques parcours de jeunes filles, qu’elle qualifie de « docteurs es-michetonnage ». Il s’agit de jeunes femmes qui ont pris leur parti du michetonnage. Bien souvent issues de familles précaires et brisées par les violences conjugales, elles ont jugé que, sous tout rapport, une collection de pigeons valait mieux qu’un époux. Elles se révèlent capables de mener une « carrière » (au sens où l’entend Howard Becker) en incorporant des savoir-faire séduisants.

 

Elles adoptent des conduites comme celle ne jamais tomber amoureuse, et mieux, de mépriser les hommes qui les sollicitent et de ne pas leur céder facilement. Certaines réussissent une forme d'ascension sociale. On trouve sur ARTE Radio, un témoignage radiophonique d’une jeune fille qui relate un semblable parcours (DIAMANT SUR CANAPÉ : L'histoire d'une ascension sociale grâce au désir des hommes – disponible sur Internet). Mais, il s’agit là d’une petite minorité.

Le grand nombre des jeunes filles qui s’engagent dans ce genre de conduites s’en repentent et l’abandonnent très vite, percevant les dangers qu’elles recèlent.

Mais entre les premières, pleines de ressources pour gérer les relations complexes, voire dangereuses, et les secondes qui ont assez d’estime d’elles-mêmes pour ne pas se dégrader dans des relations aussi troubles, il y a ces jeunes filles (et aussi quelques garçons), qui vont nous inquiéter et s’exposer au risque de basculer dans la prostitution.

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Ces jeunes filles sont parfois désignées par le sobriquet de « crasseuses » par les autres michetonneuses, parce qu’elles ont des relations sexuelles sans contreparties substantielles. Elles sont plus nettement soumises aux désirs des hommes, plus enclines à multiplier les conduites à risques, en particulier les usages abusifs de substances psychoactives. Elles présentent généralement plus de vulnérabilités psychosociales. Elles grandissent, bien souvent, dans des contextes de précarité sociale, mais ce qui les caractérise c’est surtout le fait qu’elles vivent dans des familles dysfonctionnelles. Leur conduite à risque ne peut être pensée hors de ce contexte familial.

Le Professeur Jeammet souligne que les conduites à risques permettent, inconsciemment, à l’enfant de mettre ses parents sous dépendance. Prenons un exemple simple : un enfant occupe une place de « bouc émissaire » dans sa famille, en telle sorte qu’il offre un dérivatif aux tensions intrafamiliales.

Engagé dans une conduite à risque, l’enfant, devenu adolescent, peut, d’une certaine manière, « retourner » la situation en devenant l’objet de préoccupation de toute la cellule familiale :

 

« à quelle heure rentrera-t-elle ? Mais où vas-tu, habillée comme ça ? Mais qui t’as payé ce sac à main Chanel ? Tu ne vas plus au lycée ? Comment ça tu es enceinte ? Tu aurais pu surveiller ta sœur ! Comment ça, tu t’en fous de ta sœur ? Tu es son père, tu pourrais la remettre au pas ? Comment ça, c’est moi qui l’ai élevée ? »

De bouc émissaire, la michetonneuse devient le « cœur » de la famille. D’un point de vue « systémique », elle continue, comme le « bouc émissaire » (ou « patient désigné » pour reprendre la terminologie systémicienne), à servir de « dérivatif » aux tensions internes de la famille. Mais au moins, par son inconduite, la jeune fille sait « pourquoi » elle fait l’objet de rejet ; et au lieu de subir l’hostilité familiale, c’est surtout elle qui impose à présent le tempo des crises dans la famille !

De même que la michetonneuse ne remet pas en cause les rapports de domination, mais acquiert une position haute en mettant l’homme en état de dépendance affective, la michetonneuse ne remet pas en cause l’oppression familiale qu’elle subit, mais elle acquiert la place imminente de la personne qui met toute la famille en état de dépendance, en état d’inquiétude permanent.

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Claude Olievenstein a défini la toxicomanie comme la « rencontre d’un produit, d’une personnalité et d’un moment socioculturel ». Il ne faut pas négliger la dimension « socioculturelle » du problème. Les jeunes grandissent dans une société où l’ « hypersexualisation » a été érigée en « modèle ». La fédération des centres pluralistes de Planning Familial de Bruxelles a édité un magazine pédagogique intitulé « Des femmes et des hommes dans l’univers de l’hypersexualisation ». Ce document montre à quel point les productions culturelles, et tout particulièrement la publicité, sont passées d’une logique de « sexualisation », qui consiste à donner un caractère sexuel à un comportement qui n’en a pas par lui-même, notamment dans une finalité d’incitation à l’achat, à une logique d’hypersexualisation. Celle-ci se caractérise par une surenchère passant l’incorporation de codes issus de la pornographie, la dimension sexuelle étant de moins en moins suggérée (érotisation) pour se conformer à une exhibition caractéristique de la pornographie.

 

Ces productions publicitaires (mais aussi dans les clips, les télé-réalités, les jeux vidéo, les films, etc.) ont un impact sur les adolescents qui, comme l’observent les auteurs du document, tendent à percevoir ces images comme une « normalité » : « ceci pose une problématique concernant les adolescents qui sont à un âge où ils veulent généralement correspondre à la norme, ressembler à leurs idoles, être populaires… Avec ce besoin accru d’être connu et reconnu, les adolescents adoptent les comportements et le look de certaines vedettes. Ils cherchent alors à gagner cette popularité en étant « sexy », tandis que ceux qui ne se retrouvent pas dans ces modèles ou ne se sentent pas de s’y conformer remettent leur identité en question ».

Les auteurs soulignent le lien entre l’hypersexualisation et, d’une part, l’ultra-libéralisme, et, d’autre part, le « patriarcat » (nous préférons parler de « viriarcat », de domination mâle), la marchandisation des corps venant redoubler la domination masculine.

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Dans le contexte de l’ « hypersexualisation », la conduite de michetonnage peut s’appréhender comme un « modèle d’inconduite ». Cette notion a été forgée par l’ethnopsychiatre Georges Devereux et reprise par la sociologue Véronique Nahoum-Grappe dans ses études sur les conduites d’ivresse.

Ce qu’elle montre c’est un double discours de la société. Par exemple, d’un côté la société va vous dire : « les drogues, c’est illicite, c’est mauvais pour la santé, c’est particulièrement délétère pour les adolescents ; c’est une source de trafics et de violence dans la société… » Et d’un autre côté, la société va dire, que « la prise de drogue est une expérience intense et que vivre vraiment, c’est vivre intensément ». Au final, les discours s’annulent, et tout se passe comme si la société disait aux jeunes : « il vaudrait mieux agir selon les lois et conformément à ce qui est bénéfique pour notre santé, mais si tu as besoin de vivre des expériences intenses, parmi toutes les choses que tu pourrais faire pour te procurer des sensations intenses, consomme plutôt des drogues, car ça reste quelque chose de socialement à peu près contrôlable ».

Concernant le michetonnage, on retrouve une ambiguïté analogue.

D’un côté la société dit : « ce n’est ni plus ni moins que de la prostitution, et la prostitution, qui plus est avec des mineurs, c’est un délit puni par la loi. C’est aussi une atteinte à la dignité de la femme ». Mais de l’autre, avec l’hypersexualisation qui gagne de nombreux champs de la culture, en particulier la production publicitaire, les clips de musique, les téléréalités, la société semble dire : « Vivre intensément, c’est consommer, et au fond, parmi toutes les choses que tu pourrais faire pour te procurer de l’argent et vivre de la belle vie du consommateur, et bien, le michetonnage reste quelque chose de socialement à peu près contrôlable. »

 

En somme, le discours social est ambigu et laisse entendre que le michetonnage est une manière d’accéder à une vie intense et intéressante et, c’est, justement, ce que ces jeunes filles peuvent éprouver aux cours de leurs prises de risques.

Cette ambiguïté se retrouve au niveau de la loi.

D'un côté, l'article 225-12 du Code Pénal prévoit des peines de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende pour les actes de prostitution avec une mineure. D’un autre côté la loi entend bien protéger le droit des adolescentes à avoir une sexualité.

Il en résulte que la circulaire du 24 avril 2002 qui précise les condition d’application de la loi et qui affirme que « si à la suite d'une relation sexuelle entre une personne, majeure ou mineure, et un mineur de quinze ans, ce dernier se voit remettre par son partenaire un cadeau ou d'autres avantages, le délit n'est pas constitué. Ce n'est que lorsque le mineur se livre à la prostitution, même de façon occasionnelle (et donc même si le mineur ne s'est prostitué qu'à une seule reprise), que l'infraction est caractérisée, et ce quelque que soit la nature de la rémunération qui lui aura été donnée ou promise. » Il en résulte qu’il semble bien que si la michetonneuse ne se vit pas comme une personne qui se « livre » à la prostitution, elle rentre dans le cas où la loi ne s’applique pas.

Concernant la question du proxénétisme, la loi est plus sévère encore, mais on est en difficulté pour trouver des dispositions légales qui entraveraient la possibilité d’utiliser les sites d’annonces et de rencontres à des fins prostitutionnelles.

Conclusion

La conduite de michetonnage, comme les autres conduites à risques, se déploie donc dans les failles du discours des adultes, les obligeant à un nouvel effort de pensée.

L’enjeu est d’agir en protection de l’enfance et en prévention de cette conduite à risque.

L’engagement dans cette conduite à risque va être très fortement déterminé par l’estime que l’adolescente a, ou non, d’elle-même.

D’où l’importance accordée dans le « Guide pratique » aux stratégies de renforcement de l’estime de soi. L’action éducative doit consister dans un travail de restauration de l’estime de soi, afin de les aider à découvrir qu’elles peuvent rechercher leur propre plaisir et leur propre épanouissement, plutôt que de jouir de leur effort à rendre l’autre affectivement dépendant. Il s’agit aussi de renforcer leur capacité à décider de leur vie, notamment grâce à un travail sur la notion de consentement. Il s’agit de repérer leurs compétences et leur potentialité pour les aider à trouver d’autres manières de se valoriser.

Mais dans certains cas, parce que la jeune fille n’entend pas renoncer à sa pratique, il convient aussi de développer des stratégies de « réduction des risques » en l’accompagnant dans la recherche d’une contraception adaptée et en l’aidant à développer des stratégies d’autoprotection et d’évitement de certaines situations potentiellement dangereuses.

Ce type d’accompagnement n’est guère satisfaisant pour le professionnel, qui préfèrerait sans doute agir en protection, mais il doit parfois s’y résoudre pour maintenir le lien et manifester qu’il se tient prêt à apporter une aide quand la jeune fille sera décidée à abandonner sa conduite à risque.

 

Bibliographie :

Howard Becker, Outsider, Métailié, 1985

Roger Caillois, Les jeux et les hommes, Folio, 2006

Philippe Jeammet, Paradoxes et dépendance à l'adolescence, Yakapa.be, 2014 (disponible sur Internet)

David Le Breton, Conduites à risque, PUF, 2007

Albert Memmi, La Dépendance. Esquisse pour un portrait du dépendant, 1979

Véronique NAHOUM-GRAPPE, Messages et représentations, in TDC (Textes et documents pour la classe) N°1082 (disponible sur Internet)

2014, FCPPF. Des femmes et des hommes dans l’univers de l’hypersexualisation

http://www.fcppf.be/portfolio/items/des-femmes-et-des-hommes-dans-lunivers-de-lhypersexualisation/

07/2016, MMPCR. Regards croisés sur... Le michetonnage chez les ados : comprendre le phénomène pour repérer et agir

http://prod-mmpcr.integra.fr/wp-content/uploads/2017/06/4-Regards-crois%C3%A9s-sur-le-michetonnage.pdf

07/2016. MMPCR-Charonne. Prévenir le « michetonnage » chez les ados

http://prod-mmpcr.integra.fr/wp-content/uploads/2017/07/Michetonnage-Guide-pratique-format-A4.pdf

09/2017. ACPE. Mineurs en situation ou à risque prostitutionnels : guide pratique à l’usage des professionnels

https://www.acpe-asso.org/page/193148-guide-pratique